Publié le 4 janvier 2024 à 08h00. Une étude de l’université de Wageningen révèle que l’immobilité, même de courte durée, peut rapidement affecter la capacité des muscles à absorber le sucre, avec des implications importantes pour les personnes atteintes de diabète de type 2.
- L’immobilisation d’un muscle pendant seulement deux jours réduit sa capacité d’absorption du glucose de 40 %.
- Les personnes diabétiques de type 2 pourraient être particulièrement vulnérables aux effets de l’inactivité en raison d’une masse musculaire plus faible et d’une sensibilité réduite à l’insuline.
- Des recherches sont en cours pour évaluer l’efficacité de l’électrostimulation comme moyen de prévenir la perte musculaire pendant les périodes d’inactivité.
Nos muscles ne sont pas seulement responsables de nos mouvements. Ils jouent un rôle crucial dans la régulation du métabolisme, notamment en absorbant le sucre provenant de notre alimentation. Mais que se passe-t-il lorsque cette fonction est compromise par une immobilité soudaine ? C’est la question à laquelle tente de répondre Gül Turan, physiologiste musculaire à l’université de Wageningen, en soumettant Zinzi, une stagiaire, à une expérience inhabituelle : l’immobilisation temporaire d’un membre.
L’objectif n’est pas de provoquer une blessure, mais de comprendre les conséquences physiologiques d’une absence totale de mouvement musculaire. Les résultats préliminaires sont frappants : après seulement deux jours d’immobilisation, les muscles testés absorbent 40 % de sucre en moins. Cette découverte souligne l’importance de l’activité physique pour maintenir un métabolisme sain et met en lumière la rapidité avec laquelle l’inactivité peut déséquilibrer l’organisme.
« C’est effectivement un aspect intéressant de la recherche. Il est important de replacer cela dans son contexte. Je suis en doctorat à l’université de Wageningen. Auparavant, ma directrice de thèse, Marlou Dirks, a mené des études sur les effets de l’immobilisation, c’est-à-dire l’incapacité totale de bouger un muscle. »
Gül Turan, physiologiste musculaire
Une étude précédente avait déjà démontré que sept jours d’immobilisation d’un avant-bras entraînaient une diminution de l’absorption du glucose par le muscle, avec une détérioration plus marquée au cours des deux premiers jours. Sur la base de ces observations, l’équipe de recherche a décidé de se concentrer sur cette période initiale de deux jours, jugée suffisante pour étudier les principaux effets de l’immobilité.
Les recherches actuelles de Gül Turan visent à déterminer comment l’absorption du glucose par les muscles évolue pendant ces deux premiers jours d’immobilité, en comparant des personnes atteintes de diabète de type 2 à des personnes en bonne santé. L’étude cherche à savoir si le processus de diminution de l’absorption du glucose diffère entre les deux groupes. Cette question est cruciale, car les personnes diabétiques de type 2 présentent souvent une masse musculaire réduite et une sensibilité à l’insuline plus faible, ce qui pourrait les rendre plus vulnérables aux effets néfastes de l’inactivité.
Les premiers résultats suggèrent que l’immobilité a un impact significatif sur l’absorption du glucose, et l’équipe de recherche est en train de collecter davantage de données pour confirmer ces observations. Ils sont également à la recherche de participants, en particulier des personnes atteintes de diabète de type 2, pour élargir l’échantillon de l’étude. Les personnes intéressées peuvent contacter Gül Turan par e-mail à [email protected].
Les chercheurs envisagent également d’étudier les effets d’une inactivité totale, comme celle observée chez les patients hospitalisés en soins intensifs, sur la gestion de la glycémie chez les personnes diabétiques de type 2. Ils prévoient de simuler une hospitalisation pour observer les changements métaboliques qui se produisent dans ces conditions.
« Chez les personnes non diabétiques, nous avons déjà constaté qu’une semaine d’alitement entraîne une réduction de 30 à 40 pour cent de la sensibilité à l’insuline de l’ensemble du corps et une perte d’environ 1,4 kg de masse musculaire. »
Gül Turan, physiologiste musculaire
En ce qui concerne la récupération musculaire après une période d’inactivité, les jeunes adultes en bonne santé ont tendance à retrouver rapidement leur force et leur sensibilité à l’insuline, souvent en quelques jours à deux semaines, surtout s’ils restent actifs ou suivent un programme d’entraînement ciblé. Cependant, la récupération peut être plus lente chez les personnes âgées et les personnes diabétiques, en raison d’une masse musculaire réduite et d’une sensibilité à l’insuline plus faible.
Outre l’exercice physique, l’électrostimulation pourrait être une option pour maintenir la masse musculaire pendant les périodes d’inactivité. Cette technique consiste à stimuler les muscles à l’aide d’impulsions électriques et a déjà montré des résultats prometteurs dans le maintien de la masse musculaire chez les patients en soins intensifs. Les recherches actuelles visent à déterminer si l’électrostimulation peut également contribuer à maintenir une glycémie saine.
Pour en savoir plus sur la perte de masse musculaire, vous pouvez consulter cet article : Vous perdrez de la masse musculaire si vous ne faites rien pendant deux semaines.
Enfin, il est important de distinguer l’immobilité totale, comme celle observée lors d’un alitement prolongé, de l’activité physique réduite en cas de grippe. Même une activité physique minime, comme se rendre aux toilettes ou préparer un repas, peut suffire à maintenir les muscles activés et à atténuer les effets négatifs de l’inactivité.
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