La compagnie aérienne finlandaise Finnair, pilier de la connectivité entre l’Asie et l’Europe, est confrontée à une crise sans précédent, née d’une conjonction de facteurs géopolitiques et d’un scandale politique interne. L’avenir de la compagnie, dont le modèle économique repose en grande partie sur le transit asiatique, est désormais menacé par un possible boycott de la clientèle chinoise.
L’incident a pris racine fin septembre 2025 avec une publication sur les réseaux sociaux de Sarah Jafce, élue Miss Finlande, comportant une pose imitant des « yeux bridés ». Bien que la jeune femme ait été déchu de son titre suite à la controverse, l’affaire a rapidement pris une tournure politique lorsque plusieurs membres du gouvernement de coalition finlandais, dont les députés Juho Erola et Sebastian Tülkkinen du parti d’extrême droite, ont pris la défense de Jafce et reproduit la même pose sur leurs propres comptes. Cette attitude a été perçue comme une insulte à l’ensemble de l’Asie, suscitant une vive indignation.
Pour Finnair, dont environ 50 % du chiffre d’affaires provient des routes asiatiques et des passagers en transit, cette affaire est particulièrement préoccupante. « Les compagnies aériennes vendent l’image, la sécurité et l’hospitalité d’un pays, pas seulement des sièges », souligne un expert du secteur aérien. « Si l’image d’un pays est entachée par le racisme, les consommateurs hésiteront à le représenter ou à fréquenter ses aéroports. »
Cette crise interne s’ajoute aux difficultés déjà rencontrées par Finnair suite à la fermeture de l’espace aérien russe en 2022, conséquence de la guerre en Ukraine. La suppression de la route la plus courte via la Sibérie a entraîné une augmentation de 3 à 4 heures sur les vols entre la Corée et le Japon, impactant les coûts de carburant et de main-d’œuvre, et remettant en question le positionnement de Finnair comme « le chemin le plus rapide vers l’Europe ». La compagnie avait alors redoublé d’efforts pour attirer la demande de voyages en Asie après la pandémie de COVID-19.
Le risque d’un boycott chinois est particulièrement alarmant. L’incident a été largement relayé en Chine sous le slogan « manger avec un Chinois », attisant un sentiment d’antipathie déjà présent. Compte tenu de la puissance des boycotts de consommateurs chinois, comme celui subi par Dolce & Gabbana par le passé, les conséquences pour Finnair pourraient être désastreuses.
Face à cette menace, le Premier ministre finlandais Petteri Orpo a présenté des excuses officielles dans les langues coréenne, chinoise et japonaise via les ambassades finlandaises. Il a reconnu que l’industrie du tourisme et les compagnies aériennes nationales, des piliers de l’économie finlandaise, étaient en danger à cause des agissements de certains responsables politiques.
À ce stade, les réactions sur les réseaux sociaux et dans les communautés de voyageurs coréennes sont majoritairement négatives, avec des commentaires tels que « Si je vais en Finlande, je choisirai une autre escale » ou « Je ne veux pas dépenser mon argent dans un pays qui tolère la discrimination ». Dans un contexte où des compagnies aériennes concurrentes, comme Turkish Airlines et Emirates Airlines, intensifient leurs offres promotionnelles, cet incident pourrait accélérer la perte de clientèle de Finnair.
Cette situation illustre un exemple frappant de « policonomie », où les décisions politiques nuisent à l’économie. Finnair traverse actuellement une période particulièrement difficile, prise entre les contraintes géopolitiques et les erreurs de communication de ses propres représentants.