Publié le 14 décembre 2023 10:30. Un accord de principe a été conclu entre les médecins de famille du Québec et le gouvernement provincial, évitant ainsi une crise potentielle dans l’accès aux soins primaires et le départ massif de médecins vers d’autres provinces.
- Les médecins de famille québécois et le gouvernement ont trouvé un terrain d’entente concernant le projet de loi 2, qui lie une partie de la rémunération des médecins à des objectifs de performance.
- La mise en œuvre du projet de loi est reportée au 28 février pour permettre aux médecins d’examiner les détails de l’accord.
- Des centaines de médecins avaient menacé de quitter la province ou de fermer leurs cliniques si un accord n’était pas trouvé.
Après des mois de tensions et de désaccords, le gouvernement du Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ont annoncé jeudi matin la conclusion d’un accord de principe. Cette entente intervient quelques semaines seulement avant l’entrée en vigueur de réformes controversées qui menaçaient la pérennité de nombreuses cliniques de médecine familiale et incitaient des médecins à chercher des opportunités d’emploi dans d’autres provinces, notamment en Ontario.
Le projet de loi 2, au cœur du conflit, prévoyait de lier une partie de la rémunération des médecins à l’atteinte d’objectifs de performance collective. Cette approche avait suscité une vive opposition de la part des médecins, qui craignaient qu’elle nuise à la qualité des soins et à leur autonomie professionnelle. Au cours des derniers mois, plus de 260 médecins québécois ont déposé une demande de permis d’exercer en Ontario, tandis que de nombreuses cliniques de médecine familiale ont exprimé leur inquiétude quant à leur viabilité financière.
Dans un communiqué, la FMOQ a remercié le premier ministre François Legault pour son intervention personnelle, qui a permis de relancer les négociations et de parvenir à un accord. La fédération a souligné que l’objectif principal était de « stopper le désengagement et le départ des médecins de famille québécois et d’accroître l’accès des Québécois à la médecine familiale. » L’entente sera présentée aux membres de la FMOQ à compter de vendredi, en vue d’un vote dans les jours qui suivront.
« Nous sommes conscients que le moral des médecins de famille – comme celui de plusieurs de leurs patients – a été mis à rude épreuve », a déclaré la FMOQ. « L’engagement et la motivation des médecins de famille demeurent essentiels pour l’avenir du front et pour la santé de la population québécoise, et la FMOQ estime que cette entente de principe constitue un pas concret en ce sens. »
France-Élaine Duranceau, présidente du Conseil du Trésor du Québec, n’a pas souhaité divulguer les détails de l’accord, se contentant de réaffirmer que le projet de loi 2 visait à moderniser le mode de rémunération des médecins et à améliorer l’accès aux soins primaires. « Je ne commenterai pas davantage l’entente parce que nous voulons laisser la FMOQ en partager les détails avec ses membres », a-t-elle précisé.
Initialement prévu pour le 1er janvier, l’entrée en vigueur du projet de loi 2 a été reportée au 28 février, afin de donner aux médecins le temps d’examiner l’accord de principe. Si l’entente est approuvée, la législation sera modifiée en conséquence. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a déclaré que, si l’accord est ratifié, « s’il y a un gagnant dans tout ça, ce sont bien les Québécois. »
Il reste à déterminer si l’accord permettra aux GMF (groupements de médecine familiale) de maintenir leurs activités. Plusieurs responsables de GMF ont refusé de commenter la situation, en attendant que la FMOQ présente l’entente à ses membres.
Le Dr Robert Pilarski, médecin de famille à La Licorne, une clinique du centre-ville de Montréal, s’est dit « soulagé » par l’annonce de l’accord. Il a affirmé que sa clinique aurait été contrainte de fermer si les réformes avaient été mises en œuvre comme prévu le 1er janvier. Pilarski a indiqué qu’il participerait à un webinaire vendredi pour en savoir plus sur les détails de l’entente.
« J’espère que cela sera modifié d’une manière que nous pourrons tous accepter. »
Dr Robert Pilarski, médecin de famille à La Licorne
Malgré l’accord de principe, Ruba Ghazal, co-porte-parole du parti d’opposition Québec Solidaire, a critiqué le processus de négociation, le qualifiant d’échec. Elle a souligné que la crise avait semé le chaos au sein du système de santé.
« Pour les patients, c’est très, très problématique. »
Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec Solidaire
Le gouvernement du Québec poursuit également les négociations avec les médecins spécialistes, également concernés par le projet de loi 2. France-Élaine Duranceau a indiqué que des discussions étaient en cours avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).