Les factures d’électricité continuent de grimper aux États-Unis, et cette tendance devrait s’accentuer dans les années à venir, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages et menaçant de freiner la croissance économique. Loin de se limiter à la demande croissante des centres de données, plusieurs facteurs structurels expliquent cette hausse des prix.
Depuis 2022, les tarifs de l’électricité ont considérablement augmenté à travers une grande partie du pays. Historiquement corrélés à l’inflation générale, les prix de l’électricité ont vu cette relation rompue avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui a provoqué une flambée des prix du gaz naturel. Les fournisseurs d’énergie sont désormais confrontés à une conjonction de difficultés : coûts du carburant en hausse, dégâts causés par les événements climatiques extrêmes (tempêtes, incendies de forêt) et nécessité de moderniser des infrastructures vieillissantes.
Les objectifs de développement des énergies renouvelables, fixés par les États, contribuent également à l’augmentation des coûts, notamment dans les régions où le potentiel éolien et solaire est limité, comme le nord-est et la région de l’Atlantique central.
Le ministère de l’Énergie américain prévoit une nouvelle augmentation de 4 % des prix moyens de l’électricité résidentielle d’ici 2026, après une hausse de près de 5 % cette année. Les entreprises du secteur devraient investir environ 1 100 milliards de dollars (environ 920 milliards d’euros) entre 2025 et 2029 dans le transport, la distribution et la production d’électricité – un doublement par rapport à la décennie précédente. Ces investissements se traduiront inévitablement par une augmentation des tarifs pour les consommateurs.
L’électricité représente déjà la deuxième dépense énergétique des Américains, après l’essence. Pour les investisseurs, cette hausse persistante des coûts pourrait alimenter une inflation plus durable que ce que les autorités anticipent. Même en cas de ralentissement économique, la flambée des factures d’énergie pourrait continuer à peser sur les budgets des ménages, compliquer les efforts de la Réserve fédérale pour maîtriser l’inflation et freiner la consommation.
Un paradoxe se dessine : malgré une économie globalement solide et un marché du travail tendu, la confiance des consommateurs reste anormalement basse. Si les tensions géopolitiques et la polarisation politique peuvent expliquer en partie ce sentiment, une analyse plus approfondie révèle un décalage croissant entre la croissance des bénéfices des entreprises et l’évolution des revenus des ménages.
Depuis 2019, les bénéfices réels des entreprises américaines ont augmenté de 43,4 % (soit une moyenne de 7,47 % par an), tandis que le revenu médian réel des ménages est resté stable. En d’autres termes, la majorité des Américains ne ressentent pas les effets de la croissance économique, contrairement aux entreprises qui prospèrent. Cette perception pourrait bien affecter la confiance des consommateurs et, par conséquent, l’économie américaine.