Publié le 12 octobre 2023 16:17:00. Une étude australienne remet en question l’efficacité des « avertissements déclencheurs » sur les réseaux sociaux, suggérant qu’ils n’empêchent pas les personnes de consulter des contenus potentiellement choquants et pourraient même les inciter à le faire.
- Une étude menée auprès de 261 participants révèle que 90 % d’entre eux ont cliqué sur du contenu précédé d’un avertissement.
- Les personnes ayant vécu des traumatismes ne sont pas moins susceptibles de consulter ces contenus, et certains affirment même que les avertissements les attirent.
- Des chercheurs estiment que les avertissements déclencheurs pourraient servir davantage à décharger les plateformes de leur responsabilité qu’à protéger les utilisateurs.
Les « avertissements déclencheurs » (trigger warnings en anglais), ces messages prévenant la présence de contenus potentiellement traumatisants, sont de plus en plus courants sur les réseaux sociaux et les plateformes de diffusion de vidéos. Ils prennent souvent la forme de textes explicites ou d’images/vidéos floutées nécessitant une autorisation de visualisation. Pourtant, leur efficacité est désormais remise en question par une nouvelle étude menée par l’Université Flinders d’Adélaïde, en Australie.
L’étude, publiée dans le Journal de thérapie comportementale et de psychiatrie expérimentale, a analysé le comportement de 261 participants confrontés à divers avertissements déclencheurs au cours d’une semaine. Les résultats sont sans appel : près de 90 % des participants ont cliqué sur le contenu malgré la présence de l’avertissement. Plus surprenant encore, certains ont même déclaré qu’ils étaient plus enclins à le faire précisément à cause de cet avertissement.
Ce constat est d’autant plus frappant que l’étude a également inclus des personnes ayant déclaré avoir vécu des traumatismes. Contre toute attente, ces individus ne se sont pas montrés moins curieux que les autres. L’un d’eux a même confié aux chercheurs :
« Parfois, mon cerveau veut être déclenché, alors il attire davantage mon attention. »
Participant à l’étude
Victoria Bridgland, de l’Université Flinders, ne s’est pas dite surprise par ces résultats. Elle souligne que le débat autour des avertissements déclencheurs est souvent polarisé :
« Il y a beaucoup de bagage politique dans cette conversation. Cela oscille généralement entre deux points de vue. D’un côté, c’est que les avertissements déclencheurs dorlotent les gens, et les étudiants sont des flocons de neige. De l’autre côté, c’est que nous devons faire des aménagements pour les survivants d’un traumatisme. »
Victoria Bridgland, Université Flinders
Pour elle, la question centrale est de savoir si ces avertissements sont réellement efficaces pour protéger les utilisateurs. « Il y a maintenant une décennie de recherche sur ce sujet, et son étude n’est que la dernière. Ils arrivent tous à la même conclusion. Les avertissements déclencheurs ne changent pas vraiment le comportement ou les émotions des gens. Je suis tout à fait certain que les avertissements ne préparent pas émotionnellement les gens. »
Les chercheurs avancent que la formulation souvent vague des avertissements déclencheurs pourrait susciter la curiosité plutôt que la prévention. Ils suggèrent également que ces avertissements pourraient servir à décharger les plateformes de leur responsabilité en cas de réaction négative des utilisateurs.
« Quelle est l’utilité de partager une vidéo de décapitation, par exemple ? Cela ne sensibilisera pas davantage les gens que de dire aux gens qu’une décapitation s’est produite, mais cela générera des clics. Alors ils ont mis un avertissement dessus, pour dire : ‘Nous vous avons prévenu, si vous regardez le contenu graphique et que vous en êtes dérangé, c’est de votre faute.’ Mais ils vont vous montrer ces éléments graphiques parce qu’ils savent que cela va générer des clics. »
Victoria Bridgland, Université Flinders
En fin de compte, l’étude suggère que les avertissements déclencheurs pourraient être davantage un outil de gestion de la responsabilité qu’un véritable dispositif de protection des utilisateurs.
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