Publié le 12 novembre 2025. Malgré une législation protégeant les droits des personnes diabétiques sur le marché du travail, des discriminations persistent en Espagne, notamment dans les métiers exigeants physiquement, selon la Fondation de la Société Espagnole du Diabète et la Fédération Espagnole du Diabète.
- Les personnes diabétiques se heurtent à des obstacles injustifiés pour accéder à certains emplois, en particulier dans la police, les pompiers et l’armée.
- L’application de l’ordonnance de 2019 qui interdit de refuser un emploi pour cause de diabète reste incomplète, avec des restrictions injustifiées dans les concours publics.
- La Journée mondiale du diabète du 14 novembre met en lumière la nécessité d’une meilleure sensibilisation et d’une inclusion accrue des diabétiques dans le monde du travail.
En Espagne, si le cadre légal ne prévoit aucune discrimination à l’encontre des personnes atteintes de diabète et met en place des mécanismes de protection, la réalité du terrain est souvent différente. La Fondation de la Société Espagnole du Diabète (FSED) et la Fédération Espagnole du Diabète (FEDE) dénoncent la persistance d’obstacles et de préjugés qui entravent l’accès à l’emploi pour les personnes diabétiques.
Selon le Dr Antonio Pérez Pérez, président de la FSED, « des limitations injustifiées ou un manque d’adaptation des postes de travail se produisent, ce qui témoigne d’un besoin accru de sensibilisation dans les sphères économiques et sociales ». Antonio Lavado, président de la FEDE, illustre ces difficultés en citant les secteurs de la police, des pompiers et de l’armée, où la loi garantissant le droit des diabétiques à exercer tout type de profession peine à s’appliquer.
« Aujourd’hui, l’un des principaux problèmes rencontrés par les personnes diabétiques au travail est le non-respect des réglementations interdisant leur exclusion des emplois publics », souligne la FEDE. Bien que l’ordonnance PCI/154/2019 stipule que le diabète ne peut constituer un motif de refus d’accès à un concours et que chaque situation doit être évaluée individuellement, « de nombreux appels à candidatures continuent d’inclure des restrictions injustifiées, considérant le diabète comme une pathologie incompatible avec la fonction, sans tenir compte de l’état de santé réel du patient », déplore le communiqué.
Les personnes diabétiques se voient trop souvent refuser un emploi en raison de leur diagnostic, et non en fonction de leurs compétences. « Nous recevons de nombreuses protestations » de diabétiques estimant que leur évaluation pour certains postes est inadéquate, explique Antonio Lavado. Il rappelle que, conformément à la réglementation en vigueur, « j’ai un rapport de mon endocrinologue qui atteste de mon bon état de santé » et que les nouvelles technologies, qui « facilitent grandement » le contrôle de la maladie, permettent aux personnes diabétiques de mener une vie professionnelle active. « La loi dit que nous pouvons tout faire », ajoute-t-il.
Dans le secteur public, poursuit M. Lavado, « nous devrions être régis par des lois qui ne sont pas respectées », ce qui conduit parfois à des recours devant les tribunaux pour faire valoir leurs droits. Il regrette que des candidats, après avoir préparé avec diligence leurs examens, soient rejetés « simplement » parce qu’ils sont diabétiques et « non en raison du contrôle de leur pathologie ». Selon lui, « cela crée une discrimination flagrante, car les personnes diabétiques continuent d’être jugées sur leur diagnostic plutôt que sur leurs capacités ».
La célébration de la Journée mondiale du diabète (14 novembre) offre une occasion précieuse de sensibiliser la société à cette maladie métabolique et à son impact sur le bien-être au travail. Cette journée de mobilisation attire l’attention sur les difficultés spécifiques rencontrées par les diabétiques pour trouver et conserver un emploi, et appelle à un engagement accru des entreprises pour créer un environnement de travail sûr, favorable et sain. « Cet axe thématique est pertinent et nécessaire », affirme le Dr Pérez Pérez, car « la majorité des personnes atteintes de diabète sont en âge de travailler et l’emploi est un domaine essentiel pour leur bien-être, leur intégration sociale et leur qualité de vie ».
Les organisateurs de la Journée mondiale du diabète soulignent également un manque d’information et de formation au sein des organisations et des services de prévention des risques professionnels, ce qui entrave l’adoption de mesures d’accompagnement adaptées. C’est pourquoi la FSED demande aux pouvoirs publics et aux organisations patronales de promouvoir des politiques favorisant une inclusion effective au travail, en développant des protocoles clairs de prévention, de soutien et d’adaptation, et en encourageant la formation en matière de santé au travail et de diabète.
Dans ce contexte, le Dr Pérez Pérez insiste sur le rôle essentiel des professionnels de la santé : « au-delà de leur travail de soins, ils doivent guider le patient sur la manière de gérer son état pendant la journée de travail, collaborer avec les services de prévention et participer activement à la sensibilisation des entreprises et des institutions en fournissant des informations fondées sur des données probantes et en promouvant des attitudes de compréhension et de soutien ».
Selon les données de la Fédération Internationale du Diabète (FID) et relayées par la FSED et la FEDE :
- 7 personnes diabétiques sur 10 sont en âge de travailler, ce qui représente 430 millions de personnes dans le monde.
- Ces patients sont confrontés à des défis tels que la stigmatisation, la discrimination, l’exclusion, l’anxiété et le manque d’accès aux soins et au soutien.
- 63 % des diabétiques craignent que les complications liées à leur maladie n’affectent leur bien-être.
- 28 % des personnes atteintes de diabète ont du mal à maintenir une attitude positive face à leur condition.
La Fondation SED souligne que « le diabète ne doit pas être un obstacle à la vie professionnelle, mais une condition pleinement compatible avec une activité professionnelle active, sûre et productive ». Elle insiste sur la nécessité d’une coopération entre le système de santé, les administrations, le monde des affaires et les médias pour construire des environnements de travail plus inclusifs, sains et exempts de stigmatisation.