Publié le 11 octobre 2023 21:36:00. Les infections au Covid-19 sont en hausse en Espagne, mais les experts estiment que le virus évolue vers une maladie saisonnière moins sévère, grâce à l’immunité acquise par la population et à la vaccination.
- Le nombre de cas de Covid-19 a plus que doublé en Espagne depuis l’été.
- Les autorités sanitaires encouragent une nouvelle campagne de vaccination, ciblant particulièrement les personnes âgées et les individus vulnérables.
- De nouvelles variantes du virus, Stratus et Nimbus, sont sous surveillance, mais ne semblent pas entraîner de formes plus graves de la maladie.
Les chiffres de l’Institut de santé Carlos III (ISCIII) révèlent une augmentation significative des infections au Covid-19 en Espagne. Le taux d’incidence est passé de 46,6 cas pour 100 000 habitants à la mi-juin à 99,3 cas au cours de la semaine du 15 au 21 septembre. Le dernier rapport, daté du 5 octobre, fait état de 63,8 cas pour 100 000 habitants, signalant une légère diminution, mais confirmant une circulation continue du virus sur l’ensemble du territoire espagnol.
Malgré cette augmentation, les experts soulignent que les infections restent bien en deçà des pics observés lors des précédentes vagues pandémiques. Ils insistent toutefois sur l’importance de maintenir les mesures préventives, alors que le Covid-19 semble se stabiliser et se transformer en une maladie saisonnière persistante.
L’immunologue Rafael Tolède, professeur de parasitologie à l’Université de Valence, explique que cette recrudescence est en partie due à l’absence d’une vague majeure de Covid-19 plus tôt dans l’année.
« Le fait qu’il n’y ait pas eu de pic de Covid auparavant a empêché la majeure partie de la population de renouveler son immunité »
Rafael Tolède, professeur de parasitologie à l’Université de Valence
Sans une poussée significative, la majorité des individus n’ont pas bénéficié d’un rappel immunitaire, les rendant plus susceptibles à l’infection lors de leur exposition au virus.
Ce regain d’infections coïncide également avec la fin des vacances d’été et la reprise des activités scolaires et professionnelles, favorisant ainsi les interactions dans des espaces clos tels que les salles de classe, les bureaux et les transports en commun.
« Cette période de contact accru à l’intérieur a contribué à la récente augmentation »
Rafael Tolède, professeur de parasitologie à l’Université de Valence
Les données de l’ISCIII montrent que les hospitalisations liées au Covid-19 n’ont pas suivi la même trajectoire que le nombre de cas. Le dernier rapport enregistre 1,5 hospitalisation pour 100 000 habitants. Parmi les patients hospitalisés, 29,4 % ont développé une pneumonie, 7,7 % ont nécessité des soins intensifs et 9,1 % des cas hospitalisés ont été fatals. Ces chiffres témoignent d’une moindre gravité des infections par rapport aux vagues précédentes.
De nouvelles variantes du coronavirus, notamment Stratus et Nimbus, sont à l’origine de l’augmentation actuelle des infections. Manuel Muro, responsable de l’immunologie à l’hôpital universitaire Virgen de la Arrixaca, précise toutefois que ces souches ne sont pas associées à une gravité accrue.
« Ils augmentent la transmissibilité mais ne provoquent pas de cas plus graves. Il n’y a aucune raison de s’alarmer ou de s’inquiéter à leur sujet. D’autres variantes continueront d’apparaître à mesure que le virus évolue. »
Manuel Muro, responsable de l’immunologie à l’hôpital universitaire Virgen de la Arrixaca
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) surveille ces variantes, qui présentent des symptômes similaires à ceux des souches antérieures, comme Omicron (fièvre, maux de tête, fatigue, maux de gorge et parfois enrouement).
Les experts s’accordent à dire que le maintien d’une couverture vaccinale élevée reste la mesure la plus efficace pour prévenir une augmentation des cas graves. Daniel López Acuña, ancien directeur de l’action sanitaire de l’OMS dans les situations de crise, souligne que la vaccination constitue la meilleure défense.
« Si nous voulons éviter ou atténuer une triple pandémie cet automne-hiver, nous devons vacciner maintenant »
Daniel López Acuña, ancien directeur de l’action sanitaire de l’OMS dans les situations de crise
Il recommande de cibler en priorité les personnes âgées et les groupes à haut risque, notamment celles souffrant de maladies chroniques.
Les spécialistes de la santé espagnols continuent de recommander le port du masque dans les environnements à risque élevé, tels que les hôpitaux, les cliniques, les maisons de retraite et les transports publics, ainsi que pour toute personne présentant des symptômes respiratoires.
« Si vous avez une infection active, il est essentiel d’utiliser un masque dans les grands rassemblements, les espaces clos et les transports publics »
Daniel López Acuña, ancien directeur de l’action sanitaire de l’OMS dans les situations de crise
Les taux d’hospitalisation et de mortalité plus faibles en Espagne, par rapport aux phases antérieures de la pandémie, sont attribués à la vaccination généralisée et à l’exposition antérieure de la population, qui ont renforcé l’immunité collective.
Les autorités sanitaires devraient maintenir une surveillance étroite via l’ISCIII et les systèmes régionaux, alors que le Covid-19 se transforme en une maladie saisonnière récurrente, comparable à la grippe. Le gouvernement continue de promouvoir des campagnes de vaccination et des messages de santé publique pour prévenir les épidémies simultanées de Covid-19, de grippe et d’autres virus respiratoires pendant les mois les plus froids.
Malgré la tendance à la hausse des infections, les experts ne prévoient pas d’alarme excessive. Ils soulignent que le Covid-19 est désormais largement gérable grâce aux niveaux d’immunité et à la préparation médicale. Ils mettent toutefois en garde contre l’autosatisfaction, qui pourrait entraîner une augmentation des taux d’infection et une pression potentielle sur les systèmes de santé pendant l’hiver. La situation actuelle exige de la vigilance, de la vaccination et le respect des pratiques préventives de base, plutôt que des restrictions strictes.
L’expérience espagnole illustre une tendance européenne plus large : le Covid-19 est devenu une menace persistante, mais moins grave, nécessitant une adaptation continue des systèmes de santé publique et du comportement de la population.