Publié le 7 décembre 2025 à 07h01. L’économie irlandaise affiche une croissance spectaculaire, portée par l’essor du secteur pharmaceutique et des multinationales, mais des inquiétudes grandissent quant à la gestion des recettes fiscales exceptionnelles par le gouvernement.
- Les exportations pharmaceutiques irlandaises ont bondi, notamment grâce à la production d’ingrédients actifs pour des médicaments contre l’obésité par Eli Lilly.
- Le secteur multinational affiche une croissance de 31,2 % sur les neuf premiers mois de l’année, entraînant une augmentation massive des recettes fiscales sur les sociétés.
- Le Conseil consultatif budgétaire irlandais met en garde contre une baisse de la proportion des fonds publics épargnés pour l’avenir.
L’Irlande connaît actuellement une période de prospérité économique sans précédent, confirmant l’analyse de Bertie Ahern selon laquelle « le boom s’amplifie ». Une série d’indicateurs récents témoignent d’une activité soutenue dans le secteur des multinationales, en particulier après la levée des menaces de droits de douane américains.
L’augmentation spectaculaire des exportations pharmaceutiques est l’un des principaux moteurs de cette croissance. Une part significative de cette hausse, estimée à 40 milliards d’euros sur les cinq premiers mois de 2025, est attribuable à l’usine d’Eli Lilly à Kinsale, dans le comté de Cork, et à la production d’un ingrédient clé pour ses médicaments amaigrissants à succès. Selon le Conseil consultatif fiscal irlandais, cette production représente la quasi-totalité de l’augmentation des exportations pharmaceutiques vers les États-Unis.
L’Irlande se positionne comme un acteur majeur dans l’industrie pharmaceutique mondiale, accueillant des activités de huit des dix plus grandes entreprises du secteur. Elle est ainsi devenue le troisième exportateur mondial de médicaments.
« Les nouveaux médicaments, qui sont vraiment rentables, sont produits ici et exportés non seulement aux États-Unis, mais dans le reste du monde. »
John FitzGerald, professeur adjoint au Trinity College
Au début de l’année, certains analystes avaient émis l’hypothèse que l’augmentation des exportations pharmaceutiques était due à une anticipation de l’imposition de droits de douane par l’administration Trump. Cependant, ce niveau élevé s’est maintenu tout au long de 2025, et les médicaments sont restés exemptés de ces droits, en partie grâce à des accords spécifiques.
Pfizer, par exemple, a conclu un accord avec la Maison Blanche pour vendre certains produits à des prix réduits directement aux consommateurs américains via le site web TrumpRx, lancé le mois prochain. En contrepartie, l’entreprise ne sera pas soumise à des droits de douane pendant les trois prochaines années. AstraZeneca a conclu un accord similaire, et d’autres entreprises devraient suivre. Cette initiative répond à une préoccupation majeure du président Trump : le coût élevé des médicaments pour les Américains.
Parallèlement, le secteur technologique affiche également une croissance significative de ses exportations. La part de l’économie irlandaise dominée par les entreprises étrangères a connu une croissance stratosphérique de 31,2 % au cours des neuf premiers mois de 2025, par rapport à la même période l’année précédente. En conséquence, le produit intérieur brut (PIB), incluant les multinationales, a augmenté de 15,8 % sur la même période.
Cette prospérité se traduit par une explosion des recettes fiscales. Le mois de novembre à lui seul a généré 10 milliards d’euros de recettes d’impôt sur les sociétés, un montant supérieur à celui collecté sur une année entière il y a seulement dix ans.
Selon le professeur FitzGerald, cette tendance devrait se poursuivre :
« Il y a une promesse d’encore plus à venir l’année prochaine parce que les recettes fiscales des sociétés sont basées sur ce qui s’est passé l’année précédente. Le fait que les multinationales se portent bien cette année signifie que les recettes fiscales des sociétés augmenteront l’année prochaine. »
John FitzGerald, professeur adjoint au Trinity College
Si cette manne financière est une aubaine pour les finances publiques, des inquiétudes subsistent quant à sa gestion. Le Conseil consultatif budgétaire irlandais estime que la proportion des fonds publics épargnés diminue, avec seulement 15 % réservés pour l’année prochaine, contre plus de 30 % cette année. Le Conseil souligne la nécessité d’épargner aujourd’hui pour faire face aux défis futurs, tels que le vieillissement de la population et le changement climatique. Rapport du Conseil consultatif budgétaire irlandais.
L’économie nationale, en dehors du secteur multinational, est également en bonne santé, avec une croissance de 4,1 % sur les neuf premiers mois de 2025 et une augmentation de 2,9 % des dépenses de consommation. Les recettes d’impôt sur le revenu et de TVA ont également dépassé les prévisions, ce qui témoigne de la solidité du marché de l’emploi.
Dans l’ensemble, l’Irlande se trouve dans une position économique enviable. La question qui se pose est de savoir si le gouvernement saura saisir cette opportunité unique pour construire un avenir meilleur pour le pays.
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