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Les parasites intestinaux romains ont survécu à l’éruption du Vésuve qui a dévasté Herculanum

by Sophie Martin

Publié le 4 janvier 2026 à 09h44. Une étude paléoparasitologique inédite révèle que les habitants d’Herculanum, ensevelis par l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C., étaient fréquemment porteurs de parasites intestinaux, offrant un aperçu fascinant de leur quotidien et de leur état de santé.

  • Les chercheurs ont identifié des œufs de parasites intestinaux chez 67 % des individus analysés.
  • L’étude met en évidence des conditions sanitaires précaires, malgré la prospérité apparente de la ville portuaire.
  • La découverte de parasites liés à la consommation de poisson suggère un régime alimentaire varié, mais potentiellement risqué.

Près de deux mille ans après la catastrophe qui a figé dans le temps la ville d’Herculanum, ses entrailles continuent de livrer des secrets. Une nouvelle recherche, basée sur l’analyse des restes pelviens de plus de 40 individus retrouvés dans les abris côtiers de la ville, a révélé la présence de parasites intestinaux qui infestaient leurs corps au moment de l’éruption du Vésuve. Cette étude offre une fenêtre microscopique sur la vie quotidienne des Romains, leurs habitudes alimentaires et les maladies dont ils étaient affligés dans cette ville portuaire florissante de l’Empire.

Les squelettes proviennent de refuges voûtés en bord de mer où des dizaines de personnes cherchaient désespérément à se protéger de la nuée volcanique. L’exceptionnelle conservation du site a permis aux chercheurs de récupérer des échantillons sédimentaires de la région pelvienne, contenant parfois des matières organiques partiellement fossilisées. L’équipe a analysé des spécimens provenant de 48 individus, en utilisant des techniques microscopiques et moléculaires pour détecter la présence d’œufs de parasites. Les résultats sont sans appel : « Des œufs d’helminthes intestinaux ont été détectés chez 67 % des individus analysés », soulignent les auteurs de l’étude.

Un laboratoire sous les cendres

Cette forte prévalence suggère que les infections intestinales étaient monnaie courante au sein de la population d’Herculanum, quel que soit l’âge ou le sexe. Contrairement aux études traditionnelles basées sur l’analyse des latrines ou des sols urbains, cette recherche se concentre sur des squelettes individuels, permettant d’associer les infections à des personnes spécifiques. La plupart des parasites ont été identifiés chez des adultes, mais au moins trois jeunes enfants étaient également porteurs de ces infestations.

La conservation exceptionnelle des restes est due à l’ensevelissement rapide sous les cendres volcaniques et aux températures élevées qui ont scellé l’environnement en quelques heures, protégeant ainsi les matières organiques de la décomposition. Dans certains cas, les chercheurs ont même pu identifier des restes de fibres musculaires, de tissus mous et de contenu intestinal partiel.

Quatre parasites, une ville vulnérable

Les chercheurs ont identifié quatre types de parasites intestinaux : Trichuris trichiura (trichocéphale), Ascaris lumbricoides (ascaris), Diphyllobothrium (le ténia du poisson) et Entamoeba histolytica/dispar (un protozoaire responsable de la dysenterie). Les deux premiers sont transmis par la contamination fécale de l’eau ou des aliments, ce qui indique des conditions sanitaires inadéquates, même dans une ville urbaine prospère. La présence d’Entamoeba renforce cette hypothèse : ce protozoaire provoque une diarrhée aiguë potentiellement mortelle, particulièrement chez les personnes souffrant de malnutrition.

La découverte d’œufs de Diphyllobothrium est plus surprenante. Ce ténia est contracté en consommant du poisson cru ou insuffisamment cuit, ce qui suggère qu’une partie de la population d’Herculanum consommait du poisson marin mal préparé, ce qui correspond à son statut de ville portuaire en contact avec de nombreuses routes commerciales.

Différentes formes d’œufs d’Ascaris observées sur des sites archéologiques en Europe et en Asie, montrant des différences de conservation et de morphologie en fonction de l’environnement. Source : PLOS Maladies tropicales négligées

Bien manger n’est pas toujours une alimentation sûre

Herculanum était une ville prospère, bénéficiant d’un accès aux produits frais, au commerce maritime et à des maisons dotées de latrines privées. Cependant, cette étude démontre que cela ne garantissait pas une santé intestinale sans infection. La transmission fécale-orale restait active, probablement en raison du déversement des eaux usées dans la mer ou de leur réutilisation comme engrais.

Selon les auteurs, « la forte prévalence d’helminthes tels que Trichuris et Ascaris suggère une exposition constante et généralisée à des déchets humains contaminés ». Cela témoigne d’une défaillance structurelle des systèmes d’assainissement, au-delà du luxe apparent de nombreuses demeures.

La découverte du ténia du poisson ajoute une nuance supplémentaire : elle indique que le régime alimentaire pouvait être diversifié, mais aussi risqué, notamment dans un contexte où la cuisson n’était pas toujours complète ou où le poisson était préparé fumé ou salé, des techniques qui n’éliminent pas les œufs de parasites.

Les restes humains comme archives de santé collectives

Cette étude ne se limite pas à identifier des maladies, elle offre également des informations précieuses sur la mobilité, le commerce et la vie quotidienne dans l’Empire romain. Les parasites identifiés sont courants dans les climats tempérés et se transmettent par des pratiques courantes telles que l’agriculture, la cuisine ou l’hygiène.

Les chercheurs soulignent que ces résultats « ajoutent une couche importante aux connaissances sur la santé publique dans les villes romaines et nous permettent d’explorer les différences régionales grâce à des données biologiques directes ». En d’autres termes, la tragédie d’Herculanum a également laissé un héritage scientifique inattendu : la possibilité d’étudier la vulnérabilité biologique d’une société avancée dont les infrastructures n’ont pas pu empêcher les parasites de cohabiter avec la splendeur de ses mosaïques.

Références

  • Giovanna Da Vela, Silvia Soncin, Roger Dimo-Simonin, Chiara Villa, Silvia Aneli, Gloria Gonzalez Fortes, Francesco Sirano, Pier Francesco Fabbri. Parasites intestinaux chez des individus de l’époque romaine qui ont péri lors de l’éruption du Vésuve à Herculanum, en Italie. PLOS Maladies tropicales négligées 2024. https://doi.org/10.1371/journal.pntd.0013135.

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