Publié le 10 novembre 2025 à 06h28. Diego Santilli prendra officiellement ses fonctions de ministre de l’Intérieur ce mardi, et a d’ores et déjà entamé des discussions avec les gouverneurs des provinces, dans un contexte de négociations budgétaires cruciales pour l’avenir financier des régions.
- Diego Santilli entame des rencontres avec les gouverneurs avant même sa prise de fonction officielle.
- Le budget 2026 est au cœur des discussions, notamment concernant les Contributions du Trésor National (ATN), la taxe sur les carburants et les fonds de pension non transférés.
- L’attente des gouverneurs porte sur l’autonomie de Santilli pour engager des fonds et la marge de négociation dont il dispose.
Diego Santilli, désigné ministre de l’Intérieur, s’est immédiatement lancé dans une série de rencontres avec les gouverneurs des provinces. Accompagné de Manuel Adorni, son chef de cabinet, il a reçu Raúl Jalil (Catamarca) et Ignacio Torres (Chubut) vendredi dernier, et poursuivra ces échanges individuels à partir de lundi. Les provinces commencent déjà à évaluer la crédibilité des engagements du nouveau ministre, afin de déterminer si les promesses formulées lors de ces réunions seront tenues.
La cérémonie officielle de passation de pouvoir se déroulera mardi à 15 heures à la Casa Rosada, où Javier Milei prêtera serment, selon des sources officielles.
Outre les rencontres avec Torres et Jalil, Santilli devrait rencontrer Martin Llaryora (Córdoba) et Marcelo Orrego (San Juan) lundi, puis Gustavo Sáenz (Salta) mercredi prochain. Une « tournée » est également prévue pour visiter les gouverneurs des provinces alliées : Rogelio Frigerio (Entre Ríos), Alfredo Cornejo (Mendoza), Claudio Poggi (Saint-Louis) et Leandro Zdero (Chaco). Une rencontre avec Jorge Macri, chef du gouvernement de Buenos Aires et ancien allié de Pro, est également à l’étude.
Le budget 2026 constitue le principal point de friction. Les provinces convergent sur trois revendications majeures : les Contributions du Trésor National (ATN), dont le gouvernement prévoit une augmentation de 569,426 millions de dollars pour l’année prochaine ; la taxe sur les carburants (une collecte de 7,6 milliards de dollars, pour laquelle les provinces réclament 54 %) ; et les fonds de pension non transférés, pour lesquels le gouvernement a alloué 122 milliards de dollars, un montant jugé insuffisant par rapport aux exigences légales (environ 900 milliards de dollars).
Au total, le montant en jeu dépasse 5 milliards de dollars, sans compter les fonds destinés à l’université, aux lois d’urgence pour les personnes handicapées et la pédiatrie, que la Casa Rosada n’applique pas et n’a pas inclus dans le budget. Les demandes spécifiques de travaux publics de chaque province ne sont pas non plus prises en compte.
L’une des principales préoccupations des gouverneurs est de déterminer la marge de manœuvre dont disposera Santilli en matière de ressources financières. Ils souhaitent savoir s’il aura l’autonomie nécessaire pour engager des fonds, contrairement à ses prédécesseurs Guillermo Francos et Leandro Catalán. Comme le souligne une source proche des gouverneurs,
« S’ils nous demandent de sortir de leurs bureaux avant de nous recevoir, nous serons confrontés aux mêmes problèmes qu’avant. »
Milei est conscient de cette problématique, selon les mêmes sources.
Le président Milei prévoit également de se rendre dans les provinces pour établir un dialogue direct avec les dirigeants, ce qui, selon eux, pourrait faciliter la recherche de compromis.
Au-delà de ces trois points clés, les gouverneurs attendent également une réponse concernant l’avenir des travaux publics. Le projet de budget 2026 prévoit 750 milliards de dollars pour des projets en cours dans différentes juridictions (hors travaux interprovinciaux), notamment la réparation de bâtiments nationaux, l’entretien des parcs nationaux et des centrales électriques.
