Publié le 29 octobre 2023. Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ne touchent pas uniquement les personnes âgées : bien que rares, ils peuvent survenir chez les enfants et les adolescents, nécessitant une prise en charge médicale urgente pour limiter les séquelles.
- Chaque année, la Journée mondiale de l’AVC, célébrée le 29 octobre, sensibilise à cette pathologie grave qui survient lorsque l’apport sanguin au cerveau est interrompu.
- Contrairement aux adultes, où les AVC ischémiques sont les plus fréquents, les enfants présentent une proportion plus équilibrée entre AVC ischémiques (59 %) et hémorragiques (41 %).
- Le temps est un facteur crucial : une intervention rapide permet de minimiser les dommages cérébraux et d’améliorer les chances de récupération.
Les accidents vasculaires cérébraux, plus communément associés aux personnes de plus de 60 ans, peuvent également frapper les nourrissons, les enfants et les adolescents. Si les mécanismes sont parfois différents de ceux observés chez l’adulte, la nécessité d’une prise en charge médicale immédiate reste primordiale pour limiter l’étendue des lésions cérébrales et favoriser la guérison.
Un AVC se produit lorsque le flux sanguin vers le cerveau est interrompu, privant les cellules cérébrales d’oxygène et de nutriments essentiels. Il existe deux types principaux d’AVC : l’AVC ischémique, causé par un blocage d’une artère par un caillot, et l’AVC hémorragique, résultant de la rupture d’une artère.
Selon une étude publiée dans PubMed, la base de données de la Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis, sur 10 688 enfants diagnostiqués avec un AVC, 59 % étaient d’origine ischémique et 41 % hémorragique. Ces proportions peuvent varier selon les régions géographiques.
L’incidence des AVC chez les enfants est estimée entre 3 et 6 cas pour 100 000 personnes, selon l’ Hôpital Garrahan. Pendant la période néonatale, ce chiffre grimpe à 27 ou 29 pour 100 000. Un nouveau-né sur 3 500 serait touché par un AVC, quel que soit son type.
Le Royal Children’s Hospital de Melbourne, l’un des plus grands hôpitaux pédiatriques au monde, estime que le taux de mortalité lié aux AVC chez l’enfant se situe entre 5 et 10 %.
Le neurologue Gabriel Orzuz, de l’hôpital San Bernardo de Salta, souligne l’aspect inhabituel de ces événements chez les enfants :
« Ce n’est pas courant. En fait, il est souvent difficile pour les équipes médicales de penser à un AVC lorsqu’un enfant présente des symptômes neurologiques. »
Il précise que les nouveau-nés de moins d’un mois, en particulier les prématurés ou ceux présentant des malformations congénitales, présentent un risque accru. Une fois cette période passée, la probabilité diminue.
L’ Organisation internationale de l’AVC pédiatrique met en garde contre les conséquences graves d’un AVC chez l’enfant : entre 60 et 70 % des patients présentent une invalidité à long terme, 15 à 20 % développent une épilepsie ischémique et plus de 17 % une épilepsie hémorragique, environ 46 % souffrent de troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), 41 % de troubles du langage et 59 % de troubles psychiatriques.
Les signes avant-coureurs d’un AVC chez les jeunes enfants diffèrent souvent de ceux observés chez les adultes. Selon la neurologue Maria Celeste Boumpadre, de l’hôpital Garrahan :
« Chez les nouveau-nés, les convulsions survenant après 24 heures de vie sont un symptôme cardinal. Ils ne présentent pas de déficits moteurs ni d’hémiparésie. Une encéphalopathie, c’est-à-dire une altération de la conscience, peut également survenir. »
Des changements dans le tonus musculaire ou un refus de s’alimenter peuvent également être observés.
Chez les enfants plus âgés et les adolescents, certains symptômes sont similaires à ceux des adultes : arrêt de la parole, paralysie d’un côté du corps, affaissement du visage, perte d’équilibre ou maux de tête intenses. Les adolescents peuvent également signaler des troubles de la vision.
D’autres symptômes possibles incluent des vomissements, des nausées, des difficultés à avaler, une raideur de la nuque, une somnolence ou des vertiges.
Orzuz souligne que les symptômes varient en fonction du stade de développement de l’enfant :
« Les symptômes dépendront de l’état de développement de l’enfant. Par exemple, s’il ne marche pas, les troubles de la mobilité ne pourront pas être détectés et s’il ne parle pas, les problèmes de ce type ne pourront pas non plus être identifiés. »
Il recommande une vigilance accrue face aux changements de comportement.
Boumpadre distingue les causes des AVC pédiatriques de celles observées chez les adultes :
« Contrairement aux adultes, où les facteurs de risque comme l’hypertension, l’obésité, la sédentarité ou le tabagisme peuvent être modifiés, en pédiatrie, les causes sont différentes et ne peuvent pas être corrigées par des changements de comportement. »
Les problèmes artériels sont la cause la plus fréquente d’AVC chez l’enfant. Un antécédent familial d’AVC, en particulier chez les personnes de moins de 50 ans, doit également alerter.
Orzuz évoque également les origines possibles des AVC en pédiatrie : malformations congénitales, maladies génétiques, troubles de la coagulation sanguine, infections ou vascularites.
La prévention diffère également de celle des adultes. En cas de maladie sous-jacente, un traitement spécifique est nécessaire, par exemple un traitement anticoagulant en cas de problème cardiaque ou un suivi rigoureux en cas de maladie hématologique.
Boumpadre explique les procédures médicales en cas d’AVC chez l’enfant :
« Dans la fenêtre thérapeutique, un traitement hyperaigu peut être mis en œuvre, c’est-à-dire une revascularisation ou une reperfusion, comme chez l’adulte. Il y a une étape de neuroprotection et il faut empêcher que le cerveau continue à souffrir et que la zone d’infarctus ne s’agrandisse. »
Orzuz insiste sur l’importance d’une intervention rapide :
« Le temps est vital car plus tôt la reperfusion artérielle est effectuée, moins les neurones mourront. Dans les premières heures, un thrombolytique peut être utilisé chez les enfants, c’est-à-dire un médicament permettant d’ouvrir l’artère en cas de caillot, ou une thrombectomie mécanique, qui consiste à retirer mécaniquement le caillot à l’aide d’un cathéter. »
Après les premières heures, ces options ne sont plus envisageables en raison des dommages plus importants. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) peut permettre de prolonger la fenêtre thérapeutique jusqu’à 24 heures, mais l’intervention précoce reste essentielle. En cas d’AVC hémorragique, une intervention neurochirurgicale peut être nécessaire.
Il est également crucial d’identifier la cause de l’AVC pour prévenir les récidives. Après la phase aiguë, une recherche approfondie est menée pour déterminer l’origine des caillots, par exemple en étudiant le cœur à la recherche de malformations ou d’arythmies. Si une cause est identifiée, un traitement anticoagulant peut être prescrit.
Enfin, Boumpadre souligne l’importance de la rééducation précoce, similaire à celle des adultes, incluant la rééducation motrice, l’orthophonie et le soutien psychologique. Orzuz insiste sur les conséquences dévastatrices d’un AVC non traité chez l’enfant, pouvant entraîner un handicap permanent et un impact significatif sur la qualité de vie.
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