Publié le 22 novembre 2024. Les pays d’Asie du Sud-Est s’engagent à développer les énergies renouvelables, mais des obstacles financiers et réglementaires freinent une transition énergétique rapide et équitable, selon des experts réunis lors d’un récent webinaire.
- L’ASEAN vise à réduire de 40 % son intensité énergétique et à porter à 30 % la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2030.
- Les subventions aux combustibles fossiles et le coût élevé du capital pour les projets renouvelables constituent des freins majeurs à l’investissement.
- La transition énergétique doit prendre en compte l’impact sur les communautés locales et éviter de reproduire les inégalités existantes.
Les pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) multiplient les efforts pour intégrer davantage d’énergies renouvelables dans leurs stratégies énergétiques. Cependant, une transition vers un modèle plus vert se heurte à des défis de financement et à un cadre réglementaire complexe, ont souligné des spécialistes lors d’un webinaire organisé jeudi par le groupe de réflexion Ember.
La demande énergétique dans la région, l’une des économies à la croissance la plus rapide au monde, a augmenté de 3,9 % en 2023 par rapport à 2022. Les combustibles fossiles continuent de dominer le paysage énergétique, représentant plus de 80 % du mix énergétique, selon les données du Centre de l’énergie de l’ASEAN (ACE). Malgré cet état de fait, les pays de l’ASEAN, signataires de l’Accord de Paris, se sont engagés à réduire leurs émissions de carbone et à accroître la production d’énergie renouvelable. Actuellement, les énergies renouvelables représentent 14 % de l’approvisionnement énergétique régional.
Les ministres de l’Énergie de l’ASEAN ont fixé des objectifs ambitieux pour 2030 : une réduction de 40 % de l’intensité énergétique, une part de 30 % des énergies renouvelables dans l’approvisionnement total en énergie primaire et une part de 45 % des énergies renouvelables dans la capacité électrique installée. Pour atteindre ces objectifs, une coopération régionale renforcée en matière d’innovation technologique, des politiques favorables et des investissements accrus sont jugés essentiels.
Christina Ng, cofondatrice et directrice générale de l’Energy Shift Institute, a mis en évidence la persistance d’une forte dépendance aux combustibles fossiles dans les réseaux électriques de la région. Elle a insisté sur la nécessité d’un signal clair et coordonné de l’ASEAN concernant le calendrier de fermeture des centrales à charbon et les garanties associées.
« Cela donnerait aux investisseurs potentiels une idée précise de la trajectoire de transition énergétique de la région. »
Christina Ng, Energy Shift Institute
Selon elle, le système financier et réglementaire actuel, caractérisé par des subventions et des incitations gouvernementales en faveur des combustibles fossiles, constitue un frein au développement des énergies renouvelables.
« Le coût du capital pour les énergies renouvelables est trop élevé parce que les risques semblent élevés dans cette région. Dans certains cas, le risque élevé est également trop difficile à gérer. »
Christina Ng, Energy Shift Institute
Hoang Ngan Nguyen, coordinatrice régionale du projet Climat et énergie de la Fondation Friedrich-Ebert, a souligné le risque d’une transition énergétique injuste pour les communautés marginalisées. Elle a cité l’extraction de « minéraux de transition » – tels que le nickel et le cuivre – nécessaires aux systèmes d’énergie renouvelable, et les déplacements de populations que cela peut entraîner.
« Ces communautés paient le prix de la transition énergétique du monde entier. »
Hoang Ngan Nguyen, Fondation Friedrich-Ebert
Elle a averti que si les pays de l’ASEAN se contentent de fournir ces matières premières tandis que d’autres bénéficient des produits manufacturés et des technologies de pointe, la transition énergétique ne sera pas équitable et risquera de reproduire les inégalités de l’ère des combustibles fossiles. Pour éviter cela, elle plaide pour une voix commune des pays de l’ASEAN sur la question des minéraux de transition.
Tharinya Supasa, chef du département des énergies durables et renouvelables de l’ACE, a rappelé l’importance de l’efficacité énergétique face à la demande croissante d’électricité dans la région. Elle a également souligné la nécessité de développer des technologies et des marchés pour le stockage de l’énergie, afin de garantir un approvisionnement fiable. Prannoy Chowdhury, directeur associé pour l’Asie au Carbon Trust, a quant à lui souligné le rôle du secteur privé dans la transition énergétique, tout en notant que les subventions aux combustibles fossiles découragent les entreprises engagées dans une démarche de neutralité carbone à investir dans les énergies renouvelables.
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