Publié le 30 septembre 2025 à 05h12. Le programme national de repas nutritifs gratuits, fleuron de la politique du président Prabowo, est confronté à des défis majeurs, notamment des inquiétudes croissantes concernant la sécurité alimentaire et des questions sur l’allocation des ressources financières.
- Le programme vise à fournir un repas gratuit et équilibré chaque jour à environ 82 à 90 millions de personnes, des élèves de l’école maternelle au lycée aux femmes enceintes et allaitantes.
- Le budget alloué à cette initiative a considérablement augmenté, atteignant 335 billions d’IDR (environ 20,2 milliards USD) pour 2026, après une allocation initiale de 71 billions d’IDR (environ 4,3 milliards USD) pour 2025.
- Des cas d’intoxication alimentaire liés au programme ont été signalés, suscitant des appels à une suspension temporaire et à un renforcement des contrôles sanitaires.
Lancé avec l’ambition d’améliorer la nutrition de la population indonésienne et de stimuler l’économie locale, le programme de repas gratuits du président Prabowo se heurte désormais à des obstacles de mise en œuvre et à des critiques concernant sa gestion. L’initiative, qui constitue une promesse électorale majeure, vise à offrir un repas quotidien nutritif aux écoliers, aux jeunes enfants et aux femmes enceintes et allaitantes à travers l’ensemble de l’archipel indonésien.
L’objectif à long terme est d’atteindre 82 à 90 millions de bénéficiaires. Le gouvernement espère également soutenir les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs locaux en s’approvisionnant en ingrédients locaux tels que le riz, les œufs, les légumes, les protéines animales et le lait. Des millions d’emplois sont censés être créés, notamment dans les cuisines et pour la distribution des repas.
Cependant, le coût de ce programme ambitieux est considérable. Le budget initial de 71 billions d’IDR (environ 4,3 milliards USD) pour 2025 a été complété par une allocation de 335 billions d’IDR (environ 20,2 milliards USD) pour 2026. Les dépenses ont augmenté progressivement depuis le début de l’année 2025, comme le montre le Tableau 1 de l’Agence nationale de nutrition (BGN).
Malgré ces investissements massifs, le programme est confronté à des problèmes de sécurité alimentaire. Entre janvier et septembre 2025, l’Agence nationale de nutrition a recensé 70 incidents de sécurité alimentaire, affectant 5 914 bénéficiaires. D’autres sources font état d’un nombre plus élevé, avoisinant les 9 000 victimes. En septembre 2025, plus de 1 000 personnes sont tombées malades dans l’ouest de Java, souffrant de nausées, de vertiges, d’essoufflement et de douleurs abdominales sévères.
Les analyses de laboratoire révèlent souvent une contamination bactérienne des ingrédients et des repas préparés, notamment par E. coli, la salmonelle et le staphylocoque doré. Ces incidents mettent en évidence des lacunes en matière d’hygiène et d’assainissement dans les unités de services de réalisation de la nutrition (SPPG), les grandes cuisines publiques centralisées chargées de préparer et de distribuer les repas.
Face à ces problèmes, des voix s’élèvent pour demander une suspension temporaire du programme. L’Alliance économiste indonésienne (AEI) a conseillé au ministre de la Coordination des affaires économiques, Airlangga Hartarto, de suspendre l’initiative, arguant que l’économie est fragilisée par une mauvaise allocation des ressources et des conflits d’intérêts.
« Il est préférable de suspendre le programme en raison des milliers d’étudiants qui ont connu une intoxication alimentaire. »
Vivi Alatas, représentante de l’Alliance économiste indonésienne
Le président Prabowo a reconnu la nécessité d’améliorer les normes de sécurité alimentaire, tout en minimisant l’ampleur du problème, affirmant que le taux d’écart par rapport aux normes de sécurité alimentaire était très faible (0,000017%). Il a également souligné que l’Indonésie est un pays où les intoxications alimentaires sont fréquentes, avec entre 10,2 et 22,5 millions de cas de maladies d’origine alimentaire diarrhéique chaque année.
L’AEI propose de cibler plus précisément les bénéficiaires du programme, en se concentrant sur les enfants qui ne déjeunent pas ou qui ne mangent pas suffisamment. Selon leurs estimations, en se basant sur les enquêtes socio-économiques nationales de 2024, seuls 1% des 80 millions d’étudiants (soit 800 000) ne prennent pas de petit-déjeuner et 4% (soit 3,5 millions) n’ont pas assez de nourriture. Un tel ciblage permettrait de réduire considérablement les coûts, estimant que les dépenses pourraient être ramenées à environ 8 billions d’IDR (environ 500 millions USD) au lieu des 335 billions d’IDR prévus pour 2026.
Cependant, une réduction du programme pourrait susciter la déception de millions de personnes, car il s’agit d’une promesse électorale clé du président Prabowo. De plus, un détournement de fonds vers ce programme pourrait se faire au détriment d’autres investissements essentiels dans l’éducation, le bien-être des enseignants et les infrastructures.
Enfin, l’ampleur du programme et la complexité de sa logistique, notamment dans un archipel aussi vaste que l’Indonésie, ouvrent la porte à la corruption et rendent difficile le maintien d’un contrôle de qualité rigoureux. Les problèmes d’infrastructure et de transport dans les régions éloignées compliquent également la distribution rapide d’aliments frais et sûrs.
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