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Les enfants cachés des saensonniers italiens: Berne de la feuille de paroisse

Une exposition poignante à Berne met en lumière le destin oublié de milliers d'enfants italiens contraints de vivre dans l'ombre en Suisse entre 1949 et 1975, en raison des restrictions imposées aux travailleurs saisonniers. À travers une bande…

Les enfants cachés des saensonniers italiens: Berne de la feuille de paroisse

Une exposition poignante à Berne met en lumière le destin oublié de milliers d’enfants italiens contraints de vivre dans l’ombre en Suisse entre 1949 et 1975, en raison des restrictions imposées aux travailleurs saisonniers. À travers une bande dessinée et des objets symboliques, l’exposition « Celeste » raconte une histoire de clandestinité et de souffrance silencieuse.

« Pour moi, la Suisse, c’était une chambre simple, deux lits, une armoire, une table avec quatre chaises et une télévision. » Ce souvenir, fragmentaire, est celui de Francisco, l’un des 50 000 enfants « saisonniers » dont l’existence a été marquée par le secret. Son témoignage, relaté dans le livre « Enfants interdits » de Marina Frigerio Martina, illustre la réalité de ces familles séparées et forcées de se cacher.

L’exposition, présentée à la Mission Catholique Italienne de Berne jusqu’au début octobre, s’articule autour de la bande dessinée « Celeste », signée Pierdonenico Bortune et Cecilia Bozzoli. Elle raconte l’histoire de Celeste, une jeune fille cachée, et permet de rendre visible un chapitre sombre de l’histoire suisse, celui des enfants contraints à l’invisibilité.

Le parcours commence par des éléments concrets : de vieilles valises évoquant les voyages et l’exil, un dessin représentant deux femmes attendant à la gare de Chiasso, des coupures de journaux rappelant la tragédie du Mattmark en 1965, où une avalanche a enseveli 56 travailleurs italiens. En suivant les empreintes noires tracées au sol, le visiteur est progressivement confronté à des objets plus intimes : des cintres vides, symboles des histoires non racontées, une poupée, une photographie en noir et blanc d’un garçon regardant par la fenêtre.

« L’histoire des enfants de saisonniers fait partie de ma propre histoire », explique l’historienne Luca Panarese, 29 ans, qui a conçu l’exposition. Son grand-père, lui aussi, avait vécu cette humiliation lors des contrôles médicaux à Brig, avant de retourner travailler en Suisse après un séjour en Italie. « Il devait justifier son retour, c’était dégradant pour lui. »

Ce n’est que depuis une vingtaine d’années que ce chapitre de l’histoire suisse est progressivement mis en lumière, grâce à des livres, des films et des avancées politiques. L’association Tesoro, fondée en 2021, se bat pour obtenir des excuses et une compensation pour les personnes touchées, mais à ce stade, aucune mesure concrète n’a été prise.

« Ces enfants avaient honte, ils voulaient oublier leur passé », souligne Luca Panarese, expliquant le long silence des victimes et de leurs familles. « Leurs parents se sentaient coupables, et les enfants auraient renforcé ce sentiment en racontant ce qu’ils avaient vécu. »

L’exposition interroge également le rôle de la Mission Catholique de Berne, dont l’aide aux enfants et aux familles reste difficile à évaluer. Bien qu’il n’existe aucune preuve formelle dans les archives consultées par Luca Panarese, il est probable que la mission ait apporté un soutien matériel ou éducatif, compte tenu de son engagement envers les migrants.

L’exposition ne se limite pas au passé. Elle invite à une réflexion sur la situation actuelle des sans-papiers, des demandeurs d’asile et des migrants en Suisse, qui vivent aujourd’hui des situations similaires. « Qui vit dans une situation comparable aujourd’hui ? », interroge Luca Panarese, qui a également ouvert l’exposition à ces personnes.

Le système des « saisonniers » a existé de 1934 à 2002. Il permettait de répondre aux besoins de l’économie suisse en main-d’œuvre étrangère, tout en limitant l’installation durable des travailleurs en Suisse. À partir de 1964, les travailleurs saisonniers étaient autorisés à séjourner en Suisse pendant neuf mois, sans pouvoir changer d’employeur ni de canton. La réunification familiale était interdite pendant cette période. L’initiative de Schwarzenbach, lancée en 1970 pour limiter la proportion d’étrangers en Suisse à 10 %, a été rejetée par 54 % des votants. La libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne est en vigueur depuis 2002.

En raison de l’utilisation régulière de la salle de la Mission Catholique, l’exposition n’a été visible que pendant une courte période (jusqu’au 5 octobre). Pour plus d’informations sur le sujet, l’équipe organisatrice propose un contact avec Luca Panarese sur demande.

Référence : Pierdonenico Bortune, Cecilia Bozzoli ; Celeste. L’enfant caché. Seismo-Verlag, 2024.

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.