Home Technologie et scienceLes scientifiques du fédéral redoutent des compressions lors du budget

Les scientifiques du fédéral redoutent des compressions lors du budget

by Thomas Caron

Des compressions budgétaires imminentes menacent de fragiliser davantage la recherche scientifique fédérale au Canada, selon un syndicat qui représente des milliers de scientifiques et d’ingénieurs. Ces coupes potentielles, dont l’annonce est prévue le 4 novembre, pourraient compromettre la souveraineté du pays dans des domaines cruciaux, de la sécurité alimentaire à la surveillance de l’environnement.

L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) tire la sonnette d’alarme, soulignant que le système scientifique public fédéral est déjà en proie à une précarité grandissante. Un récent sondage mené en 2024 révèle que les scientifiques fédéraux déplorent un manque chronique de financement pour la recherche et la modernisation des infrastructures, notamment au sein d’organismes tels qu’Agence canadienne d’inspection des aliments, le Laboratoire national de microbiologie, l’Agence spatiale canadienne (ASC), le Conseil national de recherches du Canada (CNRC), Environnement et Changement climatique Canada et Ressources naturelles Canada.

Selon les chercheurs, les progrès réalisés après les années de restrictions budgétaires sous le gouvernement Harper n’ont pas été consolidés. Bien que les libéraux se soient engagés en 2015 à inverser cette tendance, un sondage de 2021 avait déjà révélé un ralentissement des investissements, et la situation s’est encore détériorée depuis, comme le confirme l’enquête de 2024.

Le sondage de 2024 met en évidence un état préoccupant des installations scientifiques et des laboratoires, plus d’un tiers étant qualifiés de « critiques » ou « médiocres ». L’équipement de protection du Laboratoire national de microbiologie, seul établissement fédéral de niveau 4 autorisé à étudier des agents pathogènes extrêmement dangereux comme le virus Ebola, est notamment jugé obsolète.

Les scientifiques expriment également leur inquiétude face à une orientation croissante vers des retombées économiques immédiates, au détriment de la recherche fondamentale, essentielle pour les grandes découvertes scientifiques. Certains craignent que leur mission ne soit remodelée pour servir les objectifs du nouveau plan de développement de la défense nationale, notamment au CNRC et à l’ASC.

Par ailleurs, plusieurs groupes de recherche chargés de la surveillance de l’environnement n’ont pas retrouvé les niveaux de financement et d’effectifs dont ils disposaient avant l’ère Harper. L’Institut Maurice-Lamontagne, à Mont-Joli (Québec), illustre cette situation : le suivi des stocks de poissons, autrefois annuel, est désormais moins fréquent et moins exhaustif, ce qui inquiète quant à l’état de certaines espèces aquatiques en déclin.

« Aux États-Unis, les coupes dans la science ont déjà causé beaucoup de problèmes, et pas seulement aux Américains, mais aussi au Canada », souligne Sean O’Reilly, président de l’IPFPC. « Les scientifiques d’ici se retrouvent en manque de données depuis que certaines recherches qui étaient faites aux États-Unis ont été abandonnées en raison des coupes [du gouvernement Trump]. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire d’investir dans la science au Canada pour assurer notre souveraineté dans ce domaine et ne plus avoir à dépendre des autres. Il est important de faire nos propres recherches au Canada pour avoir nos propres données. »

M. O’Reilly met en garde contre les conséquences d’une réduction du financement : « moins d’inspections alimentaires, une surveillance plus faible des maladies, une action plus tardive face aux menaces à l’environnement, des réponses plus lentes aux incendies de forêt ». Il cite en exemple la National Oceanic and Atmospheric Administration américaine (l’équivalent d’Environnement Canada), dont les restrictions budgétaires ont entraîné des lacunes dans les alertes météo.

Le syndicat dénonce également le recours croissant à la sous-traitance, notamment à l’industrie privée, comme à l’ASC, qui s’avère 25 % plus coûteuse que l’embauche de fonctionnaires. L’application ArriveCAN et le système de paie Phénix sont cités comme exemples de projets coûteux et problématiques.

« On peut détruire en quelques secondes ce qui a pris des décennies à construire », avertit M. O’Reilly, craignant que les compressions annoncées n’aient des répercussions dévastatrices sur la recherche scientifique au Canada.

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