Publié le 2024-02-29 14:35:00. Félix Swahn, réalisateur suédois reconnu pour son film primé Être un chien, partage son parcours personnel marqué par l’autisme et son combat pour l’inclusion, appelant à la patience et à la compréhension envers les personnes neurodivergentes.
Félix Swahn a vu ses films projetés dans des festivals à travers le monde. Son œuvre la plus célèbre, Être un chien, explore avec sensibilité le sentiment de différence et d’isolement, thèmes qui résonnent profondément avec son propre vécu. Ces expériences intimes sont au cœur de son autobiographie, Ma vie de Félix – grandir avec l’autisme et le désir d’appartenance.
Dans un entretien accordé à Special Nest, Félix Swahn a délivré un message poignant :
« Je sais que la vie d’une personne autiste peut être très difficile et dure à bien des égards, mais je veux que tu saches que même si cela semble désespéré, tu ne devrais pas abandonner. »
Félix Swahn, réalisateur
Son livre révèle les difficultés rencontrées dès la maternelle. L’environnement chaotique et imprévisible de l’école préscolaire l’a empêché de s’exprimer verbalement et l’a conduit à éviter le contact visuel. Pour gérer les émotions intenses, il a développé un tic, un remuement des mains. N’étant pas encore capable de communiquer verbalement, il n’avait pas les mots pour exprimer ce qu’il ressentait. Quelques années plus tard, une rencontre fortuite avec son ancienne institutrice de maternelle l’a surpris : elle se souvenait de ses années préscolaires avec une précision inattendue.
Félix Swahn souligne l’importance de reconnaître la compréhension et l’expérience des enfants non verbaux :
« Il est important que ceux qui rencontrent des enfants qui ne parlent pas cette langue comprennent que ces enfants peuvent quand même comprendre et expérimenter ce dans quoi ils sont impliqués. La communication ne se limite pas à la langue parlée. »
Félix Swahn, réalisateur
Diagnostiqué autiste à l’âge de cinq ans, Félix Swahn a d’abord intégré une école spécialisée avant de se battre pour intégrer le système scolaire ordinaire, une victoire dont il est aujourd’hui très fier. Il affirme que cette intégration lui a permis de développer ses compétences sociales et de bénéficier d’une meilleure formation :
« L’école ordinaire m’a permis de communiquer davantage et d’acquérir une meilleure formation sociale que si j’étais restée dans l’école spéciale. Cela a été très éducatif pour moi. »
Félix Swahn, réalisateur
Pendant ses années scolaires, il a souvent ressenti un sentiment d’exclusion, aspirant à nouer des amitiés sincères. Sur l’initiative de sa mère, ils ont mené des entretiens avec ses camarades de classe afin de mieux comprendre leurs perspectives. Ces échanges ont révélé une vérité surprenante :
« Les entretiens m’ont fait comprendre que d’autres pouvaient aussi se sentir seuls, je n’avais pas compris ça. J’ai aussi réalisé que mes camarades de classe n’étaient pas toujours avec les autres. Ils étaient aussi souvent seuls mais utilisaient leur solitude pour faire quelque chose de bien en ayant différents projets. »
Félix Swahn, réalisateur
Il a également appris que ses camarades appréciaient sa présence, un sentiment qu’il n’avait pas perçu auparavant.
Avec le recul, Félix Swahn regrette de ne pas s’être davantage concentré sur les personnes qui souhaitaient être ses amies, plutôt que sur celles qui le rejetaient. Son frère Caspar l’a aidé à comprendre la différence entre la quantité et la qualité des relations :
« Il ne s’agit pas du nombre d’amis que vous avez, mais du fait que les amitiés que vous entretenez sont bonnes. »
Félix Swahn, réalisateur
Il évoque également son besoin de répétition, de poser les mêmes questions encore et encore, une manière de trouver un sentiment de sécurité et de comprendre le monde qui l’entoure. Cette habitude, bien que parfois irritante pour son entourage, était une réponse à une expérience traumatisante : la découverte qu’il était scolarisé dans une école spécialisée, alors qu’il pensait fréquenter une école ordinaire. Il ressentait alors le besoin impérieux d’obtenir des explications.
Félix Swahn lance un appel à la patience envers les personnes autistes :
« Quand j’étais dans une école spéciale et que j’ai commencé dans une école ordinaire, c’était tellement excitant et un monde complètement nouveau pour moi. Beaucoup de gens m’ont dit bonjour mais je n’ai pas répondu. Ce n’était pas parce que je n’étais pas intéressé mais parce que j’étais trop stimulé. »
Félix Swahn, réalisateur
Il souligne que le manque de réponse n’est pas un signe de désintérêt, mais simplement le besoin de temps pour s’adapter.
Aujourd’hui, Félix Swahn travaille comme animateur et illustrateur indépendant et a créé un atelier d’art pour les personnes handicapées. Il aspire à réaliser davantage de courts et de longs métrages d’animation et à ouvrir son propre studio. Il conclut en affirmant que l’autisme peut être une force, en particulier lorsqu’il est associé à un intérêt passionné :
« De nombreuses personnes autistes ont le sentiment que la vie peut être très difficile et que l’autisme les gêne et les limite. Cela peut être difficile, mais être capable d’approfondir votre intérêt particulier est certainement une force lorsque vous êtes autiste qui peut vous aider à avancer. »
Félix Swahn, réalisateur
