Une alimentation riche en acides gras oméga-3 pourrait aider à prévenir le développement de la myopie chez les enfants, selon une étude menée sur une cohorte de jeunes Chinois. À l’inverse, une consommation élevée de graisses saturées semble augmenter le risque de cette affection visuelle de plus en plus répandue.
La myopie, ou courte vue, est en augmentation constante à l’échelle mondiale, particulièrement en Asie de l’Est. Les chercheurs estiment que près de la moitié de la population mondiale pourrait être touchée d’ici 2050. Si les facteurs de risque incluent un temps d’écran excessif, un manque d’exposition à la lumière naturelle et une prédisposition génétique, l’influence de l’alimentation est de plus en plus étudiée.
Les acides gras polyinsaturés oméga-3 (AGPI ω-3), essentiels et uniquement apportés par l’alimentation, sont déjà connus pour leurs bienfaits sur la santé oculaire, notamment dans la prévention de la sécheresse oculaire et de la dégénérescence maculaire liée à l’âge. Cette nouvelle recherche suggère qu’ils pourraient également jouer un rôle protecteur contre la myopie.
Pour approfondir cette question, une équipe de chercheurs a analysé les données de 1 005 enfants chinois âgés de 6 à 8 ans participant à l’étude oculaire de Hong Kong Children, un vaste programme de suivi des conditions oculaires et de leurs facteurs de risque. La vue des enfants a été évaluée et leurs habitudes alimentaires ont été détaillées grâce à des questionnaires remplis par leurs parents, portant sur la consommation de 280 aliments répartis en dix catégories.
Les chercheurs ont ensuite calculé l’apport énergétique, en glucides, protéines, graisses (totales, saturées, monoinsaturées, et AGPI ω-3), en cholestérol, ainsi que l’apport en fer, calcium, vitamines A et C, fibres, amidon, sucres et autres nutriments. Ils ont également pris en compte le temps passé par les enfants à l’extérieur, en activités de loisirs et sportives, à lire, à écrire et devant les écrans, en semaine et le week-end.
L’étude a révélé qu’environ un quart des enfants (276 sur 1 005, soit 27,5 %) étaient myopes. Un apport plus important en acides gras oméga-3 était associé à un risque plus faible de développer cette condition. Plus précisément, la longueur axiale de l’œil – une mesure de la distance entre la cornée et la rétine, et un indicateur de la progression de la myopie – était plus courte chez les 25 % des enfants ayant la consommation la plus élevée d’acides gras oméga-3, même en tenant compte de facteurs tels que l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle (IMC), le temps passé en intérieur et les antécédents familiaux de myopie.
Inversement, les enfants ayant la consommation la plus élevée de graisses saturées présentaient une longueur axiale plus importante. L’équivalent sphérique cycloplégique (SE), qui mesure la puissance de réfraction de l’œil et donc le degré de myopie, confirmait ces tendances : plus élevé chez ceux qui consommaient le moins d’oméga-3, et plus faible chez ceux qui en consommaient le plus. Aucun autre nutriment n’a montré de lien significatif avec la myopie.
Il est important de noter qu’il s’agit d’une étude observationnelle, qui ne peut pas établir de lien de causalité direct. Les chercheurs soulignent également que les questionnaires alimentaires reposent sur la mémoire des participants et ne représentent qu’un aperçu de leur régime alimentaire à un moment donné. De plus, l’étude ne disposait pas de données objectives sur l’apport nutritionnel, telles que des analyses sanguines.
La prévalence de la myopie est particulièrement élevée à Hong Kong, ce qui pourrait influencer les résultats. Les chercheurs précisent que la généralisation de ces conclusions à d’autres populations, avec des modes de vie et des taux de myopie différents, nécessite des études complémentaires.
Ils suggèrent que les acides gras oméga-3 pourraient agir en améliorant le flux sanguin vers la choroïde, une couche vasculaire de l’œil responsable de l’apport en nutriments et en oxygène, et ainsi en prévenant l’hypoxie sclérale – une carence en oxygène dans la sclère, un facteur clé dans le développement de la myopie.
« Cette étude apporte des preuves humaines qu’un apport alimentaire plus élevé en AGPI ω-3 est associé à une longueur axiale plus courte et à une réfraction myope moins fréquente, ce qui souligne le potentiel des AGPI ω-3 comme facteur alimentaire protecteur contre le développement de la myopie », concluent les auteurs.
