Publié le 17 octobre 2025 à 14h30. Une réforme de la loi mexicaine sur l’amparo, une procédure de protection constitutionnelle, suscite de vives inquiétudes aux États-Unis, notamment parmi les entreprises américaines et les législateurs, à l’approche des négociations sur le T-MEC en 2026.
- Le Congrès mexicain a adopté une réforme renforçant les conditions d’accès à la protection constitutionnelle de l’amparo.
- Les États-Unis craignent que cette réforme ne compromette la sécurité juridique et l’indépendance du pouvoir judiciaire mexicain.
- La Chambre de commerce américaine et plusieurs élus américains ont exprimé leur préoccupation quant à l’impact potentiel sur les investissements et le commerce bilatéral.
Adoptée aux premières heures du 15 octobre, la réforme de la loi sur l’amparo modifie les conditions d’accès à cette ressource juridique fondamentale, qui permet aux citoyens de contester les actes des autorités publiques devant les tribunaux. Si le gouvernement mexicain défend cette réforme comme une mesure visant à moderniser le système judiciaire, elle est perçue avec méfiance de l’autre côté de la frontière.
Le timing de cette réforme est particulièrement sensible. En 2026, les pays signataires du Traité entre le Mexique, les États-Unis et le Canada (T-MEC) entameront le premier examen officiel de l’accord. Les frictions potentielles concernant la protection des investissements pourraient ainsi se retrouver au cœur des discussions bilatérales. Des responsables américains ont déjà indiqué qu’ils feraient part de leurs préoccupations par les voies diplomatiques et commerciales appropriées.
La Chambre de commerce américaine (US Chamber of Commerce) a souligné l’importance d’un climat propice à l’investissement au Mexique. Elle espère que le gouvernement mexicain prendra en compte ces préoccupations. Susan Clark, présidente de l’organisation, avait déjà rappelé, lors d’un forum en septembre dernier, que le succès de l’association économique entre les deux pays dépendait de la sécurité juridique.
« Pour l’avenir, le Mexique et les États-Unis doivent réaffirmer sans réserve les valeurs communes de libre entreprise, d’État de droit et de démocratie qui ont soutenu une prospérité mutuelle »,
Susan Clark, présidente de la Chambre de commerce américaine
Pour la Chambre de commerce américaine, la réforme de l’amparo ne se limite pas à une question technique. Elle touche au cœur de la confiance que les entreprises accordent au Mexique pour y investir. L’organisation s’est dite prête à engager un dialogue au plus haut niveau pour tenter d’inverser la tendance.
Au Mexique, l’AmCham (Chambre de commerce américaine au Mexique), qui représente plus de 1 400 entreprises américaines implantées dans le pays, a également pris position publiquement. L’AmCham a averti que des changements tels que la réforme de l’amparo compromettent la sécurité juridique et l’indépendance du pouvoir judiciaire, des éléments qu’elle considère comme essentiels pour continuer à investir au Mexique.
« Alors que les entreprises investissent au Mexique et génèrent des millions d’emplois depuis des décennies, nous constatons des risques pour leur indépendance dans la réforme judiciaire… une augmentation des coûts, une réduction de l’efficacité du système judiciaire et une génération d’incertitude pour les investissements »,
AmCham
L’organisation syndicale binationale a souligné les obligations internationales du Mexique, notamment celles stipulées dans l’annexe 23-A du T-MEC, qui engage le Mexique à disposer de tribunaux du travail indépendants. Le chapitre 31 du même traité établit des mécanismes de résolution des différends commerciaux.
Des experts économiques, comme Ivan Jiménez, estiment que les craintes américaines sont justifiées. Selon lui, la convergence d’opinions diverses sur un risque n’est pas une coïncidence, mais reflète des expériences partagées.
L’agence de notation Fitch Ratings a également mis en garde contre un risque accru de réglementation au Mexique, en raison de la limitation du pouvoir des juges de suspendre les actes administratifs et de la restriction des mécanismes de défense disponibles. Fitch anticipe même des conséquences négatives sur la solvabilité de certaines entreprises, en raison de l’incertitude juridique accrue.
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum Pardo a rejeté ces avertissements, affirmant que les agences de notation se trompaient. Elle a promis d’expliquer les tenants et aboutissants de la réforme aux agences de notation lors de leur prochaine rencontre avec le secrétaire au Trésor.
Cette réforme s’inscrit dans une série de changements législatifs qui suscitent des inquiétudes aux États-Unis. Récemment, un groupe bipartisan de législateurs américains a présenté une résolution à la Chambre des députés exprimant sa « profonde préoccupation » concernant les réformes constitutionnelles et législatives mexicaines en matière judiciaire. Ils craignent que ces changements n’aient un impact négatif sur les institutions démocratiques du Mexique et ne compromettent les engagements pris dans le cadre du T-MEC.
La députée Maria Elvira Salazar, présidente de la sous-commission Hémisphère Occidental, a déclaré que les réformes proposées par le gouvernement actuel, issu du parti Morena, menaçaient de ramener le Mexique à l’époque du parti unique. Elle a souligné que l’intégrité des institutions judiciaires était une question binationale stratégique.
Le sous-secrétaire d’État américain pour l’hémisphère occidental, Brian Nichols, a souligné que la transparence judiciaire était essentielle pour tous les investisseurs, qu’ils soient mexicains ou internationaux, en particulier ceux des États-Unis et du Canada en tant que partenaires du T-MEC. Il a assuré que les États-Unis insisteraient sur le respect des clauses de protection des investissements étrangers de l’accord commercial, quel que soit le futur cadre juridique mexicain.
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