Publié le 28 septembre 2025 à 02:44. Le gouvernement allemand, dirigé par Friedrich Merz, est accusé d’utiliser de manière détournée 500 milliards d’euros provenant de fonds spéciaux pour combler les déficits budgétaires courants, au lieu de financer de nouveaux investissements comme initialement prévu. Une analyse de l’Institut de l’économie allemande (IW) révèle cinq exemples concrets de cette pratique.
- Le groupe ferroviaire Deutsche Bahn est le cas le plus flagrant, avec une utilisation détournée de 18,8 milliards d’euros.
- Des fonds initialement destinés à la rénovation des ponts d’autoroutes et à l’expansion du haut débit sont également utilisés pour d’autres dépenses.
- Le ministère fédéral des Finances justifie ces changements en invoquant les réglementations budgétaires, mais les critiques dénoncent un manque de transparence et une perte de crédibilité.
L’Institut de l’économie allemande (IW) de Cologne a identifié plusieurs cas où les fonds spéciaux, initialement destinés à des investissements à long terme dans l’infrastructure et la neutralité climatique (Sondervermögen Infrastruktur und Klimaneutralität – SVIK), sont utilisés pour masquer des trous dans le budget fédéral régulier. Cette pratique remet en question la promesse initiale d’investissements supplémentaires.
Deutsche Bahn est particulièrement concernée. Selon l’analyse de l’IW, 18,8 milliards d’euros prévus par le SVIK pour le chemin de fer sont en réalité utilisés pour compenser une réduction de 13,7 milliards d’euros des investissements ferroviaires dans le budget fédéral. Après prise en compte de l’augmentation des capitaux propres de Deutsche Bahn, le gouvernement a réalisé une économie de 8,2 milliards d’euros.
Un schéma similaire se dessine dans le domaine de la rénovation des ponts d’autoroutes. Selon le rapport de l’IW, 2,5 milliards d’euros provenant du SVIK étaient initialement prévus pour 2026. Cependant, les investissements pour les autoroutes fédérales dans le budget de base seront réduits de 1,7 milliard d’euros par rapport à 2024. La situation est encore plus préoccupante concernant l’expansion du haut débit : 2,3 milliards d’euros sont prévus dans le SVIK pour 2026, alors qu’ils étaient auparavant financés à hauteur de 1,8 milliard d’euros par le budget de base, où ils ne figurent plus aujourd’hui.
Le secteur de la santé est également affecté. Les six milliards d’euros prévus pour les hôpitaux, qui devaient initialement être financés par les caisses de santé et les Länder, sont désormais prélevés sur le SVIK, ce qui allège la charge financière des organismes payeurs.
Concernant le Fonds du climat et de la transformation (KTF), le ministère des Finances affirme qu’une augmentation des investissements à 126,7 milliards d’euros est prévue pour 2026. Il justifie les changements par les réglementations budgétaires fédérales, soulignant que les dépenses ayant le même objectif ne peuvent pas être comptabilisées dans différents budgets.
Le ministère contredit également les allégations de l’IW concernant les investissements dans les autoroutes fédérales, affirmant qu’ils augmenteront de 1,5 milliard d’euros pour atteindre 10 milliards d’euros en 2025 et 10,6 milliards d’euros d’ici 2029. Il ajoute que la baisse des revenus de péage sera compensée par un “milliard d’euros supplémentaires” provenant des fonds fédéraux.
Le ministère des Finances attribue également les problèmes liés au Fonds du climat et de la transformation aux décisions prises par le gouvernement précédent, évoquant des “dépenses mondiales sous-estimées” et le transfert de dépenses liées au supplément EEG d’environ sept milliards d’euros au budget de base à partir de 2027. Selon le ministère, les dix milliards d’euros annuels provenant du SVIK ont permis de réduire ces dépenses à un niveau plus raisonnable.
Les déclarations contradictoires du ministre des Finances Lars Klingbeil (SPD) et du ministre des Transports soulignent les tensions au sein de la coalition gouvernementale. Selon le journal Faz, le ministre des Finances aurait adressé une “lettre sévère” à son homologue de la CDU. Le secrétaire général de la CDU, Carsten Linnemann, serait “extrêmement mécontent de la manière dont son collègue de parti communique publiquement”.
L’expert en finances publiques de l’IW, Tobias Hentze, critique vivement cette situation :
« Le gouvernement fédéral joue avec sa crédibilité. Au lieu de construire de nouveaux ponts, il finance désormais les retraites avec le fonds spécial. C’est une faute grave. »
Malgré les doutes quant à la légalité de cette pratique, une contestation devant la Cour constitutionnelle fédérale semble peu probable. Selon le journal Faz, le risque est faible pour deux raisons : la modification de la loi fondamentale et l’absence d’une opposition suffisamment forte pour engager une procédure judiciaire.
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