Publié le 29 novembre 2023. Des centaines de migrants, majoritairement vénézuéliens, sont bloqués à la frontière entre le Chili et le Pérou, pris au piège par la fermeture de la frontière péruvienne et la crainte d’expulsions massives au Chili suite aux élections présidentielles.
- Le Pérou a déclaré l’état d’urgence à sa frontière avec le Chili pour empêcher l’entrée de migrants chiliens.
- L’extrême droite José Antonio Kast, favori pour le second tour de la présidentielle chilienne, promet l’expulsion de 330 000 migrants sans papiers.
- Les migrants, confrontés au manque de nourriture et d’eau, se retrouvent dans une situation désespérée, sans savoir où aller.
La situation à la frontière chilien-péruvienne est devenue critique. Des dizaines de personnes, épuisées par un long voyage et exposées au soleil brûlant du désert, campent le long de la “Ligne de la Concorde”, une portion d’autoroute d’un kilomètre qui marque la séparation entre les deux pays. Le Pérou a renforcé sa présence militaire et policière, refusant l’accès aux migrants qui tentent de quitter le Chili.
Milbayajaira Rivas, une infirmière vénézuélienne de 56 ans, fait partie de ceux qui sont bloqués. Elle tentait de quitter le Chili par Arica, mais s’est retrouvée prise au piège par la décision du Pérou de fermer ses frontières.
« Nous ne mangeons pas bien. Pour subvenir à nos besoins, nous devons aller là-bas. Au Pérou, ils ne veulent plus de Vénézuéliens. Nous ne savons pas ce que nous allons faire »
Milbayajaira Rivas, infirmière vénézuélienne
Le gouvernement péruvien a justifié son action en invoquant la nécessité de contrôler les flux migratoires et de garantir la sécurité de ses frontières. Le ministre péruvien des Affaires étrangères, Hugo de Zela, a affirmé que le Pérou ne pouvait plus accepter de migrants en situation irrégulière.
La situation est d’autant plus préoccupante que le second tour de l’élection présidentielle chilienne approche, prévu le 14 décembre. José Antonio Kast, candidat d’extrême droite, est donné favori face à la candidate de gauche, Jeannette Jara. Kast a fait de l’expulsion des migrants sans papiers une promesse centrale de sa campagne, accusant ces derniers d’être responsables de la montée de l’insécurité. Il estime leur nombre à environ 330 000, la majorité étant des Vénézuéliens.
Billy González, un technicien en optique de 48 ans, exprime son désespoir :
« Amenez au moins un bus, laissez chacun payer son billet et emmenez-nous en Équateur pour continuer la route vers le Venezuela »
Billy González, technicien en optique vénézuélien
Le nombre de migrants sans papiers au Chili a connu une augmentation spectaculaire ces dernières années, passant d’environ 10 000 en 2018 à un chiffre estimé à 330 000 en 2024, selon le Service des migrations. La majorité de ces migrants sont originaires du Venezuela.
Diego Paco, le gouverneur régional d’Arica, a exprimé son inquiétude quant aux conditions de vie des personnes bloquées à la frontière, soulignant la présence d’enfants et le risque de maladies liées au froid.
Ce n’est pas la première fois que le Pérou renforce la sécurité de sa frontière avec le Chili. En avril 2023, un état d’urgence similaire avait été décrété pendant deux mois en raison d’une augmentation du flux de migrants vénézuéliens.
Au Chili, les migrants sans papiers ont accès aux services de santé et peuvent inscrire leurs enfants dans les écoles publiques. Cependant, la menace d’expulsion les pousse à fuir, craignant de perdre les maigres biens qu’ils ont pu acquérir.
« Si j’achète un réfrigérateur, une cuisinière et que d’un coup ils effectuent une opération (…) ils ne vont pas m’emmener chez moi pour chercher ce qui est à moi, ce pour quoi j’ai travaillé dur »
Billy González, technicien en optique vénézuélien
Une partie de la population chilienne associe la migration irrégulière à une augmentation de la criminalité, bien que le Chili reste l’un des pays les plus sûrs de la région. Cette perception alimente le discours anti-immigration et renforce les promesses d’expulsion de José Antonio Kast.
