Publié le 8 décembre 2025 à 03h03. Une étude australienne révèle une augmentation inquiétante de la durée de traitement antidépresseur, en particulier chez les jeunes, soulevant des questions sur la pertinence des prescriptions et la gestion des arrêts médicamenteux.
- La prévalence de l’utilisation d’antidépresseurs en Australie a augmenté de 10,7 pour 1 000 habitants en 2014 à 12,8 pour 1 000 habitants en 2023.
- L’utilisation à long terme d’antidépresseurs (plus de 365 jours) a progressé de 66,1 pour 1 000 habitants en 2014 à 84,6 pour 1 000 habitants en 2023.
- L’augmentation la plus significative a été observée chez les jeunes de 10 à 24 ans, avec une hausse de 110 % de l’utilisation à long terme et une augmentation de 56 % de la durée du traitement.
Une analyse des données de prescription en Australie met en lumière une tendance préoccupante : les patients, et plus particulièrement les jeunes, restent sous antidépresseurs pendant des périodes de plus en plus longues. Cette évolution, révélée par une étude récente publiée dans la revue Pharmacoépidémiologie et sécurité des médicaments, interroge sur l’adéquation des pratiques de prescription avec les recommandations cliniques.
Les antidépresseurs sont des médicaments essentiels dans la prise en charge de troubles mentaux tels que la dépression, l’anxiété et les crises de panique. Cependant, les experts soulignent que de nombreuses prescriptions ne correspondent pas aux indications thérapeutiques approuvées. Les directives médicales préconisent généralement un traitement de 6 à 12 mois pour une dépression, avec une possible prolongation pour les patients présentant un risque de rechute.
Or, plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, l’Italie et la Suède, ont constaté une augmentation de la durée des traitements antidépresseurs. L’Australie ne fait pas exception, avec une utilisation prolongée observée même en l’absence de justification clinique claire. Cette tendance suscite des inquiétudes quant aux effets secondaires potentiels et aux difficultés de sevrage qui peuvent survenir lors de l’arrêt du traitement.
Pour comprendre l’évolution de ces pratiques, des chercheurs de l’Université d’Australie du Sud ont analysé les données du PBS (Australian Pharmaceutical Benefits Scheme), un programme de remboursement des médicaments. Leur étude, portant sur un échantillon représentatif de 10 % de la population australienne de plus de 10 ans, a permis de suivre les tendances de l’utilisation à long terme des antidépresseurs entre 2014 et 2023.
Les résultats de l’étude confirment une augmentation globale de la prévalence de l’utilisation d’antidépresseurs, passant de 107,7 pour 1 000 habitants en 2014 à 128,8 pour 1 000 habitants en 2023. Cette progression s’est accélérée pendant la pandémie de COVID-19. La proportion de nouveaux utilisateurs a atteint un pic en 2021 avant de légèrement diminuer en 2023, mais reste globalement élevée.
L’étude révèle également une augmentation significative de la durée des traitements. En 2014, 66,1 personnes sur 1 000 étaient sous antidépresseurs à long terme, contre 84,6 en 2023. Cette augmentation est particulièrement marquée chez les femmes, qui sont plus susceptibles de recevoir une prescription prolongée. L’augmentation la plus importante a été constatée chez les jeunes de 10 à 24 ans (+110 %) et les adultes de 25 à 39 ans (+37 %).
Les chercheurs ont constaté une augmentation de 25 % de la durée moyenne du traitement dans tous les groupes d’âge entre 2014 et 2023. Si la durée du traitement est généralement plus longue chez les personnes âgées, l’augmentation la plus forte a été observée chez les jeunes, avec une hausse de 56 %. L’étude note également que les tentatives de réduction de dose sont rares et ne reflètent pas toujours une déprescription intentionnelle.
Selon le RANZCP (Collège royal australien et néo-zélandais des psychiatres), le traitement antidépresseur doit être poursuivi pendant 6 à 12 mois après la rémission des symptômes, avec une possible prolongation pour les patients souffrant de troubles récurrents. Cependant, l’étude souligne un écart croissant entre ces recommandations et la réalité de la pratique clinique, avec une réticence à envisager l’arrêt du traitement.
Les chercheurs suggèrent que l’essor des réseaux sociaux et leur impact sur la santé mentale des jeunes, ainsi que l’isolement social lié à la pandémie de COVID-19, pourraient expliquer cette tendance. L’amélioration de l’accès aux soins de santé mentale, notamment grâce à la télémédecine, pourrait également contribuer à une prescription plus fréquente, mais pas toujours appropriée.
Les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité de promouvoir les approches psychologiques, telles que la thérapie cognitivo-comportementale, comme traitement de première intention pour les jeunes souffrant de troubles mentaux, en réservant les antidépresseurs aux cas sélectionnés ou en les utilisant en complément d’une thérapie. Ils appellent également à des recherches plus approfondies pour mieux comprendre les facteurs qui influencent les pratiques de prescription et les attitudes des professionnels de santé.
