Publié le 4 janvier 2026 à 06h03. Une enquête judiciaire secoue le monde du football argentin : le président de l’AFA, Claudio « Chiqui » Tapia, et plusieurs dirigeants sont soupçonnés d’avoir détourné des fonds de la fédération, notamment liés aux retombées financières de la Coupe du monde au Qatar.
- Le président de l’AFA, Claudio Tapia, et son conseil d’administration sont visés par une enquête pour détournement de fonds.
- Des transferts bancaires suspects, impliquant des sociétés écrans basées aux États-Unis, sont au cœur de l’affaire.
- L’enquête porte notamment sur des dépenses injustifiées liées à des locations de bateaux et des vols privés.
Une toile complexe de transactions financières est en train d’être démêlée par la justice argentine. L’accusation principale porte sur la détention de fonds appartenant à l’AFA (Association du Football Argentin) par Claudio Tapia et son entourage, en particulier ceux générés par les contrats conclus suite au triomphe de l’équipe nationale à la Coupe du monde au Qatar en 2022.
Les autorités judiciaires s’intéressent de près à des transferts d’argent vers des sociétés considérées comme des « boîtes aux lettres », c’est-à-dire des structures corporatives sans activité commerciale réelle, créées dans le seul but de canaliser des fonds. Des dépenses non justifiées, comme la location de bateaux de plaisance et l’affrètement de vols privés sans lien apparent avec les activités de l’AFA ou les déplacements officiels de l’équipe nationale, suscitent également des interrogations.
Selon des documents analysés par Infobae, issus d’une demande d’informations auprès de banques et d’institutions financières américaines dans le cadre d’une enquête menée par l’homme d’affaires Guillermo Tofoni, des irrégularités seraient apparues après l’annulation unilatérale par l’AFA, en 2023, d’un contrat pour l’organisation de matchs amicaux de l’équipe nationale. L’entreprise de Tofoni, World Eleven, avait été remplacée par la société ProSport Live LLC, basée en Floride.
Tofoni soupçonne que cette substitution a permis de détourner les fonds générés par l’AFA vers des comptes étrangers au nom de tiers, sans justification légitime. Au centre de cette affaire se trouve la société Tourprodenter LLC, constituée en Floride, et détenant un contrat d’exclusivité avec l’AFA depuis le 9 décembre 2021, valable jusqu’au 31 décembre 2026, pour agir en tant qu’agent commercial.
Tourprodenter LLC est habilitée à négocier des accords de sponsoring, à organiser des événements sportifs et commerciaux, et à gérer les aspects logistiques. La justice estime que cette société aurait servi à s’approprier les revenus des matchs de l’équipe nationale et à les transférer vers des comptes appartenant à des intermédiaires.
Pour mener à bien ces opérations, Tourprodenter LLC a utilisé quatre banques américaines de premier plan : Bank of America, Citibank, Synovus et JP Morgan. En échange de ses services, Tourprodenter perçoit une commission de 30 % sur tous les contrats signés, comme l’a révélé une perquisition effectuée la semaine dernière au siège de l’AFA.
Derrière Tourprodenter LLC se trouvent Javier Faroni et son épouse, Erica Gillette. Faroni, un homme d’affaires lié au monde du divertissement, a été interpellé lundi dernier à l’aéroport d’Aeroparque alors qu’il tentait de se débarrasser de son téléphone portable alors qu’il tentait de se rendre en Uruguay. Son épouse joue un rôle central dans cette affaire, comme l’a révélé une autre publication d’Infobae.
Les enquêteurs se concentrent sur des mouvements de plus de 300 millions de dollars transitant par l’entreprise de Faroni, notamment des transferts vers des sociétés écrans liées à deux couples de Río Negro, sans antécédents commerciaux. L’une de ces sociétés, basée en Floride, a reçu plus de 10 millions de dollars. Elle est liée à Javier Alejandro Ojeda Jara, dont le profil économique ne correspond pas aux sommes d’argent qu’elle gère. Il n’a pas d’historique commercial pertinent ni d’activité proportionnelle au volume de fonds qui ont circulé dans son entreprise. Il réside à Bariloche.

Selon les registres commerciaux, le propriétaire de l’entreprise américaine qui a reçu 10 millions de dollars de l’AFA travaillait comme pharmacien à Bariloche.
Une autre société suspecte, liée à Verónica Inés López et à son partenaire, Roberto Salice, a également été identifiée. Aucune de ces entreprises n’enregistre d’employés ou d’activité vérifiable.
Les relevés bancaires révèlent des transferts importants vers Marmasch LLC, une société qui a reçu près de 5 millions de dollars américains (USD) de Tourprodenter LLC. D’autres sommes considérables ont été transférées vers des entreprises telles que Soagu Services, Vit Inversiones et CCYachting LLC, sans que l’on puisse déterminer la nature des services rendus.
Des dépenses liées à la location de yachts et de prestations nautiques, pour un montant total de plus de 512 000 USD, ont également été détectées. Des paiements ont été effectués à CCYachting LLC, une société enregistrée en Floride, sans qu’il soit possible de vérifier la fourniture effective de ces services.
« Utiliser l’argent de l’AFA pour se payer des plaisirs sur des bateaux luxueux est une honte. Des clubs associés sont dans la misère, tandis que les dirigeants se pavanent à Monaco et ailleurs dans le monde », a déclaré Tofoni dans sa plainte déposée la semaine dernière.
L’enquête se poursuit pour déterminer l’étendue du détournement de fonds et l’implication de toutes les personnes concernées.
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