Publié le 24 novembre 2025 à 02h00. Clara Törnvall, autiste elle-même, plaide pour une approche positive de l’autisme, en mettant en lumière le rôle essentiel des « intérêts particuliers » dans l’épanouissement et l’inclusion des personnes concernées, à travers son nouveau livre et ses recherches.
- Les intérêts particuliers, souvent perçus comme des obsessions, sont en réalité une source de force et de bien-être pour les personnes autistes.
- Ces centres d’intérêt peuvent ouvrir des portes sur le monde professionnel et faciliter l’intégration sociale.
- Il est crucial de reconnaître et de valoriser ces passions, plutôt que de chercher à les minimiser ou à les corriger.
Dans son nouvel ouvrage jeunesse, intitulé « Vivre avec l’autisme », Clara Törnvall s’attache à déconstruire les clichés négatifs associés au diagnostic et à promouvoir une vision plus optimiste et inclusive. L’auteure, elle-même concernée, souligne l’importance de se concentrer sur les atouts et les potentialités des personnes autistes, notamment à travers le développement de leurs « intérêts particuliers ».
« Je considère les intérêts particuliers comme uniquement positifs. Ce à quoi vous consacrez beaucoup de temps, vous devenez bon et vous pouvez y acquérir des compétences qui peuvent être utilisées, par exemple à l’école et dans la vie professionnelle », explique-t-elle dans un entretien accordé à Nid spécial. Elle ajoute : « Et il n’y a rien de mieux que de partager votre intérêt particulier avec d’autres personnes qui partagent le même intérêt. Vous pouvez beaucoup apprendre en approfondissant un sujet ensemble. »
Son livre, fruit d’entretiens avec de jeunes autistes, révèle une grande diversité d’intérêts : crochet, jeux, lecture, sport… Pour Clara Törnvall, la lecture et l’écriture sont un intérêt particulier qui a jalonné sa carrière de journaliste culturelle et d’écrivaine. « J’ai eu la chance de pouvoir transformer mes intérêts particuliers en mon travail, il n’y a donc aucune frontière entre moi, mon travail et mes intérêts – ils vont ensemble », témoigne-t-elle. Elle mentionne également un intérêt récent pour Klaus Kinski, l’acteur controversé, et un intérêt constant pour l’autisme lui-même, un trait qu’elle juge fréquent chez les personnes concernées.
L’importance des intérêts particuliers est également soulignée par Tatja Hirvikoski, chercheuse au centre de connaissances KIND du Karolinska Institutet et responsable de la recherche et du développement au sein de l’unité Habilitation et santé à Stockholm. « Le système de santé a tendance à considérer l’autisme comme un handicap qui provoque de la souffrance et un besoin d’aide. Par conséquent, l’accent est mis sur le négatif, mais les caractéristiques qui sont souvent perçues comme des difficultés peuvent aussi signifier des avantages et des points forts », explique-t-elle.
Selon Tatja Hirvikoski, les intérêts ciblés peuvent soulager le stress, favoriser l’acquisition de connaissances et d’expertises, offrir un contexte social et faciliter l’accès à l’emploi. « L’aspect social est important. De nombreuses personnes autistes ont des réseaux sociaux étroits et souhaitent trouver des contextes où elles se sentent acceptées. Ces réseaux peuvent souvent être créés grâce à des intérêts ciblés, par exemple des clubs de jeux ou des cercles d’études », précise-t-elle.
Elle évoque également le phénomène de l’« hyperfocus », une concentration intense et prolongée qui peut survenir lorsque la personne est engagée dans un intérêt particulier. « Qu’est-ce que le stress ? C’est l’expérience d’une forme de menace. Un intérêt ciblé peut permettre à l’individu de faire une pause et d’abandonner ses pensées catastrophiques, le temps que le cerveau, une sorte de machine à apprendre, lui procure un sentiment de bien-être », explique Tatja Hirvikoski.
Les intérêts particuliers peuvent également être un atout à l’école, en stimulant la motivation et en renforçant la confiance en soi. « Cela peut agir comme une forte motivation, par exemple le fait de pouvoir lire sur le sujet qui vous intéresse en anglais. Cela peut être vraiment agréable d’être un expert sur un certain sujet abordé en classe », souligne Tatja Hirvikoski.
Cependant, elle reconnaît que les personnes neurotypiques peuvent parfois avoir une attitude négative envers ces intérêts, les considérant comme étranges ou insignifiants. « Il peut être difficile de trouver du temps pour un intérêt particulier parmi les contraintes de la vie quotidienne, mais une routine claire est souvent utile », conseille-t-elle.
Clara Törnvall insiste sur la nécessité d’écouter les personnes autistes et de ne pas porter de jugement sur leurs intérêts. « La personne autiste en sait souvent plus sur elle-même et sur ses besoins que le personnel soignant ou éducatif. Les autistes possédant des connaissances spécialisées sont une mine d’or pour les employeurs qui savent comment utiliser leurs compétences », conclut-elle. Elle recommande également de simplifier au maximum la vie quotidienne afin de libérer du temps et de l’espace pour les passions de chacun.
Le livre de Clara Törnvall
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Comment les enseignants peuvent soutenir les élèves autistes grâce à leurs intérêts particuliers
