Face à la perspective de pénuries médicales croissantes, les professionnels de santé pourraient bientôt être contraints de prendre des décisions déchirantes concernant l’allocation des soins, soulevant des questions éthiques complexes et potentiellement traumatisantes.
La réduction envisagée des budgets de programmes tels que Medicaid et Medicare, ainsi que la diminution de l’aide médicale internationale, pourrait entraîner un accès limité aux fournitures, aux équipements et au personnel soignant. Dans un tel contexte, les médecins et autres professionnels de santé pourraient se retrouver à devoir choisir qui reçoit des soins et dans quelle mesure, une situation qui les oblige à envisager de refuser certains traitements.
Cette réalité, bien que difficile à envisager, peut être abordée à travers différents cadres éthiques. L’utilitarisme, souvent perçu comme une approche rigide et potentiellement oppressive, n’est en réalité pas monolithique. Il existe différentes interprétations, certaines mettant l’accent sur le bien-être collectif sans pour autant impliquer un contrôle étatique excessif ou une évaluation de la valeur individuelle basée sur la productivité.
Une de ces approches, le communarisme, privilégie la maximisation du bien-être individuel au sein d’une communauté. Elle repose sur le principe que chaque droit implique une responsabilité correspondante. On observe un contraste frappant entre l’enthousiasme du public face à la vaccination contre la polio dans les années 1950 et l’hésitation observée lors de la campagne de vaccination contre la COVID-19, reflétant une évolution vers une plus grande focalisation sur les droits individuels au détriment des responsabilités collectives.
Dans un scénario de pénurie, le modèle communariste propose de prioriser la santé communautaire en déterminant l’accès aux soins en fonction de la gravité de la maladie et des chances de succès du traitement. Il ne s’agit pas de dévaloriser une vie par rapport à une autre, mais plutôt d’allouer les ressources limitées de manière à maximiser les bénéfices pour le plus grand nombre. Une telle approche nécessiterait une surveillance rigoureuse pour éviter toute forme de discrimination, avec la mise en place de comités d’experts et de représentants de la communauté.
Des considérations similaires existent au sein de l’éthique médicale juive. En cas de ressources limitées, comme un seul respirateur disponible pour deux patients, un médecin pourrait être amené à choisir qui en bénéficie, non pas en fonction d’une évaluation de la valeur de la vie, mais en fonction de celui qui a le plus de chances d’en tirer profit. La décision doit être rationnelle, flexible et exempte d’émotions ou de préjugés.
Cela implique une évaluation honnête de la probabilité de succès d’un traitement, en quantifiant, dans la mesure du possible, la gravité des affections. Une chance de survie de 1 % pourrait ne plus être considérée comme une justification suffisante pour une réanimation cardio-pulmonaire prolongée, nécessitant un seuil plus élevé. Dans certains cas, il pourrait également être raisonnable de ne pas traiter une condition secondaire chez un patient en phase terminale, afin de préserver les ressources pour ceux qui ont de meilleures chances de guérison.
Pour mettre en œuvre ces principes, il serait judicieux de créer des comités d’éthique hospitaliers, incluant des représentants de la communauté, chargés d’élaborer des directives claires et de former les professionnels de santé à la prise de décision rationnelle. Ces directives doivent être suffisamment larges pour s’adapter à chaque situation individuelle, en tenant compte des connaissances médicales en constante évolution et de la disponibilité fluctuante des ressources.
Dans une situation de pénurie prolongée, la possibilité pour les patients de choisir ou de refuser un traitement pourrait devenir moins pertinente, et les décisions des médecins prendraient une importance accrue. Bien qu’un examen des cas soit nécessaire pour détecter les biais, il est crucial de ne pas remettre en question les décisions médicales, afin de ne pas entraver la capacité des médecins à agir efficacement.
Il est essentiel de reconnaître que prendre des décisions sur qui se voit refuser les soins aura un impact psychologique important sur les professionnels de santé. Un soutien psychologique, voire une thérapie obligatoire, devrait être mis en place, car ils sont peu susceptibles de demander de l’aide par eux-mêmes. Sans ce soutien, le risque d’épuisement professionnel et de suicide augmente considérablement. Il est également important de prendre en compte le stress subi par les autres membres du personnel soignant.