Home MondeLes émissions fossiles n’ont cessé de croître depuis l’Accord de Paris de 2015, mais il y a de l’espoir car « le pic est très proche » | Climat et environnement

Les émissions fossiles n’ont cessé de croître depuis l’Accord de Paris de 2015, mais il y a de l’espoir car « le pic est très proche » | Climat et environnement

by Clara Dubois

Publié le 2025-11-13 00:01:00. Les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO₂) issues des énergies fossiles et de la production de ciment devraient à nouveau augmenter en 2025, compromettant davantage les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Cette hausse, de 1,1 % par rapport à 2024, met en évidence l’urgence d’une transition énergétique accélérée.

  • Les émissions de CO₂ devraient atteindre 38,1 gigatonnes (milliards de tonnes) en 2025.
  • Depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015, les émissions globales ont augmenté de 9,8 %.
  • Le budget carbone restant pour limiter le réchauffement à 1,5 °C pourrait être épuisé dans seulement quatre ans si les tendances actuelles persistent.

Les émissions de gaz à effet de serre continuent de grimper, malgré les efforts internationaux pour les réduire. Selon le Budget carbone mondial, une analyse réalisée par 130 experts internationaux pour sa vingtième édition, le monde est sur le point de dépasser les seuils critiques fixés par l’Accord de Paris. La principale conclusion de ce rapport est alarmante : les émissions devraient atteindre 38,1 gigatonnes en 2025, soit une augmentation de 1,1 % par rapport à l’année précédente.

Cette progression est d’autant plus préoccupante qu’elle se produit alors que la fenêtre d’opportunité pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C ou 2 °C se rétrécit rapidement. L’Accord de Paris vise à stabiliser la température mondiale bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, et idéalement à 1,5 °C. Or, environ la moitié du CO₂ émis par les activités humaines s’accumule dans l’atmosphère pendant des siècles. Si les émissions continuent d’augmenter au rythme actuel, le budget carbone disponible pour respecter l’objectif de 1,5 °C sera épuisé en moins de quatre ans.

Les scientifiques estiment qu’il est désormais presque inévitable que le seuil de 1,5 °C soit dépassé dans la prochaine décennie. La seule possibilité de se conformer aux Accords de Paris serait alors un dépassement temporaire, nécessitant des réductions drastiques des émissions d’autres gaz à effet de serre à courte durée de vie, comme le méthane, ainsi que le déploiement de technologies de captage et de stockage du CO₂ encore incertaines.

Le rapport souligne également que le budget carbone nécessaire pour limiter le réchauffement à 2 °C sera épuisé dans 25 ans si les tendances actuelles se maintiennent. Pep Canadell, l’un des coordinateurs du rapport et directeur exécutif du Carbol Global Project, décrit une situation où la demande énergétique mondiale croît, tandis que le développement des énergies renouvelables, bien que rapide, ne suffit pas à compenser l’utilisation continue des combustibles fossiles.

Cependant, une lueur d’espoir persiste.

« Le pic des émissions est très proche »,

Pep Canadell, directeur exécutif du Carbol Global Project

explique Canadell. Ce pic pourrait être atteint dans les prochaines années, au cours de cette décennie, grâce à la croissance exponentielle des énergies renouvelables. Mais, avertit-il, atteindre le sommet ne suffira pas : il faudra ensuite réduire rapidement les émissions à zéro.

Selon les estimations de l’ONU, les nouveaux plans nationaux présentés dans le cadre de l’Accord de Paris devraient permettre de réduire les émissions de tous les gaz à effet de serre de 12 % d’ici 2035. Bien que positive, cette réduction est insuffisante pour respecter les objectifs de l’accord. L’ONU estime qu’il faudrait réduire les émissions de 55 % d’ici 10 ans pour limiter le réchauffement à 1,5 °C et de 35 % pour rester en dessous de 2 °C.

Ces réductions ne sont pour l’instant que des projections basées sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris et les engagements des pays signataires. En réalité, depuis la signature de l’accord, les émissions mondiales de CO₂ ont augmenté de 9,8 %.

Un ralentissement de la croissance des émissions est toutefois perceptible. Entre 2005 et 2015, l’augmentation était de 18,8 %, soit presque le double de celle observée plus récemment.

La Chine joue un rôle central dans cette dynamique. Premier émetteur mondial de CO₂ (responsable de 32 % des émissions totales), elle est également le leader en matière d’installation de capacités de production d’énergies renouvelables et de développement de véhicules électriques. Pour 2025, le rapport prévoit une augmentation de 0,4 % des émissions de CO₂ en Chine, mais avec une marge d’incertitude significative (entre -0,9 % et 2 %). Les données définitives ne seront connues que l’année prochaine. Néanmoins, on observe pour la deuxième année consécutive un ralentissement notable des émissions chinoises, grâce à une croissance modérée de la consommation d’énergie et à une expansion rapide des énergies renouvelables, qui a conduit à une stagnation de l’utilisation du charbon.

Émissions de dioxyde de carbone du secteur fossile par pays (Lignes)

L’Inde, qui représente 8 % des émissions mondiales, devrait voir ses émissions augmenter de 1,4 %, un rythme moins élevé qu’auparavant. Cette évolution est due à la croissance des énergies renouvelables et à des conditions météorologiques favorables qui ont réduit la demande énergétique.

À l’inverse, l’Union européenne (6 % des émissions mondiales) devrait enregistrer une augmentation de 0,4 % de ses émissions de CO₂, en raison du froid et du manque de vent dans de nombreuses régions, qui ont entraîné une augmentation de l’utilisation du gaz naturel. Cette hausse interrompt une tendance à la baisse des émissions dans l’UE, mais Canadell la considère comme temporaire et liée aux conditions météorologiques.

La situation aux États-Unis, deuxième émetteur mondial (13 % des émissions), est plus préoccupante. Le rapport prévoit une augmentation de 1,9 % des émissions pour cette année, une croissance qui rompt avec la tendance observée ces dernières années. Cette augmentation est liée à la hausse des prix du gaz naturel, qui a conduit à une utilisation accrue du charbon, le combustible fossile le plus polluant. Canadell estime que les politiques de Donald Trump en faveur des combustibles fossiles et défavorables aux énergies renouvelables auront un impact négatif sur les émissions américaines, qui diminueront plus lentement que prévu.

35 pays montrent la voie

Canadell souligne deux points positifs. D’une part, 35 pays, représentant actuellement 27 % des émissions mondiales de CO₂, ont réussi à réduire leurs émissions tout en développant leur économie entre 2015 et 2024. Cela démontre qu’une trajectoire plus durable est possible. Parmi ces pays figurent la plupart des membres de l’UE, ainsi que l’Allemagne, la France, l’Espagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Australie et la Corée du Sud. Entre 2005 et 2014, ils n’étaient que 18.

D’autre part, les émissions de CO₂ liées à la déforestation et aux changements d’utilisation des terres continuent de diminuer. Selon les estimations préliminaires du rapport, les émissions totales de cette année (secteur fossile et utilisation des terres) devraient s’élever à 42,1 gigatonnes, légèrement inférieures aux 42,4 gigatonnes de 2024.

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