Publié le 17 novembre 2025 à 23h11. Face à une Russie jugée de plus en plus menaçante et à l’incertitude concernant l’engagement américain en Europe, l’Union européenne doit renforcer ses propres garanties de sécurité, au-delà de l’article 5 de l’OTAN, selon le commissaire européen Andrus Kubilius.
- Le commissaire européen lituanien Andrus Kubilius plaide pour des garanties de sécurité multiples pour l’UE, complétant l’article 5 de l’OTAN.
- Il suggère d’activer l’article 42(7) du traité de l’UE, actuellement considéré comme moins robuste que l’article 5 de l’OTAN, et de créer un mécanisme clair pour sa mise en œuvre.
- L’UE prévoit d’investir jusqu’à 800 milliards d’euros (Mds €) dans la défense d’ici 2030, en se concentrant sur des domaines prioritaires tels que les munitions et les drones.
L’Union européenne doit se doter de mécanismes de défense plus robustes pour faire face à une Russie dont la puissance militaire ne cesse de s’affirmer, a mis en garde Andrus Kubilius lors de la conférence “Défense des États baltes 2025 : leçons de l’Ukraine” à Vilnius. L’ancien Premier ministre lituanien souligne que l’histoire de son pays lui a appris la nécessité de multiplier les assurances en matière de sécurité.
« Nous, les Lituaniens, avons compris au cours de notre histoire qu’il valait mieux se donner de nombreuses garanties de sécurité », a-t-il déclaré. Il a notamment évoqué l’article 42(7) du Traité sur l’Union européenne, qui prévoit une clause de défense mutuelle depuis 2009, mais qui est traditionnellement perçue comme moins contraignante que l’article 5 de l’OTAN. Kubilius propose de renforcer cette clause en lui adjoignant un mécanisme d’application précis.
Il a également suggéré d’étendre la protection mutuelle à l’ensemble des pays d’Europe de l’Est, sur le modèle de l’engagement de défense collective existant. De plus, il a évoqué la possibilité d’intégrer l’armée ukrainienne, forte de son expérience du conflit, dans les dispositifs de sécurité européens.
Cette demande intervient alors que plusieurs agences de renseignement européennes anticipent une possible tentative de la Russie de tester l’article 5 de l’OTAN avant la fin de la décennie. En réponse, les États européens augmentent leurs budgets militaires. La Commission européenne a ainsi présenté une proposition d’investissement massif de jusqu’à 800 Mds € dans la défense d’ici 2030, ciblant neuf domaines prioritaires, dont les munitions, les drones, et quatre projets « phares » nécessitant un financement urgent, notamment la « Surveillance du flanc oriental » et le « Mur de drones », destinés à protéger les pays frontaliers contre les opérations hybrides russes et les violations de l’espace aérien.
L’évolution de l’engagement américain en Europe constitue un autre facteur d’inquiétude. Les déclarations passées de l’ancien président américain Donald Trump sur le partage des coûts de la défense et la remise en question du soutien américain à l’OTAN ont suscité des interrogations. Récemment, Washington a annoncé qu’elle ne remplacerait pas une de ses brigades en Roumanie, une décision que les États-Unis, la Roumanie et le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, ont cherché à minimiser.
L’appel de Kubilius fait écho aux préoccupations exprimées par l’ancien président du Comité militaire de l’Union européenne, le général Robert Brieger, qui avait déjà souligné que l’article 42(7) du traité de l’UE n’était « pas adapté à l’avenir ». Le commissaire européen a également annoncé qu’il présenterait mercredi deux nouvelles initiatives de défense : l’une visant à intégrer des technologies de pointe telles que l’intelligence artificielle (IA) et la technologie quantique dans l’industrie de la défense, et l’autre à améliorer et accélérer la mobilité militaire sur le continent européen.
