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Les centres de données de l’Oregon pourraient contribuer à une augmentation des cancers et des fausses couches

by Sophie Martin

Publié le 2024-02-29 10:00:00. Dans le comté de Morrow, en Oregon, la coexistence de méga-fermes, d’usines agroalimentaires et de centres de données Amazon suscite l’inquiétude : une concentration alarmante de nitrates dans l’eau potable pourrait être liée à une augmentation des cas de cancer et de fausses couches dans la région.

  • Les concentrations de nitrates dans certains puits dépassent dix fois les limites légales de l’État de l’Oregon (7 ppm) et sept fois les normes fédérales (73 ppm).
  • L’arrivée d’Amazon et ses centres de données, qui consomment d’importantes quantités d’eau pour le refroidissement, sont pointées du doigt comme un facteur aggravant de la contamination.
  • Malgré les préoccupations, Amazon conteste ces accusations, minimisant son impact sur la qualité de l’eau.

Le comté de Morrow, dans l’Oregon, est un centre agricole important, mais aussi un pôle technologique en pleine expansion avec la présence de plusieurs centres de données appartenant à Amazon Web Services (AWS). Cette combinaison inhabituelle est désormais au cœur d’une controverse environnementale et sanitaire. Selon une enquête récente publiée par Rolling Stone, la prolifération de ces installations pourrait être liée à une augmentation inquiétante des niveaux de nitrates dans l’eau potable, avec des conséquences potentiellement graves pour la santé des habitants.

Le problème réside dans la manière dont l’eau est gérée dans cette région. Les centres de données d’Amazon puisent chaque année des dizaines de millions de gallons d’eau de la nappe phréatique pour refroidir leurs serveurs. Cette eau est ensuite rejetée dans le système d’assainissement du port, où elle rejoint les eaux usées agricoles, déjà riches en nitrates provenant des engrais. Le sol sablonneux de la région, particulièrement perméable, favorise l’infiltration de ces nitrates dans la nappe phréatique, contaminant ainsi l’eau potable. Le processus est amplifié par le fait qu’Amazon récupère parfois cette eau contaminée pour la réutiliser dans ses centres de données, augmentant encore sa concentration en nitrates.

« Lorsque cette eau contaminée circule dans les centres de données pour absorber la chaleur des systèmes de serveurs, une partie de l’eau s’évapore, mais les nitrates restent, augmentant la concentration. Cela signifie que lorsque l’eau polluée traverse les centres de données et retourne dans le système d’égouts, elle est encore plus contaminée, atteignant parfois une moyenne allant jusqu’à 56 ppm, soit huit fois la limite de sécurité de l’Oregon. »

Rolling Stone

Les experts mettent en garde contre les risques liés à une exposition prolongée à des niveaux élevés de nitrates dans l’eau potable, notamment une augmentation des cancers rares et des fausses couches. Cependant, la réponse à cette crise sanitaire est jugée trop lente et insuffisante, notamment en raison de la précarité économique de la population locale : 40 % des habitants du comté de Morrow vivent en dessous du seuil de pauvreté. Cette situation a conduit à des comparaisons avec la crise de l’eau à Flint, dans le Michigan.

Amazon conteste fermement les conclusions de l’enquête de Rolling Stone. La porte-parole Lisa Levandowski a déclaré que l’article était « trompeur et inexact », affirmant que le volume d’eau utilisé et rejeté par les installations d’AWS ne représente qu’une « très petite fraction » du système hydrique global et n’a donc pas d’impact significatif sur la qualité de l’eau. Une étude récente suggère que les centres de données consomment d’importantes quantités d’eau, mais Amazon insiste sur le fait que son impact est minime.

Levandowski a également souligné que les problèmes d’eau souterraine dans la région précédaient l’arrivée d’AWS. Des recherches indiquent que la région est confrontée à des défis liés à la gestion de l’eau depuis longtemps. Néanmoins, la question se pose de savoir si Amazon a suffisamment pris en compte ces difficultés avant de s’implanter dans le comté de Morrow, et pourquoi l’entreprise n’a pas mis en place des mesures plus efficaces pour atténuer son impact sur l’environnement et la santé publique. Amazon a fait des dons à des organisations locales, mais l’efficacité de ces initiatives est remise en question.

Kristin Ostrom, directrice exécutive d’Oregon Rural Action (ORA), une association de défense des droits de l’eau, résume la situation : Rolling Stone rapporte qu’elle a déclaré : « Ce sont des gens qui n’ont aucun pouvoir politique ou économique et qui connaissent très peu le risque. »

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