Publié le 7 novembre 2025 à 18h21. Plus d’une douzaine d’organisations non gouvernementales (ONG) engagées dans les opérations de sauvetage en Méditerranée ont rompu tout contact avec les garde-côtes libyens, dénonçant des violences répétées envers les migrants et demandeurs d’asile interceptés et renvoyés dans des camps où sévissent torture, violences sexuelles et travail forcé.
- Une coalition de 13 ONG de recherche et de sauvetage a suspendu toute communication opérationnelle avec les autorités libyennes.
- Cette décision est une réponse à la pression croissante de l’Union européenne (UE) et de l’Italie pour partager des informations avec les garde-côtes libyens, qui bénéficient d’un soutien financier et logistique européen.
- Les ONG dénoncent un système où la Libye n’est pas considérée comme un lieu sûr pour les réfugiés et où des crimes contre l’humanité pourraient être commis.
Les organisations de sauvetage justifient leur choix par la volonté de ne pas être complices des abus commis par les garde-côtes libyens. Elles dénoncent une politique européenne qui, sous couvert de lutte contre l’immigration irrégulière, ignore les violations des droits humains en Libye. Une enquête de l’ONU menée en 2021 avait déjà mis en évidence une « litanie d’abus » dans les centres de détention libyens, des faits qualifiés par certains experts de « crimes contre l’humanité ».
« Nous n’avons jamais reconnu ces acteurs comme une autorité de sauvetage légitime – ils font partie d’un régime violent mis en place par l’UE », a déclaré Ina Friebe, de l’ONG allemande CompassCollective, dans un communiqué commun publié par les 13 organisations. « Maintenant, nous subissons de plus en plus de pressions pour communiquer précisément avec ces acteurs. Cela doit cesser. »
Les ONG sont conscientes que cette décision pourrait entraîner des sanctions, allant de lourdes amendes à la confiscation de leurs navires. Giulia Messmer, de Sea-Watch, basée à Berlin, a affirmé : « C’est non seulement notre droit mais aussi notre devoir de traiter les milices armées comme telles dans notre communication opérationnelle – et non comme des acteurs légitimes dans les opérations de recherche et de sauvetage. »
Au cours des dix dernières années, ces organisations ont secouru plus de 155 000 personnes en Méditerranée. Elles se heurtent cependant à une répression croissante, notamment de la part de l’Italie, qui a imposé des restrictions sévères aux navires de sauvetage, les empêchant de quitter les ports pendant de longues périodes – un total de plus de 700 jours. En août dernier, les garde-côtes libyens ont été accusés d’avoir tiré sur un navire appartenant à SOS Méditerranée.
Un rapport publié le mois dernier par Sea-Watch dénonce 54 incidents violents impliquant les garde-côtes libyens depuis 2016, incluant des tirs, des éperonnages et des agressions envers des personnes en détresse.
Les organisations de sauvetage ont également annoncé la création d’une nouvelle alliance, la Justice Fleet, qui se consacrera au suivi des actions des garde-côtes libyens et à la compilation d’informations pour d’éventuelles poursuites judiciaires. Cette initiative, qui regroupe le plus grand nombre d’ONG civiles engagées dans le sauvetage en mer, vise à contrer la pression croissante à laquelle elles sont confrontées. Sur son site internet, la Justice Fleet affirme : « Depuis 10 ans, les secours civils en mer assurent les premiers secours en Méditerranée. Pour cela, nous avons été bloqués, criminalisés, calomniés. C’est pourquoi nous unissons nos forces maintenant, plus forts que jamais – pour défendre ensemble les droits de l’homme et le droit maritime international. »
L’UE a fait l’objet de critiques pour son approche de la crise migratoire en Libye, accusée d’ignorer les violations des droits humains afin de réduire le nombre de personnes atteignant l’Europe.
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