Après plus de deux décennies à faire vibrer la scène musicale québécoise, le groupe Les Trois Accords prouve que la recette d’une longévité exceptionnelle réside dans l’amitié et le plaisir de créer. Leur huitième album, «Toujours les vacances», témoigne d’une créativité intacte et d’une complicité indéfectible.
La pérennité est un défi de taille pour les groupes québécois. La séparation récente de Kaïn, après plus de 25 ans de carrière, et le décès de Karl Tremblay, qui a probablement marqué la fin des Cowboys Fringants après 26 ans, illustrent cette réalité. Pourtant, Les Trois Accords, actifs depuis le début des années 2000 (et dont les débuts remontent à 1997), semblent défier les statistiques.
Le chanteur et principal parolier, Simon Proulx, a rencontré Le Journal au studio La Traque, où le groupe répète son nouveau spectacle. Il tente d’expliquer ce qui a permis à son groupe de perdurer, malgré les prédictions initiales qui les voyaient comme un simple phénomène de mode après le succès inattendu de «Hawaïenne» en 2003.
«Je pense que les gens ont rapidement perçu l’univers artistique que nous avions à offrir, une démarche réellement réfléchie. Nous avons aussi le sentiment d’avoir encore beaucoup à dire. Nous essayons constamment de créer des albums qui soient meilleurs que les précédents, de repousser les limites de notre expression artistique», explique-t-il.
L’album «Toujours les vacances» est imprégné d’une thématique du voyage. Pour le vidéoclip de la chanson-titre, Simon Proulx et ses trois comparses – Alexandre Parr, Pierre-Luc Boisvert et Charles Dubreuil – se sont envolés pour l’Alberta. «J’avais imaginé un projet qui ressemblerait à un documentaire sur l’alpinisme», précise Simon.
En composant les nouvelles chansons, Simon s’est laissé inspirer par une ambiance «sac à dos, voyage, Manu Chao!». Il se remémore l’état d’esprit des jeunes Québécois qui partent à l’aventure en Europe, un voyage qu’il a lui-même entrepris vers l’âge de 19 ou 20 ans, «à sillonner l’Andalousie en train».
Les quatre musiciens ont souvent voyagé ensemble, tant dans le cadre de leurs tournées internationales que lors de simples escapades entre amis. «Aller à Londres ensemble, ou assister à un concert de The Hives à Chicago… C’est agréable de voyager dans un contexte qui n’est pas strictement professionnel», raconte Simon.
Les Trois Accords ont partagé de nombreuses scènes avec Les Cowboys Fringants, assurant leurs premières parties lors de plusieurs tournées européennes. Simon Proulx avoue ressentir un vide face à la disparition du groupe de Repentigny. «Bien sûr, leur absence se fait sentir. C’est regrettable de savoir que nous ne ferons plus de tournées européennes ensemble. Nous prenions beaucoup de plaisir à collaborer et à partager des moments de musique. Karl [Tremblay] était également une personne formidable», confie-t-il.
En juin 2024, lors de leur spectacle aux Francos de Montréal, Les Trois Accords ont invité Jean-François Pauzé, Marie-Annick Lépine et Jérôme Dupras à les rejoindre sur scène pour interpréter «Saskatchewan». «Ce fut un moment très émouvant. Cela nous a rappelé que tout a une fin, que rien n’est éternel. C’est d’ailleurs la première chose que JF [Pauzé] m’a dite en me voyant : “Profites-en, tu ne sais jamais quand ça peut se terminer.”»
L’album «Toujours les vacances» des Trois Accords est maintenant disponible. Le groupe lancera son spectacle le 12 novembre à l’Espace St-Denis de Montréal et entamera une tournée en janvier 2026. Pour connaître toutes les dates : lestroisaccords.com.
Trois chansons expliquées par Simon Proulx
Toujours les vacances : «Béatrice [Martin, alias Cœur de pirate] et moi avions chanté ensemble au Gala de l’ADISQ en 2010. Nous nous étions beaucoup appréciés et étions devenues amies. Depuis, nous disions souvent que nous devrions faire une chanson ensemble, mais cela ne se concrétisait jamais. Puis, Béatrice m’a contactée et le projet s’est matérialisé. Ce fut une véritable coécriture, ce qui est rare. Le concept de la chanson est celui de quelqu’un qui reproche à l’autre d’être toujours en vacances et de ne rien faire. Et l’autre qui répond : moi, quand je suis avec toi, c’est toujours les vacances. Ce contraste négatif-positif était très inspirant.»
Boston : «Cela faisait longtemps que je voulais écrire une chanson où la rime soit toujours la même. J’avais cette chanson en chantier depuis environ 12 ans. J’avais un ami qui étudiait au MIT [Massachusetts Institute of Technology] et j’allais souvent lui rendre visite. C’est là que m’est venue l’idée d’une personne qui espionne un professeur.»
Marrakech : «Cette chanson a été particulièrement compliquée à écrire ! Il y avait de nombreuses idées concernant deux personnes en fuite : l’une recherchée par la police et l’autre fuyant les paparazzi. Les deux se retrouvent dans un moment unique qui ne se reproduira jamais. Je trouvais cela magique. Dans le désert, c’est le seul endroit où l’on peut être tranquille et incognito. Le processus a été long, car la chanson aurait pu durer 12 minutes !»
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