Home MondeLes experts ont réduit en farine le nouvel arsenal nucléaire de V. Poutine

Les experts ont réduit en farine le nouvel arsenal nucléaire de V. Poutine

by Clara Dubois

Publié le 28 octobre 2023 12:40:00. La Russie a annoncé avoir mené avec succès un nouveau test de son missile de croisière nucléaire à longue portée, le « Burevestnik » (en français, « présage de tempête »), capable de contourner les défenses antimissiles traditionnelles. Cette annonce intervient alors que les tensions avec les États-Unis restent vives, notamment sur la question des systèmes de défense.

  • Le missile « Burevestnik » est propulsé par un réacteur nucléaire, lui conférant une autonomie et une durée de vol considérables.
  • Lors du dernier essai, le 21 octobre, il a parcouru 14 000 kilomètres en 15 heures, atteignant potentiellement le territoire américain.
  • Les experts soulignent que, bien que prometteur, le missile présente des limites en termes de manœuvrabilité et que son déploiement effectif reste lointain.

Vladimir Poutine avait initialement annoncé le développement de cette arme en 2018, bien avant l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Le test réussi annoncé ce week-end suscite des interrogations sur les implications stratégiques de cette nouvelle capacité russe.

Contrairement aux missiles conventionnels fonctionnant avec du carburant chimique, le « Burevestnik » utilise l’énergie nucléaire pour chauffer l’air ambiant et le propulser à grande vitesse, explique Amaury Dufay, expert à l’Institut français d’études stratégiques et de défense.

« Cela permet d’augmenter considérablement la durée et la portée du vol »

Amaury Dufay, expert à l’Institut français d’études stratégiques et de défense

Il compare ce système à un moteur de voiture consommant moins de carburant au kilomètre.

Le dernier essai, le 21 octobre, a démontré la capacité du missile à parcourir une distance de 14 000 kilomètres en environ 15 heures, ce qui lui permettrait d’atteindre facilement les États-Unis. Selon Dufay, le « Burevestnik » est conçu pour voler à très basse altitude, entre 15 et 200 mètres, rendant sa détection plus difficile.

« Il pourrait décoller de Russie, contourner l’Amérique latine pour atteindre l’Amérique du Nord par le sud, une zone potentiellement moins bien protégée par les systèmes de défense antimissiles américains »

Amaury Dufay, expert à l’Institut français d’études stratégiques et de défense

Cependant, le missile est relativement lent, un facteur qui pourrait affecter sa manœuvrabilité, selon Héloïse Fayet, experte en armes nucléaires françaises.

Le développement du « Burevestnik » vise à contourner les systèmes de défense antimissiles, notamment le projet de bouclier antimissile « Golden Dome » envisagé par l’ancien président américain Donald Trump, a expliqué l’analyste russe Dmitri Stefanovitch sur la plateforme X (anciennement Twitter). Fayet souligne que le missile pourrait être utilisé en complément des armes conventionnelles.

« Grâce à sa manœuvrabilité et à sa portée illimitée, il pourrait servir à saturer et à affaiblir les défenses antimissiles avant une frappe avec des missiles conventionnels »

Héloïse Fayet, experte en armes nucléaires françaises

Bien que Poutine ait ordonné la mise en place de l’infrastructure nécessaire à son utilisation, les experts estiment que l’impact stratégique du « Burevestnik » reste pour l’instant limité.

« Le missile n’est pas encore opérationnel : il n’existe actuellement aucune infrastructure pour son déploiement, ni de doctrine pour son utilisation »

Héloïse Fayet, experte en armes nucléaires françaises

Fayet suggère que ce développement pourrait être une tentative de Poutine de maintenir la pression sur Trump concernant les questions de défense nucléaire et antimissile.

« L’intérêt de Poutine est de convaincre Trump de la nécessité du ‘Golden Dome’ »

Héloïse Fayet, experte en armes nucléaires françaises

Le « Golden Dome » représenterait un projet extrêmement coûteux, ce qui, selon Fayet, fait du « Burevestnik » une arme de déstabilisation. Elle souligne que les États-Unis et l’Europe ne disposent pas actuellement de bouclier défensif capable d’intercepter les missiles balistiques et de croisière, et que le nouveau missile russe témoigne de la capacité de Moscou à innover.

Concernant les risques de retombées radioactives, Fayet indique que le test n’a pas entraîné de changement notable des niveaux de radiation. Les agences de surveillance de la Norvège et les stations du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires n’ont rien détecté. Cependant, Dufay estime qu’une certaine contamination radioactive est probablement inévitable.

« Le missile devient radioactif lorsque son réacteur est activé. S’en approcher de trop près expose à des radiations, ce qui signifie… qu’il ne peut pas être testé un grand nombre de fois »

Amaury Dufay, expert à l’Institut français d’études stratégiques et de défense

Il ajoute que, dans le domaine de la dissuasion nucléaire, le signal envoyé par les tests est primordial.

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