Publié le 24 novembre 2025 à 06h00. Des images inédites datant de la Seconde Guerre mondiale, montrant des officiers allemands en pleine célébration dans un hôtel néerlandais, ont été découvertes dans les archives d’Alkmaar, offrant un témoignage rare de la vie durant l’occupation.
- Des images d’archives exceptionnelles révèlent des officiers allemands festoyant à l’hôtel Proot d’Alkmaar pendant la Seconde Guerre mondiale.
- La découverte, faite aux Archives régionales d’Alkmaar, comprend des séquences filmées montrant des interactions entre militaires allemands et le personnel de l’hôtel.
- Des experts estiment que ces images sont uniques en leur genre et apportent un éclairage nouveau sur la collaboration et la vie quotidienne sous l’occupation.
Une boîte rouillée contenant une bande de film granuleuse et dégradée a récemment fait son apparition aux Archives régionales d’Alkmaar. Ces images exceptionnelles témoignent d’une fête organisée à l’hôtel Proot, où des officiers supérieurs allemands se sont réunis avec le personnel de l’établissement pendant la Seconde Guerre mondiale.
Selon Jesse van Dijl, des archives d’Alkmaar, la découverte est d’autant plus significative qu’elle comble une lacune dans les archives visuelles de cette période. « Il est bien connu qu’il y avait beaucoup de fête pendant la guerre », explique-t-il, « mais nous n’avions jamais eu d’images animées pour l’illustrer auparavant. »
Le chercheur Harco Gijsbers, de l’Institut NIOD pour l’étude de la guerre, de l’Holocauste et du génocide, confirme l’importance de cette découverte. « En 26 ans de métier, je n’ai jamais vu de telles images. Il existait quelques photographies, mais jamais de séquences filmées. »
Les images montrent des personnes fumant, buvant, jouant de la musique et riant, offrant un aperçu inhabituel de l’atmosphère qui régnait lors de ces rassemblements. L’arrivée d’un haut responsable SS à Alkmaar pourrait être à l’origine de cette fête, rassemblant différents corps de l’armée allemande. « Il y a des SS, des membres de la Wehrmacht et je vois aussi un officier de marine de très haut rang », précise Gijsbers. Il souligne que la présence conjointe de ces différentes branches militaires était rare, en raison de potentielles tensions.
La collaboration avec les Allemands, visible sur les images avec le personnel de l’hôtel Proot, n’est pas surprenante pour Van Dijl. « Cela s’est produit partout dans le pays », explique-t-il. « Pour beaucoup de gens, c’était un moyen de survivre dans une situation désespérée. »
Il est frappant que ces images aient été préservées, car de nombreux documents ont été détruits à l’approche de la libération. « Les gens avaient peur qu’elles soient utilisées comme preuve contre eux après la guerre », explique Van Dijl.
L’hôtel d’Alkmaar était également un lieu de rencontre fréquent pour le NSB, le parti national-socialiste néerlandais, dirigé par Anton Mussert. « Mussert y mangeait parfois et le NSB y organisait des soirées cinéma et des rassemblements », précise Gijsbers. Des fêtes régulières y étaient vraisemblablement organisées, le propriétaire de l’hôtel étant d’origine allemande.
Les proches de l’ancien hôtelier ont également visionné les images, les trouvant à la fois douloureuses et poignantes. « Ils ont découvert un aspect de leur grand-père, qui avait été lourdement condamné après la guerre, qu’ils ne connaissaient pas », explique Van Dijl, qui est en contact avec les petits-enfants.
Malgré la complexité de la situation, la famille estime qu’il est important que ces images soient rendues publiques. « Ils reconnaissent qu’il s’agit de documents historiques précieux, mais ils sont également confrontés à une ambivalence émotionnelle. »
L’origine exacte du film et l’identité du cinéaste restent inconnues. « Nous savons seulement qu’il a été filmé pour le compte des Allemands », explique Van Dijl. « Il était strictement interdit de filmer à cette époque, passible de la peine de mort. »