Home NouvellesLes personnes que personne d’autre ne veut accueillir finissent dans le refuge d’urgence

Les personnes que personne d’autre ne veut accueillir finissent dans le refuge d’urgence

by Nicolas Lefèvre

Après cinq ans passés au sein de l’établissement, Kai B. a retrouvé une stabilité et une sérénité qu’il pensait perdues. La maison de transit Anker, à Winterthour, célèbre cette année ses 15 ans d’existence, témoignant d’un engagement continu envers les personnes les plus vulnérables.

La directrice de l’Anker, Marina Brunner, constate un changement notable dans le profil des personnes accueillies : elles sont plus jeunes et leur situation est de plus en plus complexe. « Nous sommes souvent le dernier endroit où ils sont autorisés à entrer », explique-t-elle, soulignant le rôle crucial de l’établissement pour ceux que la société semble avoir abandonnés.

Kai B., 30 ans, incarne l’espoir que l’Anker peut offrir. Après six mois de vie dans la rue, il a trouvé refuge et un accompagnement précieux au sein de l’établissement. Il évoque une enfance marquée par la négligence, la violence et l’humiliation, qui l’ont conduit à chercher refuge dans la drogue et l’alcool. Il a même tenté de mettre fin à ses jours à l’âge de 12 ans. Un accident du travail durant son apprentissage de maçon, suivi de l’expatriation de son père, l’ont précipité dans la précarité.

« Ici, j’ai trouvé la paix et je me suis remis sur pied », témoigne Kai B., aujourd’hui sobre et mentalement stable. Il vit depuis quatre ans dans un logement avec services, situé aux deux derniers étages de l’Anker, lui permettant de bénéficier d’un espace personnel et d’une certaine autonomie.

Marina Brunner dirige l’Anker depuis douze ans, un établissement géré par l’Armée du Salut de Winterthour en collaboration avec la ville. Les nuits sont gratuites, les frais étant pris en charge par les services sociaux. L’établissement, qui compte douze lits, offre bien plus qu’un simple hébergement : une écoute attentive, une compréhension sans jugement, un repas chaud et un soutien thérapeutique.

L’Anker a récemment fait l’objet de rénovations importantes : nouvelle cuisine, sols refaits, murs fraîchement repeints. « Depuis, les habitants font un peu plus d’efforts pour garder les choses en ordre », observe Marina Brunner. Ces améliorations matérielles s’accompagnent d’une évolution dans le profil des personnes accueillies. Si les citoyens suisses étaient majoritaires par le passé, l’établissement constate désormais une parité, avec une augmentation notable des personnes originaires d’Ukraine, souvent exclues d’autres structures d’hébergement en raison de comportements difficiles.

Marina Brunner insiste sur l’importance de ne pas considérer les résidents comme des « cas sociaux », mais comme des individus à part entière, ayant besoin d’être pris au sérieux et d’être accompagnés dans leur cheminement vers l’autonomie. « Ces personnes n’ont pas besoin d’aide, mais plutôt d’une compréhension d’elles-mêmes et des instructions qui en découlent pour s’auto-aider », explique-t-elle. Elle souligne également l’importance de la formation continue, ayant suivi des cours en communication non violente, en travail social auprès des malades mentaux et en thérapie par la danse et le mouvement.

Le samedi 6 décembre, l’Anker célébrera sa rénovation et son 15e anniversaire avec un apéritif, un atelier de fabrication de bougies et un dîner dans la cour, ouvert à tous.

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