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Les États-Unis envisagent d’exiger cinq ans d’historique sur les réseaux sociaux des touristes qui visitent le pays

by Clara Dubois

Publié le 10 décembre 2025 à 18h00, mis à jour à 21h00. Les autorités américaines envisagent de demander aux voyageurs de plusieurs pays, dont le Chili et l’Espagne, de fournir l’historique de leurs réseaux sociaux sur une période de cinq ans avant de pouvoir entrer sur le territoire américain, une mesure qui soulève des inquiétudes quant à la protection de la vie privée et aux libertés civiles.

  • Les citoyens de pays participant au Programme d’autorisation électronique de voyage (ESTA) pourraient être concernés par cette nouvelle exigence.
  • Cette proposition intervient dans un contexte de renforcement des contrôles aux frontières par l’administration Trump.
  • Des experts craignent que cette mesure n’entrave le tourisme et ne porte atteinte aux droits numériques des voyageurs.

Washington envisage de durcir les conditions d’entrée aux États-Unis en demandant aux voyageurs de divulguer des informations détaillées sur leurs activités en ligne. Selon une proposition récemment dévoilée par les douanes et la protection des frontières (CBP) et le ministère de la Sécurité intérieure (DHS), les demandeurs d’ESTA devront fournir l’historique de leurs réseaux sociaux des cinq dernières années. Cette mesure s’applique aux ressortissants des quarante pays bénéficiant du programme ESTA, qui leur permet de séjourner aux États-Unis pour une durée maximale de 90 jours sans visa.

Cette annonce intervient alors que les États-Unis se préparent à accueillir d’importants événements internationaux, notamment la Coupe du monde de football en 2026 (organisée conjointement avec le Canada et le Mexique) et les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Les autorités s’attendent donc à une affluence accrue de touristes étrangers.

La proposition, publiée au Federal Register, ne précise pas quelles informations spécifiques seront requises sur les réseaux sociaux. Un porte-parole du CBP a toutefois précisé à la BBC qu’il ne s’agissait pas encore d’une règle définitive, mais simplement d’une première étape pour lancer une discussion sur de nouvelles options politiques visant à assurer la sécurité du peuple américain. « Rien n’a encore changé pour les voyageurs arrivant actuellement dans le pays », a-t-il affirmé.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la politique de renforcement des frontières menée par le président Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche en janvier. L’administration Trump invoque la sécurité nationale pour justifier ces mesures.

Des organisations de défense des droits numériques, comme l’Electronic Frontier Foundation, ont immédiatement critiqué cette proposition. Sophia Cope, de cette organisation, a déclaré au New York Times que cette mesure pourrait « exacerber les atteintes aux libertés civiles ». Le cabinet d’avocats spécialisé en droit de l’immigration, Fragomen, a également souligné les potentielles conséquences pratiques, notamment des délais d’approbation de l’ESTA plus longs.

Les États-Unis ont déjà commencé à montrer des signes de ralentissement du tourisme en raison des politiques restrictives mises en place par l’administration Trump. Le Conseil mondial du voyage et du tourisme a révélé que les États-Unis étaient la seule économie, parmi 184 analysées, à enregistrer une baisse des dépenses des visiteurs internationaux en 2025.

Par le passé, l’administration Trump avait déjà annoncé son intention d’examiner les comptes de réseaux sociaux des personnes demandant un visa étudiant ou un visa H-1B pour travailleurs qualifiés. Le Département d’État avait alors indiqué qu’il procéderait à une vérification de la « présence en ligne » des candidats et de leurs proches, en exigeant que les paramètres de confidentialité de leurs profils soient réglés sur « public ».

Dans certains cas, les demandeurs de visa sont déjà tenus de fournir la liste de tous leurs identifiants de réseaux sociaux utilisés au cours des cinq dernières années. Le non-respect de cette exigence peut entraîner le refus du visa.

« Les citoyens américains attendent de leur gouvernement qu’il fasse tout son possible pour rendre notre pays plus sûr, et c’est exactement ce que l’administration Trump fait chaque jour », a déclaré un haut responsable du Département d’État à propos de la politique des visas étudiants.

Dans le cadre de sa politique globale de renforcement des frontières, Washington envisage également d’étendre l’interdiction de voyager qui concerne actuellement 19 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et des Amériques, dont Cuba et le Venezuela. Cette décision fait suite à une fusillade impliquant des membres de la Garde nationale à Washington DC, perpétrée par un individu originaire d’Afghanistan.

Le porte-parole du CBP a indiqué que la surveillance des réseaux sociaux des visiteurs pourrait également être une réponse à cette attaque.

« Le Département [de la Sécurité intérieure] étudie constamment comment enquêter sur ceux qui entrent dans le pays, en particulier après l’attaque terroriste de Washington DC », a-t-il précisé.

D’autres politiques mises en œuvre par l’administration Trump ont également eu un impact sur le tourisme, comme le boycott par de nombreux Canadiens des voyages aux États-Unis en signe de protestation contre les tarifs douaniers imposés par Washington. En octobre, les États-Unis ont enregistré le dixième mois consécutif de baisse du nombre de voyageurs canadiens.

Les Canadiens représentaient auparavant environ un quart de tous les visiteurs internationaux, dépensant plus de 20 milliards de dollars par an, selon l’U.S. Travel Association.

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