Publié le 2024-10-26 14:35:00. Le vieillissement de la population européenne pourrait entraîner une recrudescence inquiétante des infections résistantes aux antibiotiques, menaçant de compromettre les objectifs de santé publique fixés par l’ONU. Une étude basée sur l’analyse de plus de 12 millions de tests sanguins révèle une augmentation significative de ces infections, particulièrement chez les personnes âgées.
- Les infections sanguines résistantes aux antibiotiques sont en augmentation, en particulier chez les plus de 74 ans.
- Des disparités importantes existent entre les pays européens, avec des variations considérables dans l’évolution de la résistance bactérienne.
- Les objectifs de l’ONU de réduction de la mortalité due aux bactéries résistantes pourraient être difficiles à atteindre sans des mesures ciblées.
Une analyse approfondie des données de 29 pays européens met en lumière une corrélation préoccupante entre le vieillissement de la population et la propagation des infections résistantes aux antibiotiques. Les chercheurs de la London School of Hygiene and Tropical Medicine ont examiné plus de 12 millions de tests sanguins pour établir ce constat alarmant.
Le système immunitaire s’affaiblit naturellement avec l’âge, rendant les personnes âgées plus vulnérables aux infections. L’étude confirme cette intuition : les infections sanguines sont en nette progression chez les individus de plus de 74 ans, qui sont également les plus susceptibles d’être confrontés à des bactéries insensibles aux antibiotiques standards. Les recherches récentes sur de nouvelles armes contre la résistance aux antibiotiques offrent un espoir, mais la situation actuelle reste préoccupante.
L’étude révèle également des différences significatives entre les pays européens. La résistance à certaines combinaisons de bactéries et d’antibiotiques peut exploser dans un pays tout en diminuant dans un pays voisin. À titre d’exemple, concernant les bactéries Acinétobactérie résistantes aux aminoglycosides, les prévisions pour la période 2019-2030 varient d’une baisse de 66 % dans certains pays à une augmentation stupéfiante de 1 438 % dans d’autres. Globalement, la plupart des combinaisons de résistance augmentent dans la majorité des pays.
Ces résultats mettent en péril les ambitions de l’Organisation des Nations Unies (ONU) de réduire la résistance aux antibiotiques. En 2024, l’ONU s’est engagée à diminuer de 10 % d’ici 2030 le nombre de décès causés par des bactéries résistantes dans le monde. Les chercheurs ont évalué la faisabilité de cet objectif dans cette étude. Leurs conclusions sont peu encourageantes : même en adoptant des mesures ambitieuses pour réduire le nombre de nouvelles infections, seulement 68 % des combinaisons bactéries-antibiotiques atteindraient cette réduction de 10 %. De plus, la résistance peut remonter après une baisse temporaire, soulignant la nécessité d’interventions durables.
Pour parvenir à ces prévisions, les scientifiques ont analysé une vaste base de données européenne, EARS-Net, qui collecte des données sur la résistance aux antibiotiques depuis 1998. Ils ont calculé la fréquence des infections sanguines en fonction de l’âge et du sexe, puis combiné ces informations avec les projections démographiques officielles de l’Europe (Eurostat et l’ONS britannique). Cela leur a permis d’estimer l’évolution future des infections en tenant compte du vieillissement de la population.
Les chercheurs reconnaissent les limites de leur étude. Les prévisions sont basées sur les tendances passées et pourraient être affectées par des changements majeurs dans l’utilisation des antibiotiques ou par l’émergence de nouvelles “superbactéries”. L’étude se concentre également sur les infections sanguines en Europe, alors que la résistance bactérienne concerne également d’autres types d’infections. Enfin, les perturbations causées par la pandémie de coronavirus, qui ont affecté les soins de santé, n’ont pas été prises en compte.
En l’absence d’actions concrètes, la plupart des pays européens devraient connaître une augmentation significative des infections résistantes d’ici 2050, concluent les chercheurs. Le vieillissement de la population agit comme un facteur aggravant. Ils recommandent donc que les futurs plans de lutte contre la résistance soient plus ciblés, en tenant compte de l’âge et du sexe, afin de concentrer les interventions sur les groupes à risque, tels que les hommes âgés.
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