Publié le 3 décembre 2025. Le tennis canadien connaît une ère dorée, marquée par des victoires retentissantes et l’émergence de nouveaux talents, mais doit désormais investir pour maintenir sa position sur la scène internationale.
- Victoria Mboko a remporté l’Omnium Banque Nationale à Montréal, un exploit inédit pour une joueuse invitée.
- Le Canada a enregistré 54 titres en simple et en double sur les circuits professionnels en 2025, se positionnant comme la troisième nation la plus performante au monde.
- Des améliorations significatives des installations du Parc Jarry sont nécessaires pour répondre aux exigences croissantes des circuits ATP et WTA.
Il y a vingt ans, le paysage du tennis canadien était bien différent. L’iPhone n’était pas encore une réalité, le coût moyen d’une propriété dans le quartier du Stade IGA avoisinait les 550 $ par mois, et Andre Agassi venait de révéler que sa célèbre chevelure était en fait une perruque. À l’époque, Frédéric Niemayer et Stéphanie Dubois étaient les seuls représentants canadiens à figurer dans les classements ATP et WTA, respectivement aux 177e et 135e places. Les joueurs canadiens obtenaient difficilement leur place dans les tableaux principaux des tournois et l’ambition de rivaliser au niveau mondial en Coupe Davis et Billie Jean King semblait lointaine.
Aujourd’hui, le Canada est devenu une véritable puissance tennistique. En 2025, les joueurs canadiens ont décroché 54 titres en simple et en double, plaçant le pays au troisième rang mondial des nations les plus titrées. Cette transformation est le fruit d’un travail de fond initié il y a deux décennies, un véritable « pipeline » de talents, selon Guillaume Marx, vice-président de la haute performance chez Tennis Canada. Ce système a permis l’éclosion de joueurs de renom tels que Bianca Andreescu, Félix Auger-Aliassime, Eugenie Bouchard et Milos Raonic.
L’Omnium Banque Nationale, qui s’est déroulé cette année au Stade IGA, a été le théâtre de l’un des moments les plus marquants de cette nouvelle ère. Victoria Mboko, invitée en simple dames, a créé la surprise en remportant le tournoi.
« Je pense que tous les entraîneurs qui sont ici font ce métier par passion. Il y a des moments difficiles, des années qui sont moins bonnes que d’autres, puis des fois, tu as toujours besoin d’un “booster” de temps en temps. Et quand tu as des semaines comme ça, quand un jeune qu’on a entraîné qui a un résultat majeur, la motivation pour toutes les équipes se trouve transformée. C’est tellement important. »
Guillaume Marx, vice-président, haute performance, Tennis Canada
La directrice de l’Omnium Banque Nationale, Valérie Tétreault, se réjouit de cette dynamique positive :
« Le tennis canadien n’a pas juste “performé”, il a pris sa place. Nous pouvons nous projeter dans l’avenir avec beaucoup d’enthousiasme. C’est la preuve que le système fonctionne. »
Valérie Tétreault, directrice de l’Omnium Banque Nationale
Outre Mboko, classée 18e mondiale, Leylah Annie Fernandez (22e) a remporté les tournois de Washington et d’Osaka, tandis que Gabriela Dabrowski a continué de briller en double, notamment en s’imposant aux Internationaux de tennis des États-Unis. Chez les jeunes, Marina Stakusic, Cadence Brace et Kayla Cross, toutes âgées de 21 ans et moins, figurent désormais dans le top 200 mondial.
Du côté masculin, Félix Auger-Aliassime a connu un début d’année prometteur avec des victoires à Adélaïde et Montpellier, ainsi qu’une finale à Dubaï. Après un printemps et un été plus difficiles, il s’est relancé à partir du Masters de Cincinnati, atteignant les quarts de finale de sept tournois consécutifs. Il a remporté le tournoi de Bruxelles et atteint les demi-finales des Internationaux des États-Unis et des Finales de l’ATP, ce qui lui a permis de grimper au 5e rang mondial. Denis Shapovalov (23e) s’est imposé à Dallas et Los Cabos, mais a connu une année globalement compliquée, tandis que Gabriel Diallo (41e) a remporté son premier titre à Bois-le-Duc. Le développement de nouveaux talents masculins semble toutefois moins rapide.
L’Omnium Banque Nationale a connu une année record, avec plus de 287 000 spectateurs à Montréal, soit une augmentation de 21 %. En combinant les chiffres de Toronto, le nombre total de visiteurs a dépassé les 504 000, un record pour un Masters.
Cependant, Tennis Canada est conscient de la nécessité d’investir dans les infrastructures. Valérie Tétreault a réitéré la demande de modernisation des installations du Parc Jarry, soulignant que l’Omnium Banque Nationale génère entre 15 et 16 millions de dollars par an pour la communauté tennistique québécoise, notamment pour la formation des jeunes joueurs et la rénovation des courts publics.
Les instances dirigeantes de l’ATP et de la WTA exercent une pression croissante pour que le Canada présente un plan d’action concret.
« Là, ils (l’ATP et la WTA, NDLR) commencent à accentuer la pression pour que nous ayons un plan d’action, a précisé Tétreault. Ils nous envoient de la documentation pour nous montrer ce qu’ils considèrent comme le “best in class” à travers les différents tournois. »
Valérie Tétreault, directrice de l’Omnium Banque Nationale
Bien que Montréal ne puisse rivaliser avec les investissements massifs réalisés par d’autres villes, comme Cincinnati (260 millions de dollars US) ou Paris (déménagement à La Défense Arena), Tennis Canada espère obtenir les ressources nécessaires pour maintenir le Canada parmi les nations de premier plan du tennis mondial.
