Mis à jour le 15 novembre 2023. Les consommateurs espagnols et portugais constatent une augmentation de leurs factures d’électricité, conséquence indirecte d’une panne généralisée survenue en avril dernier et de la réponse mise en place pour éviter sa répétition.
- Les compagnies d’électricité espagnoles et portugaises répercutent sur leurs clients les coûts liés à l’activation d’un « mode renforcé » du réseau électrique.
- Iberdrola prévoit de transférer environ 70 % d’un impact financier estimé à 210 millions d’euros (environ 225 millions de dollars) aux utilisateurs d’ici 2026.
- Endesa a déjà intégré ces surcoûts dans ses tarifs, confirmant une tendance qui devrait s’étendre à l’ensemble du secteur.
Quelques instants d’obscurité, des tensions passagères, puis le retour à la normale. La panne d’électricité qui a touché la péninsule ibérique en avril dernier semblait vite reléguée aux oubliettes. Pourtant, les conséquences de cet incident se font désormais sentir, et de manière concrète, sur les factures d’électricité des foyers.
Suite à cet épisode, l’exploitant du système électrique a activé ce qu’il appelle le « mode renforcé ». En termes simples, cela s’est traduit par une plus grande utilisation des sources d’énergie conventionnelles, comme le gaz, et une limitation du recours aux énergies renouvelables. Officiellement présentée comme une mesure temporaire, une sorte de solution de fortune, cette approche est rapidement devenue la nouvelle norme.
Le problème réside dans le coût plus élevé de ces énergies conventionnelles. Elles nécessitent des « services auxiliaires » et des mécanismes de stabilisation du réseau, dont le défaut de fonctionnement peut entraîner de nouvelles pannes. Pendant des mois, ces coûts se sont accumulés discrètement, tandis que les contrats étaient renouvelés et que les compagnies énergétiques préparaient le terrain pour leur transfert aux consommateurs. Aujourd’hui, ce changement technique se traduit par une augmentation visible des prix.
La tendance est confirmée : le surcoût est désormais répercuté sur les clients. Endesa a ouvert le ban, et il ne s’agit pas d’un cas isolé. Les chiffres continuent de grimper. Iberdrola estime l’impact financier à 210 millions d’euros entre l’Espagne et le Portugal d’ici septembre, et prévoit de transférer environ 70 % de ce montant aux utilisateurs avant 2026. Endesa, de son côté, calcule un résultat net d’environ 150 millions d’euros cette année et a déjà intégré ce montant dans ses tarifs.
La Commission Nationale des Marchés et de la Concurrence (CNMC) avait initialement freiné les augmentations, notamment pour les clients disposant de tarifs fixes. Cependant, au fil des mois, de nombreux contrats ont été renouvelés, offrant aux compagnies d’électricité l’opportunité de répercuter ces coûts. Elles ont été claires : « pour pérenniser ce nouveau mode de fonctionnement, il est nécessaire de le transférer au client ». Autrement dit, cette panne, initialement perçue comme un incident isolé, a déclenché un système plus coûteux, dont les consommateurs doivent désormais assumer le prix.
Le 28 avril restera gravé dans les mémoires comme le jour où la péninsule ibérique a été plongée dans l’obscurité. Mais cette date marque également le début d’un cycle dont les effets se font sentir ce mois-ci. Le résultat est clair : des factures plus élevées, des conditions contractuelles modifiées et des consommateurs qui, sans être à l’origine de la panne, doivent en supporter les conséquences. Des solutions existent pour améliorer la stabilité du réseau, mais leur mise en œuvre prend du temps.
Les compagnies d’électricité préviennent que ces augmentations pourraient se poursuivre l’année prochaine si le « mode renforcé » reste actif. Les problèmes les plus coûteux ne sont pas toujours ceux qui éclatent soudainement, mais ceux qui se résolvent tardivement. La panne d’électricité a été brève, mais son ombre continue de planer sur nos factures. D’abord le choc, puis le silence, et maintenant les conséquences sur nos dépenses. Les entreprises l’ont annoncé, les autorités l’ont indirectement approuvé, et les consommateurs commencent à peine à en prendre conscience. La nouvelle donne énergétique a désormais une date et un prix, et chaque mois nous rappellera cette journée sur nos relevés de compte.
La fin des réductions sur les factures d’électricité pourrait également aggraver la situation pour les foyers les plus vulnérables.