Les hôpitaux à but lucratif facturent jusqu’à 17 fois le coût réel des soins, avec des résultats cliniques dégradés
Les hôpitaux affichant les plus grandes différences entre le coût réel de leurs services et les tarifs facturés aux patients et à leurs assureurs sont majoritairement à but lucratif, détenus par des investisseurs et situés dans les grandes zones métropolitaines. Une nouvelle recherche de l’UCLA révèle également que ces établissements présentent des résultats cliniques significativement moins favorables que les hôpitaux proposant des tarifs plus raisonnables.
Ces «hôpitaux à forte majoration» (HMH), représentant environ 10% des établissements étudiés, facturent jusqu’à 17 fois le coût réel des soins. En comparaison, la majoration moyenne observée dans les autres hôpitaux s’élève à trois fois le coût des soins.
Les résultats de cette étude, publiée dans la revue JAMA Surgery, mettent en lumière l’impact financier et clinique de ces pratiques tarifaires.
Les prix pratiqués par les hôpitaux affectent tous les acteurs du système de santé : patients, familles, employeurs, contribuables et programmes gouvernementaux. Lorsque les hôpitaux facturent de manière excessive, ces coûts se répercutent sur l’ensemble du système. Des factures élevées peuvent entraîner des difficultés financières, voire des faillites médicales pour les patients. Pour ceux qui sont assurés, les tarifs gonflés se traduisent par des primes mensuelles plus élevées et des franchises plus importantes, impactant ainsi les familles, les employeurs et les contribuables.
L’étude souligne que des prix plus élevés ne se traduisent pas nécessairement par une meilleure qualité de soins. Au contraire, les patients soignés dans les hôpitaux à forte majoration présentent des taux de complications et de réadmission plus élevés.
Les chercheurs ont analysé les données de la base de données nationale des réadmissions (NRD) de 2022, portant sur les dépenses hospitalières de près de 2000 hôpitaux américains ayant pratiqué quatre interventions chirurgicales majeures : la réparation d’un anévrisme de l’aorte abdominale, la colectomie, le pontage coronarien et le remplacement de la hanche. Parmi ces hôpitaux, 196 ont été identifiés comme des établissements à forte majoration. Au total, environ 362 400 patients ont été traités dans ces hôpitaux, dont 42 600 (12%) dans les centres à forte majoration.
L’analyse a révélé que les patients soignés dans les hôpitaux à forte majoration avaient un risque accru d’environ 45% de complications cardiaques, respiratoires, infectieuses ou rénales. Ils présentaient également un risque de réadmission de 33% plus élevé pour une raison non élective dans les 30 jours suivant leur traitement initial.
Il est important de noter que l’étude établit un lien direct entre les pratiques tarifaires et les résultats cliniques des patients. Les patients traités dans ces hôpitaux à forte majoration n’ont pas bénéficié de meilleurs résultats et ont souvent connu une évolution moins favorable. En d’autres termes, les hôpitaux les plus chers ne sont pas nécessairement les plus performants.
L’étude présente certaines limites. La base de données NRD est représentative à l’échelle nationale, mais les chercheurs n’ont pas eu accès à la liste complète des prix des hôpitaux pour les fournitures et les services. Ils n’avaient donc pas d’informations sur les accords ou les remises négociés entre les hôpitaux et les assureurs. De plus, l’étude n’a pas permis d’analyser la variation géographique des hôpitaux à forte majoration, bien que des études antérieures aient montré que les 50 hôpitaux affichant les ratios de majoration les plus élevés étaient situés dans 13 États, principalement dans le sud des États-Unis. L’équipe de recherche ne disposait pas non plus de données sur les coûts fixes, variables ou ambulatoires des hôpitaux.
Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre les raisons pour lesquelles les résultats des patients sont moins bons dans les hôpitaux à forte majoration. Il est également crucial d’élaborer des politiques visant à améliorer la transparence et la réglementation des prix. Actuellement, seuls le Maryland et la Virginie-Occidentale réglementent les prix hospitaliers.
Les patients sont rarement informés du coût d’une intervention chirurgicale à l’avance et ne disposent pas des outils nécessaires pour comparer les hôpitaux en termes de prix et de qualité. Dans les situations d’urgence, ils n’ont souvent pas le choix de l’établissement de soins.
Exiger des rapports publics et standardisés sur les majorations pratiquées par les hôpitaux, et lier ces rapports aux résultats cliniques, constituerait une première étape essentielle. L’objectif ultime est de construire un système de soins de santé plus juste, plus sûr et plus responsable envers les personnes qu’il sert.