Publié le 27 novembre 2025 18h06. Des marqueurs biologiques simples, mesurables par des analyses sanguines courantes, pourraient améliorer le diagnostic et le suivi du cancer du sein, en particulier dans les régions où l’accès aux techniques d’imagerie coûteuses est limité.
- Le rapport neutrophiles/lymphocytes (NLR) est un indicateur pronostique fiable, un NLR élevé étant associé à une survie plus courte.
- Des taux élevés de protéine C-réactive (CRP) et de D-dimères sont corrélés à une charge tumorale plus importante et à un pronostic moins favorable.
- L’intégration de ces biomarqueurs dans une approche diagnostique globale pourrait permettre une meilleure stratification des risques et un suivi plus personnalisé.
Le cancer du sein demeure un défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale, et un diagnostic tardif contribue significativement à sa mortalité. Cette situation est particulièrement préoccupante dans les pays à faibles ressources, où l’accès aux outils de diagnostic avancés est souvent restreint. Face à ce constat, des chercheurs s’intéressent de près au potentiel des marqueurs hématologiques et biochimiques présents dans le sang, comme des outils complémentaires, abordables et non invasifs, pour améliorer la détection, le pronostic et le suivi thérapeutique du cancer du sein.
Les marqueurs hématologiques, obtenus à partir d’analyses sanguines de routine comme la formule sanguine complète (FSC), fournissent des informations précieuses sur l’état physiologique et pathologique de l’organisme, notamment sur l’inflammation et la réponse immunitaire, deux éléments clés dans le développement du cancer. Des études ont montré que les patientes atteintes d’un cancer du sein présentent souvent des anomalies dans les différents composants cellulaires du sang, telles qu’une diminution du nombre d’hémoglobine (Hb) et de globules rouges (RBC) (signe d’anémie) et des variations dans les populations de globules blancs (WBC). Plus précisément, les niveaux de lymphocytes, de neutrophiles et de monocytes peuvent différer significativement de ceux observés chez les personnes en bonne santé, reflétant l’interaction complexe entre la tumeur et le système immunitaire.
Le rapport neutrophiles/lymphocytes (NLR) s’est révélé être un indicateur pronostique particulièrement robuste. Un NLR élevé est systématiquement associé à des résultats moins favorables, notamment une survie sans maladie et une survie globale plus courtes, en particulier dans les sous-types de cancer du sein les plus agressifs, tels que le cancer du sein HER2-positif et le cancer du sein triple négatif. Cet indicateur reflète un environnement inflammatoire favorisant la croissance tumorale. De même, un rapport plaquettes/lymphocytes (PLR) élevé est lié à des caractéristiques tumorales plus agressives, comme une atteinte ganglionnaire et un grade tumoral plus élevé. Les plaquettes sont impliquées dans la croissance tumorale et la métastase, en libérant des facteurs de croissance et en protégeant les cellules cancéreuses de la surveillance immunitaire. La vitesse de sédimentation des érythrocytes (VS), un marqueur non spécifique de l’inflammation, est également significativement élevée chez les patientes atteintes d’un cancer du sein, et des niveaux élevés sont corrélés à un pronostic moins favorable.
En complément des marqueurs hématologiques, les marqueurs biochimiques sériques apportent des informations sur la fonction métabolique et organique, qui peut être perturbée par la progression du cancer et les métastases. La lactate déshydrogénase (LDH) et la phosphatase alcaline (ALP) sont particulièrement importantes. Une LDH élevée est associée à la progression tumorale et aux métastases, tandis qu’une augmentation de l’ALP peut indiquer des métastases osseuses ou hépatiques. La créatine kinase-BB pourrait être un indicateur de la dépendance hormonale dans le cancer du sein, bien que sa fiabilité soit encore à évaluer. L’acide urique sérique (AUS) joue un rôle complexe, agissant à la fois comme antioxydant et comme agent pro-inflammatoire, et sa relation avec le risque de cancer du sein semble être en forme de J, avec des niveaux très faibles et très élevés pouvant être préjudiciables. La protéine C-réactive (CRP), un marqueur sensible de l’inflammation systémique, est également élevée chez les patientes atteintes d’un cancer du sein et est liée à une augmentation de la charge tumorale et à un pronostic moins favorable.
Les antigènes cancéreux CA 15-3 et CA 27.29 sont parmi les marqueurs sériques les plus fiables pour surveiller la maladie dans le cancer du sein à un stade avancé, suivre la réponse au traitement, la récidive et la propagation métastatique. Des taux plasmatiques élevés de D-dimères sont associés à un stade avancé de la maladie, à une tumeur de plus grande taille et à des métastases, reflétant l’activation des voies de coagulation dans la progression du cancer. Enfin, les marqueurs de stress oxydatif, tels que le 4-hydroxynonénal (4-HNE), sont élevés chez les patientes, tandis que les enzymes antioxydantes comme la catalase sont diminuées, offrant ainsi un aperçu non invasif du stress oxydatif associé à la tumorigenèse.
La valeur réelle de ces marqueurs réside dans leur intégration dans une approche diagnostique systémique et multimodale. Bien qu’ils puissent manquer de spécificité pris individuellement, leur combinaison peut améliorer considérablement la stratification des risques, le pronostic et le suivi. Par exemple, l’association du NLR et du PLR avec des caractéristiques immunitaires tumorales peut affiner la précision du pronostic. Cependant, des défis subsistent, notamment une faible spécificité, une sensibilité aux affections non cancéreuses (infections, obésité) et la nécessité de simplifier les techniques d’analyse pour certains marqueurs, comme ceux liés au stress oxydatif. Il est donc préférable de les utiliser comme des outils complémentaires aux examens cliniques et à l’imagerie, plutôt que comme des diagnostics autonomes.
Les recherches futures devraient se concentrer sur la normalisation des protocoles d’évaluation et sur l’exploitation des technologies émergentes, telles que les biopsies liquides et l’apprentissage automatique, pour analyser plusieurs biomarqueurs simultanément. L’étude de l’interaction entre les marqueurs hématologiques, le stress oxydatif et les facteurs génétiques pourrait révéler de nouvelles cibles thérapeutiques. Il est crucial d’élargir l’accès à ces outils abordables pour réduire les disparités mondiales en matière de résultats du cancer du sein.
En conclusion, les biomarqueurs hématologiques et sériques représentent une voie prometteuse pour améliorer les soins du cancer du sein, en particulier dans les contextes à ressources limitées. Des marqueurs tels que le NLR, le PLR, le CA 15-3 et les indicateurs de stress oxydatif fournissent des informations précieuses, rentables et non invasives sur l’inflammation associée aux tumeurs et la progression de la maladie. Leur intégration dans des stratégies de diagnostic structurées et multimodales pourrait permettre une détection plus précoce, guider un traitement personnalisé et, à terme, contribuer à une gestion plus équitable du cancer du sein dans le monde.
Source:
Référence du journal :
Madhu, Y., et al. (2025). Séric hematological and biochemical markers in breast cancer: diagnostic, therapeutic and prognostic significance. Exploratory Research and Hypothesis in Medicine. 2: 10.14218/erhm.2025.00022. https://xiahepublishing.com/2472-0712/ERHM-2025-00022