Le projet de loi, adopté en commission avec la majorité gouvernementale, ne tient pas compte des lois adoptées avec le soutien des gouverneurs, telles que les lois d’urgence pour les personnes handicapées et la pédiatrie, ni l’amélioration des ressources des universités nationales. Le bloc de l’Assemblée fédérale, composé notamment des députés des Provinces-Unies, cherche à modifier le texte officiel et à répondre aux revendications des gouverneurs.
Martin Menem, président de la Chambre des députés, teste également les législateurs proches des gouverneurs convoqués par le président à la Casa Rosada (seuls Axel Kicillof, Gustavo Melella, Ricardo Quintela et Gildo Insfrán, de l’opposition, ont été exclus). Des sources proches de Menem affirment que
« Le nouveau ministre aura certainement plus d’autorité pour mettre en œuvre ce qu’il a accepté, car c’était là le problème. »
Carlos Guberman, secrétaire au Trésor, assure la liaison entre les députés et le ministère de l’Économie pour les questions budgétaires.
Les gouverneurs ont décidé de ne pas avancer sur l’approbation du budget pendant la session ordinaire, dans l’attente de l’investiture des nouveaux législateurs et de son examen en session extraordinaire.
Le crédit budgétaire pour les ATN pour l’année prochaine s’élève à 569,426 millions de dollars (soit une augmentation de 147 % en termes réels par rapport au crédit budgétaire actuel). La loi, promue par tous les gouverneurs et le chef du gouvernement de Buenos Aires, prévoit un référencement automatique et quotidien de ces ressources, les considérant comme une part partageable. Le président Milei a opposé son veto à ce projet, arguant qu’il modifiait l’objectif des ATN, qui est de remédier aux urgences et aux déséquilibres financiers dans les provinces. Une solution intermédiaire, envisagée par Guberman, consistait à distribuer le reste des fonds à la fin de l’année. Les gouverneurs insistent pour que cette disposition soit intégrée au budget.
Concernant la nouvelle répartition de la taxe sur les carburants – dont les recettes sont estimées à 7,6 milliards de dollars pour 2026 (soit une augmentation de 72 % par rapport à cette année) – la participation des provinces passerait de 10,4 % à 57,02 %, tandis que celle du Trésor National diminuerait de 10,4 % à 14,29 %. Les fiducies pour les infrastructures hydrauliques, les transports et les routes ne sont pas non plus prévues dans le budget 2026.
En ce qui concerne les 13 caisses de retraite provinciales non transférées à la Nation, aucun versement n’a été effectué depuis la prise de fonction du gouvernement libertaire, à l’exception d’accords conclus avec Entre Ríos et Córdoba devant la Cour suprême de justice. Le budget prévoit 122,763 millions de dollars pour répondre à ces obligations légales, alors que l’opposition estime ce montant à 950 milliards de dollars.
Début 2024, le gouvernement national a supprimé par décret l’indexation des transferts vers ces fonds sur la base de la même formule que les retraites. La réintégration de cette condition dans la loi de finances est essentielle en cas de recours devant la justice. De plus, il existe une dette accumulée par l’administration actuelle envers ces 13 provinces. Même les accords conclus avec Rogelio Frigerio et Martín Llaryora ne sont que des paiements partiels en vue d’une conciliation finale.
Par exemple, avec Córdoba, une dette de 400 milliards de dollars a été convenue jusqu’en 2021 et doit être recalculée à partir de cette année jusqu’en 2024.
Selon la Fondation Générale de la Méditerranée, les systèmes de retraite provinciaux représentent environ 20 % des dépenses totales de sécurité sociale. Pour les 13 provinces qui les gèrent, ils ont un « impact fortement déstabilisant » sur leurs finances publiques. L’institut estime qu’une réponse doit être apportée dans le budget 2026 pour « créer les conditions d’une résolution rapide » de cette question, en mettant fin à l’accumulation des dettes et aux poursuites judiciaires contre l’Anses.
Pour ce premier point, il propose de suivre la règle budgétaire de 2023 selon laquelle ces fonds doivent recevoir mensuellement « un douzième du dernier déficit simulé par l’Anses, actualisé en fonction de la mobilité des retraites », et de rembourser la dette accumulée en utilisant les économies accumulées dans le Fonds de garantie de durabilité. L’Anses disposerait ainsi d’un actif pour annuler un passif, sans impact sur ses capitaux propres.
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