Publié le 19 novembre 2025 à 06h10. Une étude internationale met en garde contre une « pandémie de maladies chroniques » liée à la consommation croissante d’aliments ultra-transformés, appelant les gouvernements à adopter des mesures strictes pour encadrer leur production et leur commercialisation.
- Des scientifiques alertent sur le lien entre la consommation d’aliments ultra-transformés et une augmentation du risque de 32 maladies différentes, dont le diabète, le cancer et les maladies cardiaques.
- L’étude appelle à traiter les fabricants de ces produits comme l’industrie du tabac, en envisageant des taxes et l’interdiction de la publicité.
- Plus de la moitié du régime alimentaire britannique typique est désormais constitué d’aliments ultra-transformés, un taux qui atteint 50 % aux États-Unis.
La consommation excessive d’aliments ultra-transformés (AUT), ces produits de masse bourrés d’ingrédients et d’additifs que l’on ne retrouverait pas dans une cuisine familiale, est désormais pointée du doigt comme un facteur majeur de l’explosion des maladies chroniques. Une équipe de 43 scientifiques et chercheurs tire la sonnette d’alarme dans la prestigieuse revue The Lancet, dénonçant une industrie agroalimentaire qui privilégie le profit à la santé publique.
Selon l’étude, les AUT « supplantent » progressivement les aliments frais et les repas traditionnels. Les entreprises alimentaires, en quête de marges toujours plus importantes, recourent à des processus industriels complexes pour créer des produits hautement palatables, mais souvent dépourvus de valeur nutritionnelle. Ces aliments sont conçus pour être addictifs, incitant à une surconsommation et contribuant à l’épidémie d’obésité et de maladies associées.
Les experts appellent les gouvernements à agir avec fermeté, en s’inspirant des stratégies mises en œuvre pour lutter contre le tabagisme. Ils proposent notamment d’imposer des taxes sur les AUT, d’interdire leur publicité, et de réglementer leur composition.
Les AUT englobent une large gamme de produits, tels que les viandes transformées, le pain industriel, les sodas, et certaines céréales pour petit-déjeuner. Ils sont caractérisés par leur forte teneur en sucres ajoutés, en graisses saturées, en sel, et en additifs artificiels. Des études récentes ont établi un lien entre une alimentation riche en AUT et un risque accru de 32 maladies différentes, allant du diabète de type 2 aux maladies cardiovasculaires, en passant par certains types de cancer et la dépression.
Le professeur Chris van Tulleken, de l’University College London, l’un des auteurs de l’étude, a souligné lors d’une conférence de presse qu’il existait « une longue histoire de reformulation par l’industrie alimentaire au cours des trois dernières décennies ». Il a expliqué :
« Nous avons d’abord retiré la graisse, puis le sucre. Nous avons remplacé le sucre par des édulcorants, les graisses par des gommes. Ces produits ont été largement reformulés et nous avons constaté que l’obésité, en particulier l’obésité infantile, et d’autres maladies liées à l’alimentation ont continué d’augmenter, en parallèle de ces modifications. »
Professeur Chris van Tulleken, University College London
Il a insisté sur le fait que le problème ne se situe pas au niveau du produit individuel, mais plutôt au niveau de l’ensemble du régime alimentaire, qui est de plus en plus dominé par les AUT. « L’objectif de ces produits est intégré dans leur définition : le profit. Tant que le profit reste la priorité, il est peu probable que l’on obtienne des résultats positifs pour la santé », a-t-il déclaré.
Le Dr Phillip Baker, de l’Université de Sydney en Australie, a appelé à une réponse mondiale forte en matière de santé publique, comparable aux efforts coordonnés pour lutter contre l’industrie du tabac. Il a plaidé pour la protection des instances politiques contre le lobbying des entreprises agroalimentaires et la construction de coalitions solides pour promouvoir des systèmes alimentaires sains, équitables et durables. Plus d’informations sur les travaux du professeur Van Tulleken.
L’étude révèle des disparités importantes entre les pays. La proportion d’AUT dans l’alimentation quotidienne reste inférieure à 25 % dans des pays comme l’Italie, Chypre, la Grèce, le Portugal et l’ensemble de l’Asie, mais elle atteint 50 % aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Kate Halliwell, directrice scientifique de la Food and Drink Federation, représentant les fabricants britanniques, a déclaré : « Les entreprises alimentaires et de boissons fabriquent une large gamme de produits, qui peuvent tous faire partie d’une alimentation équilibrée – depuis les aliments et boissons de tous les jours, comme les pois surgelés, le pain complet et les céréales pour petit-déjeuner, jusqu’aux friandises comme les puddings et les confiseries. »
« Les entreprises ont apporté une série de changements au fil des années pour rendre les aliments et les boissons que nous achetons tous plus sains, conformément aux directives gouvernementales. »