Publié le 25 décembre 2025 20:01:00. Une nouvelle étude révèle un lien étroit entre les troubles de l’humeur, tels que la dépression et l’anxiété, et un risque accru de problèmes cardiovasculaires, en identifiant des mécanismes biologiques précis impliquant le stress et l’inflammation.
- La dépression est associée à une augmentation de 24 % du risque d’événements cardiovasculaires majeurs (ECV).
- L’anxiété, et particulièrement lorsqu’elle coexiste avec la dépression, amplifie ce risque, avec une augmentation de 35 %.
- Des marqueurs biologiques spécifiques, liés à l’activité cérébrale et à l’inflammation, pourraient expliquer ce lien et ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de prévention.
Des chercheurs du Mass General Brigham ont mis en évidence une association significative entre les troubles mentaux et la santé cardiaque. L’étude, publiée dans la revue Circulation: Cardiovascular Imaging, démontre que la dépression et l’anxiété ne sont pas seulement des facteurs de risque psychologiques, mais qu’ils s’accompagnent de changements physiologiques concrets qui augmentent la vulnérabilité cardiovasculaire.
L’analyse, portant sur 85 551 participants suivis entre 2010 et 2020, a révélé que les patients souffrant de dépression présentaient un risque accru d’événements cardiovasculaires majeurs (ECV) de 24 % (rapport de risque [RR] de 1,24 ; intervalle de confiance à 95 %, 1,14 à 1,34 ; P < 0,001). Cette association restait statistiquement significative même après avoir pris en compte d'autres facteurs de risque connus. L'anxiété, et en particulier sa combinaison avec la dépression, présentait un impact encore plus marqué, avec une augmentation du risque d'ECV de 35 % (RR de 1,35 ; IC à 95 %, 1,23-1,49 ; P < 0,001).
Pour comprendre les mécanismes en jeu, les chercheurs ont analysé des sous-groupes de participants disposant d’imagerie cérébrale ou de biomarqueurs sanguins. Ils ont constaté que la dépression était associée à une activité accrue dans l’amygdale – une zone du cerveau impliquée dans la gestion du stress – par rapport au cortex (β = 0,16 ; P = 0,006). De plus, ils ont observé une variabilité réduite de la fréquence cardiaque (β = –0,20 ; P < 0,001) et des niveaux plus élevés de protéine C-réactive (CRP), un marqueur de l'inflammation (β = 0,14 ; P < 0,001). Ces facteurs semblent agir comme des intermédiaires entre la dépression et le risque cardiovasculaire.
« Ces résultats nous donnent une image biologique plus claire de la façon dont la détresse émotionnelle ‘s’infiltre’ et affecte la santé cardiovasculaire »,
Shady Abohashem, MD, MPH, chercheur de l’étude et responsable des essais d’imagerie cardiaque/PET/CT et du centre de recherche en imagerie cardiovasculaire MGH du Massachusetts General Hospital
Selon le Dr Abohashem, l’hyperactivité des circuits de stress cérébraux peut déclencher de manière chronique la réponse de « combat ou fuite » de l’organisme, entraînant une augmentation du rythme cardiaque, de la pression artérielle et une inflammation chronique. Ces changements, à long terme, peuvent endommager les vaisseaux sanguins et accélérer le développement de maladies cardiaques.
Les auteurs de l’étude soulignent qu’il s’agit d’une étude observationnelle et que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour établir un lien de causalité entre la dépression, l’anxiété et les maladies cardiovasculaires. Néanmoins, ces résultats ouvrent des perspectives intéressantes pour améliorer la prise en charge des patients souffrant de troubles mentaux, en tenant compte de leur risque cardiovasculaire.
Les chercheurs envisagent d’évaluer l’efficacité d’interventions telles que les thérapies de réduction du stress, les modifications du mode de vie et les médicaments anti-inflammatoires pour normaliser les marqueurs biologiques impliqués dans le risque cardiovasculaire.
Les pharmaciens peuvent jouer un rôle crucial en conseillant les patients souffrant de problèmes de santé mentale sur les meilleures pratiques en matière de prévention cardiovasculaire primaire et secondaire, en leur fournissant des informations actualisées sur le régime alimentaire, le mode de vie et l’utilisation appropriée des médicaments. Il est essentiel d’assurer un équilibre entre le traitement des troubles mentaux et la prise en compte du risque cardiovasculaire pour une prise en charge optimale.