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Les protéines synthétiques des anticorps d’alpaga neutralisent les venins de serpents africains dans le cadre d’une percée universelle en matière d’antivenin

Publié le 7 novembre 2025 09:46:00. Une nouvelle approche prometteuse, basée sur les anticorps d'alpagas et de lamas, pourrait révolutionner la lutte contre les morsures de serpent en Afrique et en Asie, en offrant un antivenin universel plus…

Les protéines synthétiques des anticorps d’alpaga neutralisent les venins de serpents africains dans le cadre d’une percée universelle en matière d’antivenin

Publié le 7 novembre 2025 09:46:00. Une nouvelle approche prometteuse, basée sur les anticorps d’alpagas et de lamas, pourrait révolutionner la lutte contre les morsures de serpent en Afrique et en Asie, en offrant un antivenin universel plus abordable et plus efficace.

  • Des chercheurs ont développé un cocktail de protéines synthétiques capable de neutraliser les toxines de certains des serpents les plus dangereux d’Afrique.
  • Cette innovation pourrait permettre de réduire considérablement le coût de production des antivenins, actuellement trop élevé pour de nombreuses populations touchées.
  • L’équipe de recherche travaille déjà à étendre la couverture de cet antivenin universel à d’autres régions du monde.

Les morsures de serpent représentent un problème de santé publique majeur, causant plus de 100 000 décès chaque année à travers le monde et laissant de nombreuses victimes avec des séquelles invalidantes. L’Organisation mondiale de la santé a d’ailleurs classé ces morsures comme une maladie tropicale négligée, particulièrement préoccupante en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Le principal obstacle à la prise en charge efficace réside dans le coût et la disponibilité limitée des antivenins.

Les antivenins traditionnels, fabriqués à partir d’anticorps produits par des chevaux ou des moutons immunisés contre le venin de serpent, sont souvent coûteux, complexes à produire et peuvent provoquer des réactions allergiques graves. « Les serpents ont des venins différents et, dans un seul venin, on peut trouver environ 80 toxines différentes », explique Andreas Laustsen-Kiel, toxinologue à l’Université technique du Danemark, qui a dirigé ces travaux. « Les cliniciens peuvent sous-doser parce qu’ils savent que les antivenins sont chers et constituent une ressource rare », ajoute Nicolas Casewell de la Liverpool School of Tropical Medicine (LSTM) au Royaume-Uni, qui a contribué à l’étude.

Pour surmonter ces limitations, les chercheurs se sont inspirés des anticorps uniques présents chez les alpagas et les lamas. Ces anticorps, appelés nanocorps, sont plus petits et plus simples que les anticorps conventionnels, ce qui facilite leur production et réduit le risque de réactions immunitaires. « Ces nanocorps conservent le fort pouvoir de liaison des anticorps conventionnels, neutralisant les toxines de la même manière, mais ne possèdent pas les régions volumineuses qui déclenchent de graves réactions immunitaires chez l’homme », précisent les scientifiques.

L’équipe a immunisé un alpaga et un lama avec les venins de 18 des serpents les plus dangereux d’Afrique, notamment des cobras, des mambas et des rinkhals. Ils ont ensuite isolé les gènes codant pour les nanocorps et les ont insérés dans des bactéries, transformant ces dernières en véritables usines à nanocorps. Après avoir testé des milliers de nanocorps, huit ont été sélectionnés pour leur capacité à neutraliser un large éventail de toxines. Ce mélange s’est avéré efficace pour protéger les souris contre les doses mortelles de venin de 17 des 18 espèces testées. « La large couverture (en termes d’espèces) constitue un grand pas en avant », commente Anita Malhotra, biologiste évolutionniste à l’Université de Bangor au Royaume-Uni, qui n’a pas participé à l’étude.

Grâce à cette méthode de production simplifiée, les chercheurs estiment que le coût d’un traitement pourrait être réduit à moins de 100 dollars américains (environ 93 euros) par patient, contre près de 1 000 dollars (environ 930 euros) pour les antivenins traditionnels en Afrique subsaharienne. « Le défi est qu’il s’agit d’un type de produit complètement nouveau, qui doit donc faire l’objet de beaucoup plus d’approbations », souligne Laustsen-Kiel.

Les prochaines étapes consistent à mener des essais cliniques sur des animaux plus grands, comme les moutons, afin d’évaluer l’efficacité et la sécurité de ces nanocorps chez l’homme. Des discussions sont également en cours avec des entreprises pharmaceutiques et des organismes de financement, tels que le Serum Institute en Inde et la LSTM, pour envisager une production à grande échelle et une distribution à grande échelle. « Non pas parce que nous souhaitons gagner de l’argent, mais parce qu’il existe un énorme besoin médical non satisfait », insiste Laustsen-Kiel.

Selon Bryan Frire, toxicologue à l’Université du Queensland en Australie, qui n’a pas participé à l’étude, ce travail représente « un changement absolu dans le domaine des antivenins ». Il souligne que les antivenins ont toujours été le symbole de l’inégalité, dont les plus démunis sont les plus grands utilisateurs. « S’ils parviennent à proposer un produit suffisamment large, non seulement panafricain mais panafricain/asiatique, alors l’économie d’échelle pourrait rendre [la production] réaliste », conclut-il.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.