Home MondeL’enfant de deux ans peut retrouver ses parents à Gaza

L’enfant de deux ans peut retrouver ses parents à Gaza

by Clara Dubois

Publié le 10 octobre 2023 à 19h20. Dans un appartement de Beit Jala, près de Jérusalem-Est, une tante palestinienne élève Hor, une fillette de deux ans née à Gaza et souffrant d’une grave insuffisance cardiaque, alors que ses parents sont bloqués dans l’enclave.

  • Hor, née par césarienne à Gaza fin août, a nécessité des soins urgents en Israël, mais ses parents se sont vus refuser l’autorisation de l’accompagner.
  • Sa tante, Umm Yousif, a pu la suivre et s’occupe d’elle en attendant une possible amélioration de la situation à Gaza.
  • Le cessez-le-feu entré en vigueur vendredi offre un mince espoir, mais l’avenir de la famille reste incertain.

Dans le petit appartement de Beit Jala, Hor joue avec sa tante Umm Yousif. À deux ans, les visites sont une source de fascination, mais aussi d’une légère appréhension. Cette enfant, née fin août 2023 à Gaza, a connu un début de vie particulièrement difficile. Une insuffisance cardiaque a été détectée à la naissance, lors d’une césarienne, et les médecins craignaient pour sa survie.

« Elle était tellement désirée, » confie Umm Yousif. « Ses parents essayaient d’avoir un enfant depuis plus de dix ans, et Hor est née grâce à la fécondation in vitro (FIV). Mais après l’accouchement, sa mère n’a même pas osé la rencontrer, persuadée qu’elle allait mourir. »

Pour sauver Hor, il était impératif de trouver une solution rapide. La famille a sollicité un permis pour l’emmener dans un hôpital en Israël, avec l’aide d’une organisation palestinienne qui devait financer l’opération. Mais Israël a refusé l’entrée à ses parents. C’est finalement Umm Yousif qui a obtenu l’autorisation de l’accompagner.

Comme de nombreux enfants, Hor s’est retrouvée dans une situation précaire depuis le début du conflit. De nombreux témoignages font état de cas similaires.

La tante d'Hoors, Umm Yousif, est la seule mère qu'elle connaisse.

Umm Yousif, 48 ans, a trois enfants, dont la plus jeune a 17 ans. Sa fille aînée avait 15 ans lorsque sa mère a quitté Gaza avec Hor, dans l’intention de ne s’absenter que quelques semaines. L’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 a bouleversé tous les plans.

Hor s’est habituée à la présence de sa tante dans l’appartement et apprécie les jeux. Elle aime particulièrement faire « tittut » et donner des « high fives » avec le photographe Alexandre Mahmoud. Mais elle préfère être portée et secouée doucement, une activité que sa tante doit modérer.

« Elle doit y aller doucement, disent les médecins. Son cœur n’est pas assez fort. Il est très difficile d’expliquer à une enfant de deux ans qu’elle doit se calmer. »

Look est un jeu amusant quand on a deux ans.

La famille de Hor, comme des centaines de milliers d’autres habitants de Gaza, a été contrainte de fuir son foyer. Ils vivent désormais dans des tentes dans une zone humanitaire près de la frontière égyptienne. Les communications sont difficiles, mais ils parviennent parfois à s’appeler en visioconférence.

« Il a fallu six mois avant que nous puissions parler pour la première fois en vidéo. Hor était alors un bébé et sa mère pleurait. « Elle existe, elle existe », répétait-elle, » raconte Umm Yousif.

Pour Hor, il n’y a pas d’autre mère que sa tante. C’est la seule figure maternelle qu’elle connaisse.

Israël a déplacé ses troupes dans l'enclave palestinienne et des véhicules militaires traversent la frontière. Les camions assistés sont autorisés à se rendre aux Gazabs.

Le cessez-le-feu, entré en vigueur vendredi 10 octobre, suscite un espoir fragile, même si peu de Palestiniens osent y croire pleinement. Israël a repositionné ses troupes dans l’enclave palestinienne, et des véhicules militaires traversent la frontière, tandis que les camions d’aide humanitaire sont autorisés à entrer à Gaza.

La situation s’améliore, mais Umm Yousif soupire. « Mon mari ne va pas bien. C’est très difficile pour lui de me voir partir. »

Elle observe Hor, absorbée par un téléphone portable, tapotant joyeusement sur l’écran.

« Les médecins ont également précisé que nous ne pouvons pas retourner à Gaza avec Hor pour l’instant. Les soins dont elle a besoin ne sont pas disponibles, et les services de santé de base sont quasiment inexistants. Elle a besoin de soins spécialisés. »

Hor, 2 ans, a un cœur qui ne supporte pas vraiment autant qu'elle le souhaiterait.

Un nouveau cathétérisme cardiaque sera probablement nécessaire prochainement pour élargir les vaisseaux sanguins rétrécis. Hor ne le comprend pas encore, mais elle se fatigue plus vite que les autres enfants et ne peut pas jouer aussi longtemps qu’elle le voudrait.

« Peut-être que sa mère pourra venir ici, mais je pense que ce sera difficile, même si le cessez-le-feu est respecté. Peut-être devrons-nous retourner à Gaza. J’ai besoin de ma famille, mais comment puis-je vivre sans Hor ? Elle est comme ma propre enfant maintenant, » conclut Umm Yousif.

Faits.Les enfants retrouvent leurs parents

L’UNICEF a annoncé vendredi avoir réussi à évacuer deux nouveau-nés sur 18 d’un hôpital du nord de Gaza afin qu’ils puissent retrouver leurs parents plus au sud, selon Reuters.

« J’espère que ce n’est qu’un exemple de ce qui se passera lorsque le cessez-le-feu sera pleinement mis en œuvre, » a déclaré le porte-parole de l’UNICEF, Ricardo Pires.

Les 16 autres nourrissons sont placés dans des incubateurs en attendant l’autorisation d’Israël pour être transférés.

Le cessez-le-feu a débuté vendredi à 11 heures, selon l’armée israélienne.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.