Publié le 8 janvier 2026 10h14. Des manifestations d’ampleur, déclenchées par la crise économique et la dévaluation de la monnaie, se propagent à travers l’Iran, défiant le gouvernement et testant sa réaction face à une contestation populaire grandissante.
- Au moins 38 personnes ont été tuées et plus de 2 200 arrêtées depuis le début des troubles.
- Les protestations, largement sans leader apparent, s’étendent des villes aux zones rurales, mais restent pour l’instant contenues dans une certaine mesure.
- Un appel à la mobilisation lancé par le prince héritier iranien en exil, Reza Pahlavi, pourrait révéler l’influence des acteurs extérieurs sur le mouvement.
Les manifestations qui secouent l’Iran depuis plusieurs jours témoignent d’un mécontentement profond face à la situation économique du pays. La monnaie nationale, le rial, s’est effondrée en décembre, atteignant un taux de change de 1,4 million de rials pour 1 dollar américain (contre environ 70 rials pour 1 dollar avant la révolution islamique de 1979 et 32 000 rials lors de l’accord nucléaire de 2015). Cette dévaluation a exacerbé les difficultés quotidiennes des Iraniens et alimenté la colère populaire.
Mercredi a été marqué par une intensification des protestations, avec des rassemblements signalés dans de nombreuses villes et provinces à travers le pays. Des vidéos diffusées en ligne montrent notamment l’utilisation de canons à eau contre les manifestants à Chiraz. L’agence de presse officielle IRNA a fait état de manifestations à Bojnourd, Kerman et Kermanshah, mais reste globalement discrète sur l’ampleur des événements.
Pour l’heure, les autorités iraniennes n’ont pas eu recours à une répression massive, contrairement à ce qu’elles avaient fait lors des manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini en 2022. Cependant, des incidents violents ont été signalés, notamment le meurtre d’un colonel de police près de Téhéran et la mort de deux membres des forces de sécurité lors d’une fusillade à Lordegan, dans la province de Chaharmahal et Bakhtiari.
L’absence de leadership clair au sein du mouvement de protestation constitue un défi pour les autorités iraniennes. Nate Swanson, de l’Atlantic Council, souligne que
« L’absence d’alternative viable a sapé les manifestations passées en Iran. »
Nate Swanson, Atlantic Council
Il rappelle que l’appareil de sécurité iranien a systématiquement réprimé et exilé les figures de l’opposition potentielle.
Le prince héritier iranien en exil, Reza Pahlavi, a lancé un appel à la mobilisation, invitant les citoyens à manifester depuis leurs fenêtres et leurs toits jeudi et vendredi soir à 20 heures (16h30 GMT). Les déclarations du président américain Donald Trump, promettant un soutien aux manifestants en cas de répression violente, ont suscité une vive réaction de la part du ministère iranien des Affaires étrangères, qui les a qualifiées d’hypocrites et de tentatives de manipulation de l’opinion publique. Le Département d’État américain a quant à lui diffusé des images de manifestants affichant le nom de Trump et jetant du riz subventionné par le gouvernement, soulignant l’absurdité d’une politique des prix qui nuit à la fois aux consommateurs et aux agriculteurs.
Parallèlement, Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix, reste emprisonnée par les autorités. Son fils, Ali Rahmani, a déclaré que
« Depuis le 28 décembre, le peuple iranien est descendu dans la rue, tout comme il l’a fait en 2009 et 2019. A chaque fois, les mêmes revendications revenaient : la fin de la République islamique, la fin de ce régime patriarcal, dictatorial et religieux, la fin des religieux, la fin du régime des mollahs. »
Ali Rahmani, fils de Narges Mohammadi
L’Iran a connu une série de manifestations au cours des dernières années, exacerbées par les sanctions internationales et les tensions régionales, notamment la récente confrontation avec Israël en juin. La situation actuelle reste fragile et l’évolution des événements dépendra de la réaction des autorités iraniennes et de la capacité des manifestants à maintenir leur mobilisation.
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