Publié le 12 novembre 2025 14:57:00. Un rapport accablant dénonce des violations graves des droits humains à l’encontre de plus de 200 migrants vénézuéliens expulsés vers le Salvador à la demande des États-Unis, qualifiant leur détention de « arbitraire » et assimilée à une disparition forcée.
- Des migrants vénézuéliens ont été victimes de mauvais traitements, incluant des violences physiques et sexuelles, dans la prison salvadorienne de haute sécurité CECOT.
- Le rapport accuse l’administration américaine d’être complice de ces abus, ayant fourni une aide financière au Salvador pour l’incarcération de ces personnes.
- De nombreux expulsés n’avaient apparemment aucun casier judiciaire, contredisant les allégations initiales des autorités américaines.
Des organisations de défense des droits de l’homme ont publié mercredi un rapport détaillé dénonçant le traitement infligé à plus de 200 migrants vénézuéliens expulsés vers le Salvador à la demande des États-Unis. L’enquête, menée par Human Rights Watch et Cristosal, révèle des conditions de détention inhumaines et des actes de torture dans la prison CECOT (Centro de Confinamiento de Terroristas), une structure pénitentiaire à sécurité maximale.
Selon le rapport, les détenus ont subi des « passages à tabac constants » de la part des gardiens salvadoriens, ainsi que d’autres formes de mauvais traitements, notamment des agressions sexuelles. Les enquêteurs estiment que certains de ces actes pourraient constituer de la torture au regard du droit international. Ils dénoncent également un accès limité à la nourriture, aux soins médicaux et à l’hygiène de base, ainsi qu’une détention au secret, des conditions incompatibles avec les normes internationales relatives au traitement des prisonniers.
« Les violations des droits humains documentées dans ce rapport violent les obligations du Salvador en vertu du droit international, notamment l’interdiction de la détention arbitraire, des disparitions forcées, de la torture et d’autres mauvais traitements »
Rapport de Human Rights Watch et Cristosal
L’enquête s’appuie sur des dizaines d’entretiens, dont une quarantaine avec des hommes vénézuéliens incarcérés à la méga-prison. Les témoignages concordent pour décrire un climat de violence et d’humiliation systématique. Les groupes de défense des droits de l’homme affirment que ces abus semblent découler d’une politique délibérée visant à soumettre et à punir les détenus.
Le rapport pointe également du doigt la responsabilité des États-Unis, accusés d’être « complices » des mauvais traitements. En mars dernier, l’administration Trump avait octroyé au Salvador 4,7 millions de dollars (USD) pour faciliter l’incarcération des personnes expulsées, accusées d’être liées au Tren de Aragua, un groupe criminel d’origine vénézuélienne.
Ces hommes vénézuéliens avaient été expulsés du Salvador par le gouvernement américain à la mi-mars, accusés d’être des criminels dangereux et des membres du Tren de Aragua. Beaucoup avaient été expulsés des États-Unis avec des procédures expéditives, en vertu de l’Alien Enemies Act de 1798, une loi datant d’une époque de conflit. Ils ont été libérés du CECOT cet été et renvoyés au Venezuela dans le cadre d’un échange de prisonniers négocié par les États-Unis.
CBS News avait révélé en mars dernier la liste des noms des Vénézuéliens envoyés au CECOT. Une enquête menée par CBS News et l’émission “60 Minutes” a ensuite démontré que nombre d’entre eux n’avaient aucun antécédent judiciaire, ni aux États-Unis, ni dans d’autres pays d’Amérique latine où ils avaient vécu, contredisant les affirmations de l’administration américaine.
L’analyse des dossiers judiciaires par les organisations de défense des droits de l’homme confirme cette tendance : « Notre examen des documents relatifs à leur casier judiciaire indique que nombre d’entre eux n’avaient été reconnus coupables d’aucun crime par les autorités fédérales ou étatiques aux États-Unis, ni au Venezuela ou dans d’autres pays d’Amérique latine où ils avaient vécu », conclut le rapport.
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