Les chirurgiens-dentistes, les kinésithérapeutes, les sages-femmes et les infirmiers sont autorisés depuis 2016 à prescrire des substituts nicotiniques pour aider leurs patients à arrêter de fumer, mais cette possibilité reste largement sous-exploitée. Cette lacune est d’autant plus préoccupante que le tabagisme a des conséquences directes et graves sur la santé bucco-dentaire.
« Dans les faits, peu de professionnels de santé sont formés ou même informés de cette compétence qu’ils possèdent », souligne le Dr Johan Sergheraert, chirurgien-dentiste et tabacologue à l’Université et au CHU de Reims. Or, les fumeurs présentent un risque de développer une maladie parodontale (atteinte des gencives et de l’os de soutien des dents) de 2,5 à 6 fois supérieur à celui des non-fumeurs.
Le Dr Sergheraert insiste sur le rôle crucial que peuvent jouer les chirurgiens-dentistes : « Leur contribution mérite d’être valorisée. Ces pathologies inflammatoires, parmi les plus répandues au monde avec les caries, représentent une part importante des maladies chroniques. » Il plaide pour une meilleure appropriation de cette possibilité de prescription par les praticiens.
Selon lui, tout patient fumeur devrait bénéficier d’un minimum d’information et d’accompagnement, que ce soit par simple discussion, par une première prescription de substituts nicotiniques, ou par une orientation vers un spécialiste. « L’objectif n’est pas que tous les dentistes deviennent des experts en tabacologie, mais qu’ils intègrent systématiquement la prévention du tabagisme à leur pratique. Ce rôle d’amorce est essentiel », explique-t-il.
La nature même des consultations dentaires, notamment en cas de maladie parodontale, offre un cadre idéal pour un suivi régulier et personnalisé du sevrage tabagique. Les visites fréquentes et prolongées permettent un accompagnement de proximité. Les bénéfices d’arrêter de fumer sont rapides et durables : après dix ans, le risque de développer une maladie parodontale chez un ancien fumeur rejoint celui d’une personne n’ayant jamais fumé.
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