Home SantéQualifier la dépendance de maladie cérébrale crée-t-il une injustice épistémique ?

Qualifier la dépendance de maladie cérébrale crée-t-il une injustice épistémique ?

by Sophie Martin

Publié le 21 octobre 2025 à 22h01. Une nouvelle étude remet en question l’approche dominante de la dépendance comme « maladie cérébrale », arguant qu’elle peut marginaliser l’expérience vécue des personnes concernées et perpétuer des inégalités dans la recherche et les politiques publiques.

  • L’article souligne que la catégorisation de la dépendance comme maladie cérébrale peut entraîner une « injustice épistémique » en dévalorisant les connaissances des personnes qui consomment des substances.
  • L’étude critique la dichotomie artificielle entre les médicaments légaux et illégaux, exacerbée par des discours racistes et coloniaux liés à la « guerre contre la drogue ».
  • Shane O’Mahony, auteur de l’étude, met en évidence l’influence de ce modèle sur la recherche, les services de santé et le système juridique.

Une nouvelle analyse, publiée dans la Revue internationale de politique en matière de drogues, explore les conséquences de la conceptualisation de la dépendance comme une « maladie cérébrale ». Shane O’Mahony, de l’Université de Bradford, examine comment ce modèle façonne la recherche, les services et le droit, et comment il s’inscrit dans un contexte plus large de politiques répressives en matière de drogues.

L’étude met en lumière un biais dans la manière dont les systèmes de santé et de justice abordent la dépendance, en distinguant souvent les méfaits liés aux médicaments prescrits de ceux associés aux substances illicites. Cette distinction, selon M. O’Mahony, contribue à un cadre axé sur la biologie qui minimise l’importance des facteurs sociaux, économiques et culturels.

« La catégorie “drogues” crée une dichotomie artificielle et néfaste entre ceux qui consomment des médicaments licites et subissent des préjudices et ceux qui consomment des substances illicites et subissent des préjudices. De plus, cette dichotomie artificielle est aggravée par les discours racistes et coloniaux au cœur de la guerre contre la drogue, et par un réductionnisme biologique rigide qui minimise les dommages sociaux, économiques et culturels. »

Shane O’Mahony, Université de Bradford

L’auteur souligne que cette approche peut entraîner une « injustice épistémique », c’est-à-dire une forme d’injustice qui se produit lorsque les connaissances et l’expérience des personnes concernées sont dévalorisées ou ignorées. En se concentrant uniquement sur les aspects biologiques de la dépendance, on risque de passer à côté des réalités complexes qui la sous-tendent et de marginaliser les voix de ceux qui la vivent au quotidien.

Cette analyse invite à repenser les politiques et les interventions en matière de dépendance, en accordant une plus grande importance aux perspectives des personnes concernées et en tenant compte des facteurs sociaux et culturels qui contribuent à ce phénomène.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.