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Le Traité de l’eau, la nouvelle menace de Trump — El Independiente

by Nicolas Lefèvre

Le Mexique est confronté à des difficultés croissantes pour respecter un traité bilatéral sur le partage des eaux datant de 1944, en raison d’une sécheresse persistante et de la contestation des agriculteurs. Pour éviter de nouvelles taxes douanières américaines, le gouvernement mexicain a négocié un accord temporaire, mais les réserves d’eau sont au plus bas et l’avenir s’annonce incertain.

L’accord, conclu avec les États-Unis, concerne la répartition des eaux des fleuves Bravo (Rio Grande), Colorado et Conchos. Signé en 1944, il répondait à la nécessité de gérer équitablement une ressource vitale partagée par les deux pays, alimentant des zones agricoles et industrielles des deux côtés de la frontière. La Commission internationale des frontières et des eaux (IBWC) est chargée de veiller à son application et de trouver des solutions aux problèmes environnementaux et aux variations des débits.

Le traité prévoit notamment que les États-Unis reçoivent 1,85 million de mètres cubes d’eau du fleuve Colorado chaque année, tandis que le Mexique doit livrer 2,185 million de mètres cubes du Rio Grande. Ces livraisons sont réévaluées tous les cinq ans. Le fleuve Colorado est une source d’eau essentielle pour plus de 44 millions de personnes, répartis entre les États américains du Colorado, de l’Arizona et de la Californie, ainsi que les États mexicains de Sonora et de Baja California, et irrigue 2,2 millions d’hectares de terres agricoles. Le Rio Grande, quant à lui, approvisionne 15 millions d’Américains dans le Colorado, le Nouveau-Mexique et le Texas, et 4 millions de Mexicains dans le Chihuahua, le Coahuila, le Nuevo León et le Tamaulipas, en plus d’irriguer 1,2 million d’hectares.

La sécheresse extrême, exacerbée en 2024, a rendu le respect du traité particulièrement difficile. Les agriculteurs du Chihuahua ont manifesté leur opposition aux livraisons d’eau aux États-Unis, craignant pour leur économie et leurs moyens de subsistance. À ce stade, le Mexique a réussi à obtenir un délai en s’engageant à livrer initialement seulement un quart de la quantité d’eau due.

Pour éviter l’imposition de droits de douane de 5 % sur les produits mexicains exportés vers les États-Unis, menacée par l’ancien président américain Donald Trump, un accord a été conclu le 12 décembre. Il prévoit la libération de 249,163 millions de mètres cubes d’eau, avec des livraisons débutant mi-décembre et un objectif de finalisation avant le 31 janvier prochain. Cependant, cet accord pose de sérieux problèmes au Mexique.

Selon des experts, les barrages de La Amistad et Falcón, situés sur le bassin du Rio Bravo et destinés à stocker l’eau nécessaire au respect du traité, sont remplis à moins de 20 % et 10 % de leur capacité, respectivement. Bien que les barrages El Cuchillo et Marte R. Gómez, situés sur le bassin du fleuve San Juan, soient remplis à 80 %, ils ne sont pas inclus dans le traité et le Mexique ne dispose pas de l’infrastructure nécessaire pour canaliser leur eau sans affecter l’approvisionnement de Monterrey et des districts d’irrigation du Tamaulipas.

Le Conseil Consultatif de l’Eau a exprimé son inquiétude face aux engagements pris par le gouvernement de la présidente Sheinbaum, anticipant une sécheresse sévère en 2026. Le manque de technologies modernes pour économiser l’eau dans les systèmes d’irrigation mexicains est également un problème majeur. Une modernisation des champs, avec des systèmes de récupération efficaces, est jugée essentielle pour éviter des pertes importantes. Le gouvernement devra donc coordonner étroitement ses actions avec les secteurs concernés, notamment le milieu agricole, qui s’oppose déjà à ces livraisons d’eau, tout en manquant de soutien pour améliorer l’efficacité de ses systèmes d’irrigation.

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