Publié le 5 novembre 2025 17h28. Une nouvelle étude américaine met en lumière l’importance de ne pas négliger les cas d’œsophage de Barrett de moins d’un centimètre, car ils pourraient représenter jusqu’à 20 % des cancers de l’œsophage non détectés. Les chercheurs soulignent que l’application stricte de certains critères diagnostiques pourrait conduire à un sous-diagnostic de cette affection précurseur du cancer.
- L’œsophage de Barrett, caractérisé par une transformation des cellules de l’œsophage, est un précurseur connu du cancer de l’œsophage, notamment de l’adénocarcinome.
- Une étude menée auprès d’anciens combattants américains révèle que l’application de critères diagnostiques trop stricts, limitant la longueur de la métaplasie intestinale à un centimètre, peut entraîner une diminution significative du taux de détection de l’œsophage de Barrett.
- Les chercheurs estiment qu’environ 20 % des cas de cancer de l’œsophage pourraient être manqués en excluant les segments de moins d’un centimètre de métaplasie intestinale.
L’œsophage de Barrett se manifeste par un remplacement progressif des cellules normales de l’œsophage par des cellules similaires à celles que l’on trouve dans l’intestin. Cette transformation est considérée comme un facteur de risque majeur pour le développement de l’adénocarcinome de l’œsophage (EAC) et de l’adénocarcinome de la jonction œsophagogastrique (EGJAC). La détection précoce est cruciale, car elle permet d’améliorer considérablement les chances de survie : le taux de survie à 5 ans est d’environ 50 % pour un diagnostic précoce, contre seulement 5 % pour un diagnostic tardif.
Cependant, la définition précise de l’œsophage de Barrett peut varier selon les recommandations médicales. Des organisations telles que l’American Gastrointestinal Association, l’American College of Gastroenterology et la European Society for Gastrointestinal Endoscopy exigent la présence d’un épithélium cylindrique avec métaplasie intestinale pour confirmer le diagnostic. D’autres, comme la British Society of Gastroenterology, imposent une longueur minimale de 1 centimètre (environ 0,4 pouce) de métaplasie intestinale. Ces divergences ont incité des chercheurs de l’Université du Michigan et du centre médical LTC Charles S. Kettles Veterans Affairs à Ann Arbor, dans le Michigan, à mener une analyse rétrospective afin d’évaluer l’impact de ces différentes définitions sur le taux de détection du cancer de l’œsophage.
L’étude, dirigée par le Dr Michelle Russin, a porté sur les données de 244 anciens combattants diagnostiqués avec un EAC ou un EGJAC entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2021, et ayant subi une endoscopie au moins un an avant leur diagnostic. Les résultats, publiés ce mois-ci dans Gastro-entérologie clinique et hépatologie, ont révélé que la métaplasie intestinale était présente chez 97 % des patients atteints d’EAC et 98 % de ceux atteints d’EGJAC. Toutefois, l’application des critères exigeant une longueur minimale de 1 centimètre a entraîné une baisse significative du taux de détection, à 66 % pour les patients atteints d’EAC et à seulement 40 % pour ceux atteints d’EGJAC.
Les chercheurs ont utilisé la classification de Siewert pour distinguer deux groupes de patients : ceux dont la tumeur se situait à plus d’un centimètre de la jonction œsophagogastrique (Siewert 1) et ceux dont elle se trouvait à moins d’un centimètre (Siewert 2). Ils estiment que l’exclusion des segments de moins d’un centimètre pourrait conduire à la non-détection d’environ 20 % des cancers de l’œsophage, en particulier ceux de type Siewert 2.
« …nos résultats suggèrent que le taux de détection de l’endoscopie pour l’œsophage de Barrett est compromis si les définitions excluent les longueurs inférieures à 1 cm, en particulier pour les cancers de type Siewert 2… »
Michelle Russin, MD, directrice de l’étude
Les chercheurs soulignent l’importance de la métaplasie intestinale comme précurseur du développement de l’EAC et, potentiellement, de l’EGJAC. Ils reconnaissent toutefois que l’étude présente certaines limites, notamment le fait qu’elle a été menée sur un échantillon d’anciens combattants, dont les caractéristiques pourraient différer de celles de la population générale. Néanmoins, ils soulignent que la représentativité nationale de l’échantillon, provenant de plusieurs établissements de santé, constitue un point fort de l’étude.