Mis à jour le 12.27 | Publié le 10h55. Dans le sud du Liban, des agriculteurs chrétiens se retrouvent pris au piège d’une situation sécuritaire complexe, victimes collatérales d’un conflit qui les dépasse, voyant leurs terres et leurs moyens de subsistance menacés.
À Rmeich, une localité située à quelques centaines de mètres de la frontière israélienne, la vie est suspendue. Les agriculteurs locaux, dont la plupart vivent de l’oliviculture et de la culture du tabac, voient leur travail de toute une vie détruit et se retrouvent dans l’impossibilité d’accéder à leurs terres, bloqués par les tensions croissantes et les risques sécuritaires.
« Nous n’avons jamais été les ennemis d’Israël et pourtant nous sommes traités ainsi », témoigne Samir al Hajj, en contemplant ses oliveraies dévastées. Des arbres morts, d’autres brûlés, certains même arrachés par leurs racines. L’accès à ces terres est devenu périlleux, soumis à l’autorisation des forces israéliennes.
George el Khoury, le plus grand oléiculteur de la région, déplore : « J’avais 1 500 arbres avant la guerre, aujourd’hui 70 pour cent sont détruits. » Il souligne la difficulté d’accéder à ses terres, même pour constater l’ampleur des dégâts.
La situation est d’autant plus préoccupante qu’une zone tampon est en cours de construction le long de la frontière, empiétant sur les terres agricoles. Le maire de Rmeich, Youssef Khalkech, s’inquiète : « Ce mur est en train d’être construit sur les terres de nos agriculteurs. Ils peuvent y construire un mur, mais nous ne pouvons pas utiliser nos propres terres pour cultiver comme nous l’avons toujours fait. »
Les agriculteurs vivent dans la crainte constante d’être pris pour cible. Aoun Hanna, un cultivateur de tabac, raconte : « Au printemps dernier, nous avons essayé de faire pousser et avons vu comment elles commençaient à germer, nous étions fous de joie mais tout à coup les plantes sont mortes du jour au lendemain. » Il explique que plusieurs de ses collègues ont vu un avion israélien pulvériser une substance qui a détruit leurs récoltes. Des témoignages évoquent également l’utilisation de phosphore blanc pour ravager les cultures.
« Ils ne veulent pas que quiconque atteigne les plantations les plus proches de la frontière, mais ils détruisent nos vies en détruisant nos plantes », déplore Aoun Hanna, montrant des photos de ses champs dévastés. Il ajoute : « Les animaux paissaient ici, moutons et chèvres. Mais il est désormais impossible de garder des animaux en liberté aussi près de la frontière. De nombreux animaux ont été tués ou ont disparu. »
La situation est d’autant plus paradoxale que la communauté chrétienne de Rmeich n’a jamais été attaquée pendant le conflit, car elle a refusé de laisser le Hezbollah tirer des roquettes depuis son territoire. Pourtant, elle en paie le prix fort, se retrouvant prise en étau entre les tensions régionales et les restrictions imposées par Israël.
Les habitants de Rmeich se sentent abandonnés et vivent dans l’incertitude quant à l’avenir. « Nous sommes comme dans les limbes », confie le maire, résumant le sentiment général de désespoir et d’impuissance qui règne dans la région.
