Le Pakistan continue de pointer du doigt l’Inde pour justifier les blocages régionaux, une stratégie bien rodée qui masque ses propres responsabilités dans le dysfonctionnement de la coopération en Asie du Sud. Alors que New Delhi est régulièrement accusée d’entraver l’intégration régionale, une analyse des faits révèle un schéma de blocages et de non-respect des engagements de la part d’Islamabad.
Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar, a récemment exprimé son insatisfaction face à des organisations comme l’Association sud-asiatique pour la coopération régionale (ASACR). Il plaide pour un « régionalisme ouvert et inclusif » où « nos propres besoins de développement national et nos priorités régionales ne peuvent – et ne doivent pas – être otages de la rigidité de qui que ce soit ». Cependant, selon de nombreux observateurs, cette rhétorique masque une volonté de déresponsabilisation.
Islamabad accuse régulièrement l’Inde de freiner l’ASACR, qui n’a pas organisé de sommet depuis 2014. Or, le Pakistan a lui-même fait obstruction à l’adoption de protocoles clés visant à renforcer la coopération régionale, comme l’Accord sur les véhicules automobiles et l’Accord sur les chemins de fer régionaux. Ces accords, sur le point d’être finalisés en 2014, ont vu le Pakistan retirer son accord pour des motifs politiques.
Le commerce intra-régional en Asie du Sud reste faible, à environ 5 % du commerce total, comparativement aux 25 % de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Le Pakistan accuse l’Inde de bloquer le commerce régional, tout en refusant de réciprocité. En 1996, l’Inde avait accordé au Pakistan le statut de nation la plus favorisée (NPF), une condition essentielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour garantir des tarifs équitables et faciliter l’accès aux marchés. Islamabad n’a jamais rendu ce statut, invoquant des différends politiques non résolus.
L’engagement financier de l’Inde envers l’Université d’Asie du Sud (SAU), l’une des institutions clés de l’ASACR, est également significativement plus important que celui du Pakistan. L’Inde finance près de 90 % du budget total de la SAU, tandis que la contribution du Pakistan, depuis 2010, s’élève à environ 2,7 %, alors que son quota de financement est de 13 %. Ce sous-financement témoigne, selon les critiques, d’un engagement purement formel plutôt que d’un investissement substantiel.
Le Pakistan lie régulièrement son engagement à une coopération régionale plus large à la résolution du conflit au Cachemire. Il est ironique, soulignent les analystes, que le Pakistan dénonce l’Inde tout en maintenant un contrôle strict sur le Pakistan administré (PoK), une région confrontée à l’instabilité politique et économique.
Malgré les tentatives répétées de premiers ministres indiens – Atal Bihari Vajpayee, Manmohan Singh et Narendra Modi – de normaliser les relations avec le Pakistan, ces efforts n’ont pas rencontré de réponse positive. La proposition d’un bloc sud-asiatique excluant l’Inde, soutenue par la Chine, semble peu réaliste, compte tenu de la taille de l’économie indienne (représentant environ 70 % du PIB de l’ASACR) et des liens commerciaux étroits que les autres pays de la région entretiennent avec New Delhi.
Pour que la coopération régionale prospère, le Pakistan doit, selon les observateurs, reconnaître et assumer ses propres responsabilités dans le blocage actuel, plutôt que de rejeter la faute sur l’Inde.
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